Les élections fédérales ont porté à la tête de la fédération M. Pierre-Yves Gerbeau et son équipe pour un mandat de 4 ans. Dans un contexte difficile pour le hockey français, il nous apparaît important de tracer les grandes lignes de cette mandature. Tour d’horizon avec M. Gerbeau.

 

Plan de Match : Une équipe renouvelée pour cette nouvelle mandature, comment avez-vous constitué votre équipe ?

Pierre-Yves Gerbeau (P-Y. G) : Je souhaitais monter une équipe de qualité et de terrain. Pour moi, il n’y avait plus dans l’équipe sortante des personnes qui étaient dans le quotidien du hockey français. L’idée c’était d’avoir une équipe qui connaissait le quotidien du hockey. Une équipe au charbon qui a une vision globale. Par ailleurs, je voulais aussi m’entourer de gens qui n’étaient totalement en phase avec les décisions de la fédération dans le passé. Des personnes capables de faire bouger les lignes et de challenger la machine. Cela a pris du temps car il nous a fallu apprendre à nous connaître, voir si la dynamique de groupe fonctionnait et si nous étions capables de travailler ensemble.

Une fois que cette équipe a été constituée, il nous fallait lancer un premier jet de projet stratégique. Nous avons beaucoup travaillé en profondeur. C’est pour cela que nous avons été silencieux, tant que l’équipe n’avait pas été validée nous ne voulions pas communiquer. Vu la qualité de la commission de contrôle nous avons tout contrôler sur notre liste. Nous avons défini 3 axes stratégiques.

Plan de Match : Quels sont ces axes stratégiques ?

P-Y. G : Notre stratégie est une stratégie à tiroirs. Notre premier axe est de remettre à plat notre stratégie sur les équipements patinoire. Aujourd’hui, nous sommes perçus comme des pollueurs, qui coûtent cher à opérer et qui ne gagnent pas d’argent. Nous avons d’ores et déjà entamé des démarches dans ce sens. C’est un sujet qui est partagé avec l’IIHF. A ce jour, nous ne pouvons plus aller voir les élus pour vendre les patinoires telle qu’elles sont faites aujourd’hui. Pour information, nous avons déjà avancé sur ce sujet avec notre partenaire Synerglace. Nous regardons les meilleures pratiques en Europe et dans le monde. Nous regardons notamment du côté de la Norvège qui est très en avance sur ce sujet. L’objectif est de créer un cahier des charges pour créer des concepts de patinoires zéro carbone et plus facile à opérer.

Il s’agit là de la première étape, nous étudierons également les endroits dans lesquels nous avons le plus de besoin. Nous savons qu’il y a des « déserts » de patinoire mais ce n’est peut-être pas la priorité. Typiquement nous avons entamé des discussions avec Cergy-Pontoise qui arrive déjà à saturation. Les places fortes du hockey français doivent être développées comme Epinal, Rouen, Amiens.

Pour résumer, construire des patinoires là où il n’y en a pas et renforcer les places fortes.

Le second axe stratégique c’est continuer à structurer les clubs et à former les bénévoles. Nous avons fait un atelier avant l’assemblée générale : « comment gérer une équipe ? ». C’est nécessaire de donner des tips pour un meilleur management. Jacques Vaitrano regarde les formations possibles qui soit en adéquation avec les disponibilités des bénévoles. Enfin, en cascade les entraîneurs doivent être au fait du plan de développement fédéral. Les CTN ne sont pas assez nombreux, il faut que les entraîneurs soient plus autonomes et n’attendent pas la bonne parole des CTN. L’objectif c’est d’augmenter le nombre de licenciés, il nous faut limiter nos pertes. Aujourd’hui, les pertes les plus importantes sont sur les années collèges. Il faut repenser notre hockey amateur.

Il s’agit de lancer une réforme de tous les championnats et le règlement. Les mutations, les sur classements. Il faut arriver à faire vivre un hockey amateur et pro. La réforme des championnats jeunes, le championnat de D3, la D2. Enfin, la D1 doit avoir un cahier des charges qui se rapproche de la ligue Magnus. Cette réflexion doit être lancée en consultation avec les clubs.

