Ligue Magnus

PRESENTATION DE LA SAISON 2019-2020 : CHAMONIX, UN ENSEMBLE HOMOGÈNE, MAIS AVEC QUELS LEADERS ?

Avant le début de la saison 2019-20 de Ligue Magnus, Plan de match vous présente l’ensemble des effectifs du championnat de France, aujourd’hui direction Chamonix. Après une saison qui les a vu atteindre les playoffs, les Pionniers se lancent dans l’édition 2019-20 avec un effectif qui a pu conserver un noyau dur homogène. Néanmoins, le nouveau coach et le manque de leaders sur le papier, sont deux points d’interrogations.

Christophe Ville, le manager de cette équipe prévient immédiatement : « L’idée directrice du recrutement, c’est de tenir notre budget et de faire le mieux possible avec cela. Essayer d’avoir l’équipe la plus équilibré possible dans un budget restreint. On n’est pas Grenoble, on n’est pas Rouen. Quand on construit une équipe, on travaille par opportunité. On ne peut pas vraiment faire autrement. Je cherche les bons rapports qualité/prix. Comme je n’ai pas l’argent pour aller chercher les joueurs qui sortent de grosses saisons, je dois avoir le nez pour aller chercher les joueurs qui ont connu des difficultés que j’espère passagère. Je n’ai pas la capacité financière de dire : je veux absolument tel style de joueur. Je cherche un bon joueur que je peux payer. Je cherche le gars qui est planté quelque part en espérant qu’il puisse se relancer dans le nouveau contexte qu’on lui offre ». Ainsi, avant la saison, l’effectif chamoniard est rempli d’énigme et de pari de la direction. Et cela se ressent dans l’effectif qui comporte de nombreux bons joueurs sur le papier sans qu’aucun ne semble faire parti de l’élite de cette Ligue Magnus, du moins avant la saison.

Malgré cela, le club historique du hockey français reste ambitieux : « Les playoffs c’est l’objectif, raisonnable, possible et difficile à la fois. Pour être champion de France ça va être compliqué, mais on souhaite éviter de jouer la relégation comme les années précédentes. On peut aussi essayer de faire mieux que l’an passé si l’on peut car c’est la première année qu’on a le luxe de garder un noyau de joueur et d’être validé assez tôt pour avoir le temps de préparer l’équipe plus sereinement. On espère ainsi avoir pu faire un bon travail dans le recrutement et dans la structuration du club ».

Une stabilité chère au club malgré un départ phare à l’intersaison, celle du tacticien finlandais Heikki Leime. Selon Ville, « il a choisi de partir avant même que l’on décide ce que l’on voulait faire de lui. C’est son choix. On n’était pas mécontent du travail qui était effectué, mais maintenant la page est tournée, on passe à autre chose. On a pris le temps de choisir quelqu’un qui semble correspondre à notre éthique, à nos valeurs humaines et à notre philosophie de jeu. L’avenir nous dira si le choix était bon ». Ce choix s’est porté sur un autre finlandais Timo Saarikoski, inconnu en France, mais qui présente tout de même un beau CV.

Sur le papier, cet effectif chamoniard est classé 8e, tout juste en playoffs, par le modèle de Magnus Corsi. En effet, avec Mulhouse, Anglet et, dans une moindre mesure, Nice et Gap, Chamonix semble faire parti d’un groupe d’équipe qui luttera pour les dernières places en playoffs.

ATTAQUE : UNE HOMOGENEITE INTERESSANTE

Même si certains joueurs importants comme Higby sont partis à l’intersaison, un noyau intéressant est resté au club. Un noyau complété par des retours au pays ou des joueurs venus de l’étranger.

Selon les projections de Magnus Corsi, si aucun joueur ne figure parmi les meilleurs attaquants de la ligue, pas moins de 5 joueurs se situent autour de la distinction entre un joueur de premier trio et de deuxième trio. Ainsi, cette équipe semble comporter cinq joueurs solides de top 6 : Peter Hrehorcak, Joonas Sammalmaa, Samuli Kivimäki, Scott Jacklin et Benjamin Lagarde.

