Ça va finir par devenir une petite tradition : comme tous les ans, je m’essaye à un nouveau format. Mais pour cette chasse aux imports 2026-2027, j’ai décidé de franchir un cap. L’objectif n’est pas de commenter des rumeurs ou de simplement lire des statistiques, mais de vous plonger dans le véritable travail de l’ombre. J’ai passé ces dernières semaines à « bouffer » de la vidéo, à observer des shifts entiers et à analyser les détails. Mon but ? Dénicher des perles qui pourraient passer ou non sous les radars, et vous livrer un rapport de scouting authentique, construit sur l’analyse vidéo et le contexte, tel qu’un GM pourrait le recevoir sur son bureau.

Pour inaugurer cette série, focus sur un profil de NCAA que je suis avec attention depuis environ deux ans : Ryan Tattle. C’est la grande première de ce format, n’hésitez pas à nous faire vos retours sur les réseaux, quels qu’ils soient, ils seront toujours appréciés.

Son identité :

  • Nom : Ryan Tattle
  • Âge : 24 ans (Né le 7 septembre 2001)
  • Nationalité : Canadienne
  • Position : Ailier / Centre
  • Gabarit : 178 cm / 82 kg
  • Club Actuel : Université du Connecticut (NCAA)
  • Disponibilité : Été 2026 (Fin de cursus Senior)

Mais qui est-il ?

Avant de parler de stats et de hockey, parlons de l’homme. Tattle est plus qu’un simple joueur puisqu’il a marqué des points humainement partout où il est passé. Lors de ses années en BCHL (la meilleure ligue junior A du Canada), il a su marquer les esprits autrement que par ses qualités sur la glace, notamment en créant l’initiative humanitaire « Score for Cancer » avec laquelle il a réussi à lever 170 000CAD pour la recherche contre le cancer et qui lui aura permis de recevoir le 2022 Giving Hearts Award dans la catégorie Outstanding Youth Philanthropist, un prix prestigieux qui récompense les individus ayant démontré un leadership philanthropique de haut vol et une capacité unique à inspirer et mobiliser leur communauté pour une cause.

 Senior à UConn, évoluant dans la très relevée conférence Hockey East de NCAA, il porte le « A » sur son maillot, prouvant une fois de plus ses qualités de leader. Son parcours témoigne d’une maturité élevée pour un jeune de son âge, et représente une aubaine pour un GM européen et, pourquoi pas, Français, qui serait à la recherche d’un jeune joueur très prometteur et capable de souder un vestiaire et une communauté en quelques semaines.

L’ANALYSE

Après une analyse de ses présences sur cette saison, voici ce qui ressort de son jeu :

  1. Son style de jeu

Ryan Tattle est un joueur intense. Ce n’est pas un joueur de périphérie qui attend que le jeu vienne à lui, il cherchera constamment à en provoquer. C’est un attaquant nord-sud qui mettra du rythme à chaque fois qu’il monte sur la glace. Sur la saison dernière et cette première moitié de saison, Tattle se lance dans 15 duels pour obtenir la possession du palet par match, en moyenne. Son taux de victoire dans ces duels tourne autour des 47% (une conséquence logique de son gabarit face à des défenseurs plus massifs), le nombre de batailles dans lesquelles il se lance prouve qu’il est constamment sur le dos de ses adversaires.

En plus de ses nombreux combats, Tattle n’est presque jamais passif, parvenant à récupérer 2 à 3 palets en zone défensive par match pour lancer des transitions. Offensivement, son pressing se traduit par un vol de palet par match. En plus, c’est un joueur qui n’hésite pas à aller « dans le tas », quitte à en payer le prix. Contrairement à beaucoup de joueurs de sa taille, il fonce au filet, 56.16% de ses tirs provenant directement de l’enclave ou de sa proximité immédiate.

  1. Son patinage

Son coup de patin semble taillé pour le jeu de transition et devrait bien s’exporter sur les glaces olympiques que nous utilisons en Europe.

Dans un premier temps, la fréquence de ses enjambées est assez élevée, ce qui lui apporte une grosse explosivité, surtout sur ses crossovers. Techniquement, on note que ses foulées peuvent parfois manquer d’amplitude, pouvant limiter sa vitesse de pointe pure notamment en ligne droite. Mais même avec ce défaut, il semble rester une menace constante grâce à son patinage. Son explosivité dans les petits espaces pousse environ un match sur deux les défenseurs à la faute, provoquant des supériorités numériques pour son équipe. En plus de ça, ce n’est pas un joueur qui se contente d’envoyer le palet au fond.  Il privilégie 2 fois sur 3 des entrées de zone contrôlées, prouvant qu’il possède les qualités techniques nécessaires pour lancer une attaque et pas simplement courir après la rondelle.

  1. Son QI Hockey

Offensivement, Tattle possède un vrai instinct de buteur. Il surperforme régulièrement les modèles statistiques et n’a pas besoin d’un nombre incalculable d’occasions pour mettre le palet au fond des filets. Cependant, cette efficacité a un coût évident : Tattle « triche » pour l’attaque. L’analyse vidéo révèle une tendance : il anticipe régulièrement la transition trop tôt, n’hésitant pas à quitter sa zone avant même que le palet ne soit sécurisé par ses défenseurs. Si ce pari lui permet de générer des contre-attaques générant du danger à tous les matchs, il expose tout de même parfois sa structure défensive.

Il faut toutefois nuancer son impact défensif. Visuellement, il semble se placer haut dans sa zone, ce qui correspond, certes, à son profil de forechecker mais l’éloigne naturellement des lignes de tirs. J’ai tout de même voulu vérifier si les chiffres faisaient mentir ce positionnement : en se plongeant dans les stats, on voit qu’il est effectivement en dessous d’un tir bloqué tous les deux matchs. C’est un total qui reste insuffisant, d’autant qu’il passe environ 40% de son temps de jeu en zone défensive et qu’il est régulièrement aligné sur le PK dans une équipe qui subit une certaine pression et qui valorise le sacrifice. Plus qu’un manque d’envie, c’est un choix tactique individuel : il reste haut, prêt à partir en échappée. Un positionnement qui ouvre le jeu des deux côtés de la patinoire.

QUELLE PROJECTION POUR LA LIGUE MAGNUS ?

Ryan Tattle est un profil comme on en retrouve souvent en Magnus : un mélange d’intensité, de technique et de leadership. Son gabarit, qui pourrait poser question aux échelons du dessus en Amérique du Nord, ne sera pas un frein en France. Dans un championnat ou le gabarit moyen se situe autour des 181cm pour 82kgs, il se situera grosso modo dans la moyenne. Son style est adapté à nos glaces et à notre style de jeu moins physique qu’outre-Atlantique. En termes de rôle, il ne faut pas attendre de lui qu’il plante 40 buts lors de sa première saison mais il a d’ores et déjà l’étoffe d’un leader offensif pour un club de milieu de tableau ou d’un atout majeur pour un prétendant au titre. Pour maximiser son rendement, bien construire sa ligne sera crucial. Pour compenser sa tendance à anticiper la transition, il serait idéal de l’associer avec un joueur plus two-way capable de le « couvrir » défensivement.

En clair : Un attaquant de top-6 qui apportera du caractère et du rythme à son équipe.