Le troisième axe c’est de réinventer le modèle de notre DTN, même si depuis la création du hockey sur glace nous n’avons jamais eu d’aussi bons résultats sur nos équipes nationales. Nous souhaitons tout de même lancer un audit interne dès maintenant sur le fonctionnement de la DTN et nous le ferons valider par l’IIHF. Nous mettrons également en place un audit externe par l’IIHF. L’objectif c’est d’avoir un plan de performance fédéral qui tienne la route pour la prochaine olympiade. En résumé, valoriser le hockey amateur tout en développant le très haut niveau.

Enfin, il faut que la FFHG rentre dans le 21ème siècle. Nous devons être en phase avec les valeurs sociétales de nos jours. Les valeurs d’inclusion, de féminisation de lutte contre le racisme. Nous devons travailler sur ces sujets, sinon le hockey sur glace mourra à long terme. Nos valeurs : le dépassement de soi, le respect de l’autorité et de l’adversaire. C’est un enjeu du présent et du futur.

Sur la mandature précédente, nous avions 8 objectifs et nous en avons rempli 7. Sur cette mandature nous n’en avons que 3. Il nous a manqué la réforme de l’arbitrage mais nous allons le faire.

Nous devons être plus proche des clubs, du terrain et du quotidien. Chaque membre du comité directeur aura 5 clubs référents (moi compris). Si jamais il y a des dysfonctionnements, nous le verrons tout de suite. Tout le monde pense que nous sommes Grenoble en termes de structuration mais nous ne sommes pas Grenoble, nous sommes plutôt Chamonix. Oui, il y a des demandes qui prennent trop de temps aujourd’hui.

Plan de Match : Vous deviez affronter une liste lors de ces élections, cela ne s’est pas fait, pensez-vous que cela démontre une fracture dans le hockey français ?

P-Y. G : Non, ce n’est pas une fracture, c’est une catastrophe pour le processus démocratique. Luc Tardif n’a jamais eu d’opposition et ce n’est pas bien. Notre liste a été bâtie avec pour objectif de convaincre, peu importe le nombre de listes. Cette liste d’opposition a été montée avec une moitié des candidats qui n’étaient pas au courant qu’ils étaient sur la liste. L’autre moitié représente les aigris du hockey français. C’est dommage. C’est dans l’adversité et l’échange que nous pouvons avancer.

Plan de Match : Un club modèle en France ?

P-Y. G : Sur les résultats, il n’y a aucun doute c’est Grenoble. C’est un modèle pour les clubs de Magnus qui ont des gros moyens, ça ne l’est pas pour des petits clubs qui n’ont pas de moyen et qui souhaitent faire vivre le hockey au quotidien. Chaque division a son modèle. J’espère que Grenoble pourra porter le hockey français au niveau européen. Il ne faut pas oublier que le sport en France, pas uniquement le hockey, est porté par les bénévoles. Il faut absolument travailler ce sujet dès maintenant. J’annule la rémunération du président, je pense que c’était une erreur. Il faut être exemplaire avec les bénévoles. Nous travaillons avec le CNOSF pour valoriser nos bénévoles. Il faut créer de nouvelles vocations. Il faut que nous commencions à nous occuper de nos bénévoles.

Plan de Match : L’objectif d’être dans le top-8 pour la France, cela passe par un pôle France masculin ?

P-Y. G : Oui. C’est important de mettre en place ce Pôle France masculin mais il faut pouvoir le financer. Nous travaillons avec les agences étatiques pour trouver un financement. Un Pôle France c’est de l’ordre de 400 000 € en termes de financement. Nous souhaitons travailler avec la politique car en France le financement du sport passe par le politique. Nous avons enfin nos réseaux, la DTN et moi cela permet de faire avancer nos sujets désormais. Il faut également que nous puissions travailler de concert avec les acteurs du sport d’hiver.

Plan de Match : Comment finance-t-on ce projet ?

P-Y. G : D’abord, je dois dire que nous savons très bien gérer nos coûts. Nous avons perdu 50% de nos revenus notamment en termes de sponsoring pendant la Covid. Nous devons travailler sur de nouvelles lignes de revenus. Le fait que les équipes nationales aient performé cela nous aide. Il faut absolument aller chercher des nouvelles lignes de crédit. C’est également un objectif du mandat. Nous allons nous mettre autour de la table avec notre agence marketing. Nous allons la challenger très fort. Nous devons redéfinir les points importants pour vendre le hockey sur glace.