Le joueur ayant la projection la plus élevée est Hrehorcak. Il est d’ailleurs le seul joueur de l’équipe, attaque et défense confondue, à être classé comme un joueur de première ligne par Magnus Corsi. Formé en Savoie, Hrehorcak a passé les deux dernières années à Nice où il a explosé statistiquement. La première année, il a inscrit 35 points en 44 matchs. La seconde, il a dépassé la barre du point par match en inscrivant 34 points en 33 matchs. Dans la production, Hrehorcak semble donc capable de porter cette équipe des Pionniers, mais dans le jeu, cela est moins sûr. Avec lui sur la glace, Nice était dominé et mis en danger défensivement. De plus, dans la transition, Hrehorcak est plutôt discret. En fait, sa qualité principale, qu’il exploite à merveille, c’est le danger qu’il se crée pour lui-même en zone offensive. Il obtient beaucoup de lancers et de bons lancers en zone offensive. Christophe Ville, de son côté, et content de son acquisition : « je suis allé le récupérer après que Nice me l’ait pris. C’est un joueur que j’ai suivi tout au long de sa formation à Chamonix. Il a également joué deux saisons à Chamonix. Il voulait voir autre chose, il a beaucoup progressé à Nice ».

Les deuxième et troisième joueurs sont des recrues finlandaises : Kivimäki et Sammalmaa, deux ailiers que Ville présente de la façon suivante : « Kivimaki a plutôt un profil et les statistiques d’un buteur. Il marque en général plus de buts qu’il ne fait d’assistances. On l’a plutôt choisi dans cet esprit-là tout en sachant qu’il peut être complet, qu’il manie bien la rondelle. Il a eu quelques années difficiles, il ne s’est pas vraiment imposé en Liiga mais il y a fait des passages intéressants. Il a été très bon en Mestis. Ensuite, il a connu quelques soucis physiques. Il revient par la France, d’abord avec Brest en division 1. Comme on a déjà eu des expériences avec des joueurs qui avaient bien fonctionné en D1, on a retenté le coup en sachant qu’il a derrière lui un passé assez intéressant en Finlande. Sammalmaa, lui, est plus petit, bon patineur et assez complet. Il marque, il passe, il travaille, donc il a un profil plus complet ». Sammalmaa n’a jamais joué en France et il sort d’une saison à plus d’un point par match en Pologne ce qui faisait de lui le 13e meilleur joueur de la ligue en termes de points par match. Kivimäki, lui, arrive de Brest, en D1, où il a inscrit 37 points en 23 matchs, terminant ainsi 4e meilleur pointeur de la ligue. Evidemment, on attendra beaucoup de ces deux joueurs la saison prochaine du côté de la Haute-Savoie.

Les quatrième et cinquième joueur a plus de 0.7 point par match projeté par Magnus Corsi étaient déjà là l’an passé, il s’agit de Scott Jacklin et de Benjamin Lagarde. Le premier est le seul joueur de centre projeté au-dessus de 0.7 point par match par Magnus Corsi à Chamonix. Malgré cette projection élevée, l’an passé, Jacklin n’a inscrit que 19 points en 36 matchs pour sa première saison en France. Ces bonnes saisons qui ont précédés en ECHL plaident encore pour lui, mais les Pionniers espéreront surement une meilleure saison de sa part. En effet, au-delà de sa production, Jacklin n’avait pas non plus impressionné dans le jeu. Une année de transition ou de réelles difficultés à passer de l’ECHL à la Magnus ? Cette année sera très révélatrice pour lui.

A l’inverse, Benjamin Lagarde, qui arrivait de Brest l’an passé, a impressionné dans le jeu et dans ses transitions à Chamonix. L’an passé il fut tout simplement dans le top 5 des attaquants de la ligue en termes de nombre d’entrées et de sorties de zone en contrôle. Un apport dans la transition qui permettait à son équipe d’être plus dominatrice, extrêmement dangereux devant le but adverse, ce à quoi viennent s’ajouter les 32 points produits par le canadien. Avec un nouveau coach, il sera intéressant de voir si Lagarde parvient à demeurer une dynamo offensive de son équipe.

En dehors de ces 5 joueurs, un 6e est classé top 6 par les projections de Magnus Corsi, il s’agit de Malo Ville. Pouvant jouer au centre ou à l’aile, Malo Ville revient de nombreuses saisons en Finlande avec de bonnes statistiques en Junior A ou en Mestis. Malheureusement pour le jeune français, il a connu de grave blessure l’an passé ce qui l’a contraint à rentrer en France comme nous l’explique son père, Christophe Ville : « Malo a eu une année extrêmement compliquée à la suite d’une blessure assez importante, le choix était fait de revenir à la compétition par la Magnus pour être moins challengé sur le temps de glace qu’il peut avoir. Il a besoin de reprendre de la confiance et de venir se ressourcer en Ligue Magnus. L’avenir nous dira s’il est là pour rester ou pour repartir, mais l’idée c’était d’avoir plus de glace pour retrouver son niveau ». Un niveau qui pourrait bien être supérieur à la projection puisque la dernière saison plombe, certainement injustement, sa projection. Malo Ville pourrait bien être la carte cachée de cette attaque des Pionniers pour la saison à venir.

