Ligue Magnus

PRESENTATION DE LA SAISON 2019-2020 : GAP, NOUVEAU PROJET, RÊVES ÉLEVÉS

Avant le début de la saison 2019-20 de Ligue Magnus, Plan de match vous présente l’ensemble des effectifs du championnat de France. Dans ce quatrième article de cette série, on vous présente l’effectif du demi-finaliste de la dernière édition : Gap. L’équipe haute alpine a tourné une page de son histoire à l’intersaison en changeant de coach. Objectif principal du nouveau projet : pérenniser le club tout en continuant de rêver grand.

C’est un projet différent, déclare Sébastien Oprandi, manager général de l’équipe des Rapaces de Gap. Même si Luciano Basile était resté le projet aurait été différent”. Une page se tourne du côté des Hautes-Alpes. Après cinq saisons à la tête de l’équipe, couronnée de 2 titres de champions de France, Luciano Basile a quitté, à l’intersaison, le club alpin. Plus globalement, c’est la fin d’un projet pour un club et l’ouverture d’un nouveau : “L’objectif est de redresser la barre économiquement et d’avoir une vision à long terme pour le club, selon Oprandi. On avait un modèle sportivement très intéressant mais un modèle qui était financièrement peu pérenne”. 

Néanmoins, ce changement de projet ne s’accompagne pas d’un manque d’ambition du côté du club comme nous l’explique le manager général : “On aimerait gagner ! Notre projet c’est d’être un club formateur qui donne sa chance aux jeunes, qui est proche de son public, qui est familial… C’est ce que l’on veut être. On sait pertinemment qu’il y a des équipes qui nous seront supérieurs en termes de talents, d’effectifs et de budgets. Mais quand on commence une saison, l’objectif c’est de gagner chaque match et dire qu’on veut gagner. Il faut rêver grand”.

Alors pour cela, Gap a mis l’emphase sur la jeunesse et sur la promotion de jeune du club ou d’ailleurs : “L’idée directrice en construisant l’équipe c’était de donner du temps de jeu à des jeunes qui sont prêts à travailler, prêts à exploser, prêts à franchir un pallier, prêts à faire face à nos exigences”. Suffisant pour rivaliser avec les grosses écuries ?

D’un point de vu global, Gap est classé 6e, à égalité avec Nice, par le modèle de prédiction de Magnus Corsi. Une place en playoffs donc mais légèrement en retrait du groupe d’outsiders composé de Amiens, Angers et Bordeaux. Le club a dû composer avec de nombreux départs de joueurs cadres à tous les postes.

Au niveau du coach, le départ de Basile constitue un changement important mais un changement tout de même dans la continuité puisque Eric Blais, anciennement assistant de Basile, prend la tête de l’équipe.

Attaque : un top 6 et un bottom 6, a équilibré ?

Sur le papier, en attaque, Gap a un top 6 très fort et un bottom 6 moins fort. D’après le modèle de projection et l’alignement composée grâce à celui-ci, Gap possède la 4e première ligne et la 6e deuxième ligne, mais la 9e troisième ligne et la 8e quatrième ligne. Néanmoins, Sébastien Oprandi le signale, les lignes risquent d’être équilibrées en offrant des postes plus offensifs à des jeunes. Un joueur notamment pourrait être très important pour l’effectif gapençais, il s’agit de Fabien Colotti. Arrivé de Rouen, où il jouait au centre de la quatrième ligne, il devrait jouer à l’aile à Gap dans un rôle plus offensif. “Sa vitesse nous semblait intéressante sur une aile” nous confie Oprandi. Ainsi, s’il parvient à connaître du succès plus haut dans l’alignement et potentiellement sur le top 6, Colotti pourrait voir sa production augmentée grâce à un changement de contexte. Si pour l’instant sa meilleure saison en Magnus se situe à 12 points, le modèle lui en projette 19 et ce total pourrait bien être dépassé avec une utilisation plus offensive. 

Et, si Colotti parvient à s’intégrer efficacement sur le top 6 des Rapaces, cela permettrait de faire reculer un ailier de top 6 sur la troisième ligne pour la renforcer et avoir une équipe plus homogène et surtout plus dangereuse à tous les échelons. Cet ailier qui reculerait sur le 3e trio pourrait être Mathieu Guertin. En effet, selon Oprandi (entretien effectué le 23 août), “pour l’instant il n’est pas sur les deux premières lignes”. Pourtant, Mathieu Guertin sort d’une bonne saison avec Angers malgré une absence d’une vingtaine de matchs. Il a inscrit 16 points en 26 matchs et a apporté énormément d’offensive et de domination à l’équipe d’Angers. Même s’il n’est pas parmi l’élite en transition, il paraît tout à fait capable de “driver une ligne”. Ainsi, le pousser sur la 3e ligne pourrait permettre d’avoir une 3e ligne plus à même de créer de l’offensive mais cela amènera une plus value seulement à condition que ça n’affaiblisse pas le top 6. D’où l’importance d’une bonne adaptation de Colotti (ou d’un autre joueur de bottom 6) dans un rôle plus offensif.