Par ailleurs, Chamonix pourra également compter sur un des meilleurs centres « two way » de la Ligue Magnus. S’il n’est pas un gros producteur de points (ce qui explique sa projection un peu faible), Matthieu Briand à toutes les qualités d’un centre top 6 de Ligue Magnus. Avec lui sur la glace, Chamonix domine l’adversaire et surtout ne lui accorde pratiquement aucune chance de marquer. C’est également un bon créateur à la fois en transition ou en zone offensive par son jeu de passe. Moins bon shooteur, il est difficile, mais pas impossible, d’imaginer la production de Briand exploser, mais il sera quoiqu’il arrive un élément essentiel des premières lignes des Pionniers.

Le top 9 très homogène de Chamonix est complété par Matthias Terrier, un autre centre complet, du moins offensivement, de Ligue Magnus. En effet, à Bordeaux, celui-ci à inscrit 21 ou 22 points au cours de ces trois dernières saisons à Bordeaux. Par ailleurs, c’est un joueur très solide en transition et zone offensive. Seul point noir, avec lui sur la glace, Bordeaux était dominé et accordait beaucoup de bons tirs à l’adversaire.

Enfin, l’attaque des Pionniers, est complétée par quatre jeunes joueurs de quatrième trio de moins de 25 ans : Adrien Gléveau, Maxence Leroux, Loïc Coulaud et Enzo Baravaglio. Un accent mis sur la jeunesse qui est important pour le club d’après Ville : « on essaye de profiter du travail de Hockey 74. L’idée c’est de donner une porte de sortie sur de la Magnus à ceux qui en ont l’envie et qui en ont le niveau. Ce n’est pas facile. L’écart de niveau entre les U20 et la Magnus est important, mais les joueurs peuvent aussi continuer de progresser en D1 ou en D2 puisque l’on a tous les barreaux à l’échelle. Je pense que c’est important également de montrer que le haut niveau est atteignable pour les meilleurs joueurs de HC74 ».

DEFENSE : QUI POUR MENER LA BARQUE ?

L’an passé, les Pionniers de Chamonix avaient trouvés des défenseurs complets et faisant parti du top niveau de la Magnus dans de nombreux domaines. Ces défenseurs c’était Vojtech Kloz, Jiri Klimicek ou encore Maks Selan. Malheureusement pour les Pionniers, tous ces joueurs sont partis. Très bons avec la rondelle, ils avaient été les fers de lance du système de jeu de Heikki Leime basé sur les contre-attaques en contrôle. Pour les remplacer, Chamonix a fait appel à des hommes des pays nordiques, mais aucun d’eux n’est classé en tant que premier duo par le modèle de Magnus Corsi. Christophe Ville nous le dit : « l’idée c’est de trouver le joueur qui était empêtré dans une mauvaise situation pour tenter de le relancer ». Alors, lequel de ces trois joueurs pourra être le nouveau numéro 1 de Chamonix ?

Celui qui a la projection de Magnus Corsi la plus élevée est Fredrik Widen, un suédois gaucher de 26 ans. Celui-ci a connu une saison délicate l’an passé, partagée entre la AlpsHL et la 3e division allemande. Mais au cours des saisons 2017-18 et 2016-17, Widen a inscrit 66 points en 74 matchs de saison régulière de AlpsHL, faisant de lui le meilleur défenseur de son équipe au cours de ces deux saisons. De quoi convaincre qu’il peut se hisser au rôle de numéro 1 de son équipe. Sera-t-il capable de le faire à Chamonix ? C’est évidemment le pari qu’a pris la direction du club. Notons tout de même que Widen a déjà connu une expérience mitigée en Ligue Magnus. En effet, en 2015-16, le suédois avait joué 13 matchs pour Briançon et n’a inscrit que 4 points.

Le finlandais gaucher de 24 ans, Santeri Saari, arrive-lui dans un rôle a priori plus défensif. Passé par la KHL, la Liiga, la Mestis et, la saison passée, par la Erste Liga, Saari n’a jamais réalisé une saison au-dessus des 0.5 points par match. Il présente certes un beau CV, mais ne semble pas être assez complet pour avoir un rôle de défenseur numéro 1 dans une équipe qui joue les playoffs. Néanmoins, avec son gros gabarit, ses qualités défensives seront épiées au cours des premiers matchs.