Autre recrue importante de l’été, Jesse Juntheikki. Le finlandais vient compléter une ligne de centre qui était, avant son arrivée, composée de Romain Gutierrez, Roman Vondracek et Romain Chapuis (qui sera utilisé au centre d’après Oprandi). Surtout Juntheikki vient amener une vraie menace offensive en plus au sein des premières lignes gapençaises. D’après Oprandi, “on avait alors besoin d’un gars capable de passer la rondelle, d’un playmaker, d’un centre avec de l’expérience. C’est le cas de Jesse. Il a énormément de talent pour donner le palet aux autres. Il a une production élevée, comparable à celle des Finlandais qui sont passés par Nice l’an passé. Ça peut être un centre de première ligne qui va nous apporter aussi sur l’avantage numérique avec un profil offensif intéressant”. Effectivement, le profil de ce finlandais de 31 ans est très intéressant puisque sur les deux dernières saison de Mestis, il a inscrit 102 points en 93 matchs de saison régulière en finissant, à deux reprises, deuxième meilleur pointeur de son équipe. La comparaison avec l’ex niçois Rajamaki est bonne puisque celui-ci avait inscrit 85 points lors des deux saison précédant son arrivée en France. Le modèle de projection voit en Juntheikki un joueur élite et cela pourrait bien porter l’attaque de Gap.

L’autre centre de top 6 sera Romain Gutierrez. L’attaquant français de 26 ans sort de deux saison à plus de 30 points dont la dernière qui a vu sa reconversion au centre. Selon Oprandi, “Il a évolué au centre la saison passé et on va reconduire cela. C’est un joueur très intelligent qui lit bien le jeu, capable de bien donner la rondelle ou de bien jouer en phase défensive”. Effectivement, avec lui sur la glace, Gap n’a connu aucun problème défensif l’an passé. Néanmoins son jeu de transition et le danger que créait Gap avec lui sur la glace étaient en dessous de la moyenne et Gutierrez, au centre, semble davantage avoir un profil défensif, malgré son bon total de points marqués. Un centre très sûr et fiable donc, qui apporte également en zone offensive mais qui devra certainement compter sur ses ailiers pour porter la rondelle en transition. 

A l’aile justement, outre Guertin et Colotti, trois autres joueurs devraient pouvoir prétendre à des postes sur les deux premiers trios. Tout d’abord, un dernier gaucher vient s’ajouter aux deux cités précédemment, il s’agit de Dimitri Thillet. Après un passage raté à Amiens où il n’inscrit que 6 points, dont un seul but, en 20 matchs, Thillet est revenu à Gap où il a inscrit 15 points au cours des 26 matchs restants. Bon en entrée de zone et bon tireur, il apporte du danger à cette équipe à 5 contre 5 comme en avantage numérique. En playoffs, il est associé à Gutierrez et il inscrit 6 points en 10 matchs dont 2 buts contre Rouen. Des statistiques prometteuses. Le modèle lui prévoit une saison à 27 points mais il ne serait pas étonnant qu’il dépasse cette projection en retrouvant un peu de stabilité après deux saisons compliquées par des blessures et un départ avorté. Il y a 3 ans, Thillet inscrivait 38 points en 44 matchs, il sera intéressant de voir s’il peut revenir à ce niveau.

A l’aile droite, ce sont deux étrangers qui devraient composer le top 6. Tout d’abord, Robert Jekimovs rempile une année sous le maillot gapençais. Amputé de son compère Biezais, Jekimovs aura la tâche de confirmer après une première saison plutôt réussie avec 26 points en 36 matchs joués en saison régulière et 6 points en 10 matchs de playoffs. Le letton a un profil très créateur puisqu’il excelle en transition et dans la transmission de la rondelle en zone offensive.

Pour compléter le top 6, les Rapaces de Gap ont mis la main sur le lyonnais Arturs Mickevics. A l’instar de toute l’équipe lyonnaise, Mickevics a connu une saison compliquée en inscrivant 29 points en 44 journées, mais les saisons précédentes sont bien plus prometteuses puisqu’il a déjà inscrit 47 et 36 points lors de deux saison à Lyon. Le letton est un véritable créateur de danger en transition et en zone offensive, aussi bien par le tir que par la passe. Il vient donc compléter un top 6 qui comporte bon nombre de créateur.