Enfin, la troisième recrue défensive, David Satmark, suédois, également gaucher, de 22 ans, arrive lui aussi d’Erste Liga. Comme Saari, lui aussi a beaucoup voyagé mais n’a jamais réalisé de grandes performances statistiques offensivement. Moins imposant physiquement, il sera également intéressant d’épier ses qualités et ses défauts au sein de la défensive des Pionniers, mais lui non plus ne semble pas pouvoir porter le costume de défenseur numéro 1 avec la faible production qu’il a connu par le passé.

La défense est complétée par 4 joueurs qui étaient déjà au club l’an passé. Tout d’abord, Colin Sullivan sera l’un des seuls droitiers de l’équipe en défense. L’an passé, avec Sullivan sur la glace, Chamonix était dominé et accordait de nombreuses chances de marquer A+ à l’adversaire. Sa propreté dans les phases de transitions était tout de même intéressante.

Le capitaine de l’équipe au cours de la saison passée, Numa Besson, est également resté au club. L’an passé, Numa Besson a montré de belles qualités en sorties de zone et il permettait à Chamonix d’être plus dominateur, plus présent en zone offensive et plus dangereux. Enfin, Clément Mermoux, droitier, et Jérémy Penz, gaucher, devrait se battre pour la dernière place disponible en défense. Ces deux jeunes joueurs nés en 1999 ont montré des qualités intéressantes et leur progression sera à suivre avec attention.

Ainsi, si l’attaque semble avoir réussi à se renouveler autour d’un noyau de joueurs restés au club, et ce même si elle pourrait manquer d’un ou de deux leaders offensifs, la défense semble être le secteur qui a le plus souffert à l’intersaison. Si l’an passé cette défense mobile et habile avec la rondelle avait une des bases fondamentales du succès de l’équipe, à l’aube de cette nouvelle saison, elle ne présente pas beaucoup de certitudes. Widen pourrait être le défenseur numéro 1 recherché, mais cela est loin d’être sûr tandis que Saari et Satmark semble avoir des profils plus spécifiques. En bout de ligne, cette défense est classée 11e par le modèle de Magnus Corsi.

GARDIENS : UNE PAIRE INTERESSANTE

Si Chamonix est actuellement classé 8e par Magnus Corsi, elle le doit en partie à ses deux gardiens de but. Sans eux, Chamonix ne serait classé que 9e, derrière Mulhouse. C’est l’homogénéité des deux gardiens de but qui semble surtout être un atout important pour Chamonix. En effet, Richard Sabol, sans faire parti de l’élite de la ligue, est un gardien sûr de Magnus ; et le nouveau venu, Severi Isokangas, a la deuxième meilleure projection de Magnus Corsi parmi les backups de la ligue. Une concurrence solide pourrait donc s’instaurer au sein du club ce qui ne pourrait qu’être bénéfique.

Mathieu Brosseau
Mathieu Brosseau a pratiqué le hockey dans son enfance, depuis, il l’analyse. D’abord journaliste à Hockey en France, il fait ensuite une pige chez Hockey Archives lors des Jeux Olympiques et, plus régulièrement, sur Le Sport Dauphinois où il parle de hockey mais aussi d’autres sports. Entre temps, il se spécialise dans l’analyse statistiques et se lance dans le projet Magnus Corsi dès le départ avec Thibaud Chatel ce qui lui permettera également de passer de l’autre côté du rideau en devenant analyste statistique d’une équipe de D2. Par ailleurs, il monte également, avec Matthieu Davin, le podcast On Refait La Glace
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Mathieu Brosseau a pratiqué le hockey dans son enfance, depuis, il l’analyse. D’abord journaliste à Hockey en France, il fait ensuite une pige chez Hockey Archives lors des Jeux Olympiques et, plus régulièrement, sur Le Sport Dauphinois où il parle de hockey mais aussi d’autres sports. Entre temps, il se spécialise dans l’analyse statistiques et se lance dans le projet Magnus Corsi dès le départ avec Thibaud Chatel ce qui lui permettera également de passer de l’autre côté du rideau en devenant analyste statistique d’une équipe de D2. Par ailleurs, il monte également, avec Matthieu Davin, le podcast On Refait La Glace
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