Plus loin dans l’effectif, Roman Vondracek devrait être le centre de base du bottom 6. Sébastien Oprandi n’en dit que du bien : “quand on a été 5ème avec Brest c’était le deuxième meilleur pointeur et le centre numéro 1 de l’équipe. C’est vrai qu’il avance un peu en âge, mais vu la forme qu’il a, c’est une valeur sûre”. Néanmoins, le Tchèque doit se relancer après une saison 2018-19 en demi teinte entre Nice et Gap.

Pour compléter cette attaque, Gap comptera sur quatre jeunes français que le modèle de prédiction de Magnus Corsi estime être des joueurs de 4e trio : Romain Chapuis, Paul Joubert, Paul Schmitt et Victor Ranger. Paul Joubert et Paul Schmitt chercheront à poursuivre leur évolution au sein du club, Victor Ranger arrive lui d’Anglet et Romain Chapuis de Strasbourg. Après deux saison galères à Strasbourg, ce dernier pourrait bien retrouver une meilleure production offensive dans une équipe plus dominante. Reste à voir s’il parvient à s’imposer comme un bon centre de Ligue Magnus.

En défense : manquerait-il un numéro 1 ?

Si l’attaque semble avoir gardé un très bon niveau suite à l’arrivée d’un nouveau projet pour le club, la défense a elle été décimée par les départs notables de Crinon, Labrecque, Gibb, Reno et Nelson. La défensive devait donc être entièrement reconstruite. Les dirigeants des Rapaces s’y sont évidemment attelés, mais, sur le papier, la défensive semble moins forte que l’an passé. Le modèle de Magnus Corsi évalue cette défense comme la 10e de la ligue. Ce qui semble pécher dans cette défensive, c’est essentiellement le haut de l’alignement et l’absence d’un leader. En effet, Gap semble avoir composé un top 4 très homogène mais qui manque d’un vrai taulier au niveau de la Ligue Magnus. Néanmoins, les quartes défenseurs de ce top 4 sont très intéressants et ont tous une chance de devenir ce défenseur phare d’une équipe de premier plan.

Avant de passer à la présentation des hommes, il est aussi intéressant de noter que la défense de Gap est également composée de 5 gauchers pour un seul droitier, un aspect gênant, mais Oprandi rassure : “Raphaël Faure est capable de jouer des deux côtés, Mathieu Gagnon c’est la même chose, Arnaud Faure quand on l’a accueilli il jouait plus à droite qu’à gauche… En effet, ça ne nous a pas posé un problème au point de ne pas le faire, mais jouer côté inversé ce n’est pas à la portée de n’importe qui, il faut avoir l’habitude”. Ce point ne semble donc pas être une inquiétude mais il sera à surveiller.

Pour composer cette défensive, Gap a recruté 4 joueurs de top 4. Celui que le modèle de Magnus Corsi tient le plus en estime en le classant comme un joueur de premier duo, c’est Mathieu Gagnon. Venu d’Angers où il jouait régulièrement sur la deuxième paire, Gagnon est un défenseur offensif qui tire énormément. Défensivement et dans la domination, en revanche, Angers avait plus de mal avec lui sur la glace. Il semble être capable d’être le défenseur qui apporte offensivement à l’équipe, mais il va falloir qu’il passe un cap dans tous les autres secteurs pour devenir le défenseur numéro 1 d’une équipe du top 5 de Ligue Magnus.

Les Rapaces sont également allé chercher un deuxième défenseur canadien en Etienne Boutet. L’an passé, il jouait en ECHL et Oprandi nous le présente comme ceci : “on avait besoin d’un défenseur défensif pour ajouter de la sûreté derrière qui soit capable d’apporter du physique. Il a également connu une bonne carrière junior dans laquelle il était capable de produire. Il a des statistiques qui ressemblent à celles de Mathieu Gagnon qui est un défenseur plus offensif. Au cours des dernières années, il était cantonné dans un rôle très défensif. Il jouait toujours contre la meilleure ligne adverse et c’était même limite s’il y avait un engagement en zone offensive, on changeait sa paire de défense. Il voulait voir autre chose. Pour nous c’est une valeur sûre et c’était important d’avoir un gars qui amène de l’expérience et du leadership”. Malgré son rôle plus défensif au cours des dernières saisons, le modèle de Magnus Corsi lui prévoit 17 points. Alors, en changeant de contexte et en étant plus amené à jouer dans toutes les situations, Boutet pourrait être le joueur qui parvient à se hisser au rôle de numéro 1 en étant à la fois bon défensivement et offensivement. Néanmoins il sort de 14 points en 68 matchs ou 8 points en 50 matchs. Il faudra donc qu’il prouve qu’il est capable de soutenir l’attaque dans un championnat plus faible.

Par ailleurs, Gap a fait revenir un français en Ligue Magnus : Fabien Bourgeois. L’ex Amiénois revient d’une pige de deux ans en Mestis où il a inscrit 22 points en 81 matchs. De retour en Ligue Magnus, ce défenseur complet est promis à 14 points par Magnus Corsi. Si son évolution sera également à suivre, lui non plus ne semble pas avoir le profil du premier défenseur dans une équipe de premier plan de Ligue Magnus.

Enfin, les Rapaces ont tenté un beau pari en allant chercher Jakub Melisko à Bordeaux. A 23 ans, dans un rôle limité, Melisko est apparu comme un défenseur très complet à la fois bon en défense et excellent en transition. Si Gap lui donne un rôle plus important, il sera intéressant de suivre son évolution.

Ainsi, Gap a 4 défenseurs très intéressants dans leur profil en haut de l’alignement mais aucun n’avance les garanties pour être qualifié de premier défenseur dans une équipe qui fait figure d’outsiders pour le titre. Reste à voir si l’un de ces 4 là est capable de passer un cap cette saison.

Cette défense est complétée par Arnaud et Raphaël Faure des défenseurs de troisième paire au niveau de la Ligue Magnus. Charles Schmitt et Louis Cirgues, deux jeunes gapençais de 18 ans, feront figures de remplaçants capable de jouer devant et derrière. Sebastien Oprandi dit à propos de Schmitt : “c’est un très bel espoir, capable de jouer devant et derrière. Il a joué devant contre Grenoble en préparation et c’était très intéressant. En début de saison, il y a beaucoup de rassemblement avec l’équipe de France U20 et ça rend compliqué l’intégration de jeunes talents comme Charles. Après il y a toujours des blessés et Charles sera impliqué”. 

Gardiens : Ylonen comme pierre angulaire

A l’intersaison, Gap a été chercher un des tout meilleurs gardiens français en la personne de Sébastien Ylonen. Malgré différentes blessures, Ylonen a effectué 91,7% d’arrêts l’an passé ce qui faisait de lui le 4ème gardien partant derrière Pintaric, Horak et Buysse. Oprandi apparaît confiant après ce recrutement : “Ces ennuis physiques de la saison passée représente forcément une préoccupation, mais quel gardien n’a pas été blessé ? En effet, sa saison passée a été perturbée mais on a été rassuré par ce qu’il a proposé en fin de saison et avec l’équipe nationale. Il veut franchir un palier et ça nous plait. Il espère s’installer dans de gros championnats européens et il a besoin de faire une saison pleine.”

Pour le compléter, Gap pourra compter sur un back-up fiable, Jimmy Darrier, que Sébastien Oprandi tient en estime : “ un très bon gardien français qui propose de très bonnes choses au camp d’entraînement. C’était vraiment important pour nous de le conserver”.

Mathieu Brosseau
Mathieu Brosseau a pratiqué le hockey dans son enfance, depuis, il l’analyse. D’abord journaliste à Hockey en France, il fait ensuite une pige chez Hockey Archives lors des Jeux Olympiques et, plus régulièrement, sur Le Sport Dauphinois où il parle de hockey mais aussi d’autres sports. Entre temps, il se spécialise dans l’analyse statistiques et se lance dans le projet Magnus Corsi dès le départ avec Thibaud Chatel ce qui lui permettera également de passer de l’autre côté du rideau en devenant analyste statistique d’une équipe de D2. Par ailleurs, il monte également, avec Matthieu Davin, le podcast On Refait La Glace
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Mathieu Brosseau a pratiqué le hockey dans son enfance, depuis, il l’analyse. D’abord journaliste à Hockey en France, il fait ensuite une pige chez Hockey Archives lors des Jeux Olympiques et, plus régulièrement, sur Le Sport Dauphinois où il parle de hockey mais aussi d’autres sports. Entre temps, il se spécialise dans l’analyse statistiques et se lance dans le projet Magnus Corsi dès le départ avec Thibaud Chatel ce qui lui permettera également de passer de l’autre côté du rideau en devenant analyste statistique d’une équipe de D2. Par ailleurs, il monte également, avec Matthieu Davin, le podcast On Refait La Glace
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