Après une saison noire terminée lanterne rouge, Gap n’avait pas vraiment le choix : il fallait secouer le cocotier. Exit la double casquette de Jérôme Escallier, qui garde le costume de président mais lâche celui de manager et place à Luciano Basile, figure bien connue de l’Alp’Arena, qui devient non seulement coach mais aussi manager sportif. Mais même s’il tient aujourd’hui le volant à deux mains, parviendra-t-il à remettre les Rapaces dans la bonne voie ?

L’an dernier, les chiffres ont parlé d’eux-mêmes. Derniers de Ligue Magnus, trop de buts encaissés, trop de matchs lâchés, en dépit de quelques individualités qui ont essayé tant bien que mal de sauver les meubles. Défensivement, les Rapaces étaient trop friables, offensivement trop irréguliers… Bref, la saison 2024-2025 a laissé des bleus, dans les stats comme dans les têtes. Quand une équipe avec le passif de Gap termine une saison tout en bas du tableau, la seule possibilité est de repartir de zéro et de regarder droit devant soi.

Cette nouvelle ère, c’est justement l’ambition de Gap : reconstruire avec du caractère, de l’engagement, et un vestiaire qui colle à l’ADN du club. Basile veut des joueurs durs, travailleurs, intenses, des leaders sur la glace comme en dehors, et une équipe qui capitalise enfin. Bien sûr, il faudra gérer la profondeur limitée en défense et éviter les pépins physiques, mais l’idée est là : tourner la page des galères et offrir aux supporters des Rapaces une saison où on se bat, où on s’accroche, et où l’on se remet à croire.

QUATRE RESCAPES POUR RELANCER LA MACHINE

 

On ne va pas se mentir : l’intersaison des Rapaces ressemblait plus à un déménagement qu’à un simple ménage de printemps. Entre les départs en série et l’envie de repartir sur de nouvelles bases, le vestiaire a été très largement vidé… et seulement quatre joueurs ont reçu le sésame pour continuer l’aventure. Chad Langlais, le vétéran de la défense, sera le nouveau capitaine. A près de 40 ans et 5 saisons dans l’équipe, il est un cadre régulier et impliqué. Notre modèle le projette à 29 points (4B, 25A) et 1,52WS, faisant de lui le meilleur élément défensif des Rapaces, sur la calculatrice tout du moins. En plus de lui, le jeune angevin Paul Nassivet, projeté à 6 points (2B, 4A) et 0,17WS, poursuit aussi l’aventure à l’arrière. Plus discret, mais précieux par son volume de jeu et sa capacité à faire le sale boulot, il devrait poursuivre logiquement sa progression pour, peut-être, s’imposer comme l’un des maillons les plus importants de cette équipe.

Devant, deux visages familiers prolongent l’histoire. Dimitri Thillet, fidèle parmi les fidèles, gardera le “A” sur son maillot. Régulier lui aussi et responsable dans tous les secteurs, il possède aussi un réel attachement au club, faisant de lui un relais naturel du coach sur la glace comme dans le vestiaire. Avec lui, Raphaël Chauvel apporte devrait lui aussi poursuivre sa progression et apporter la fougue et la hargne de la jeunesse. Nous les projetons respectivement à 22 points (9B, 13A) pour 0,65WS et 14 points (5B, 9A) pour 0,31WS.

Ces quatre-là devraient logiquement être les points d’ancrage du projet gapençais version 2025-2026. Ils ne suffiront évidemment pas à eux seuls à faire oublier la dernière place, mais ils ont au moins le mérite de poser les bases et de visualiser ce que veut Basile. Un capitaine étranger respecté, un défenseur français qui s’affirme, un assistant qui incarne la fidélité au maillot, et un attaquant travailleur qui colle à l’ADN du club. À partir de ce noyau, bâtir un collectif plus dur, plus cohérent, et capable de jouer les trouble-fêtes est faisable.

TURN-OVER ET NOUVEAUX VISAGES

 

Après ces prolongations, ce sont pas moins de dix-huit recrues qui ont signé à Gap. Avec autant de changements, le vestiaire n’affiche plus du tout le même visage. Deux noms prévus au départ — Olivier Dame Malka et Mathieu Desgagnés — ont finalement été écartés et le dernier s’est envolé vers Nice, mais cela reste l’équipe avec le plus gros turn-over de la ligue.

Tout en haut de la hiérarchie, Anthony Poulin a déjà pris les clés du camion en tant que centre de première ligne. Gros sens du jeu, vision claire, il s’impose naturellement comme le leader offensif de l’équipe. Notre modèle le projette à 23 points (8B, 15A) et 0,87WS. À ses côtés, Luke Santerno fait le job de l’ailier complet : deux buts en préparation, une activité constante et ce petit grain de sel dans les deux sens de la glace qui peut faire la différence. Gros travailleur, il est un profil type « Basile ». Nous le projetons à 28 points (11B, 17A) et 1,19WS. Sur la deuxième ligne, le Letton Daniels Murnieks, projeté à 32 points (12B, 20A) et 1,42WS, n’a pas traîné pour se faire remarquer : trois buts en matchs amicaux dont un doublé, une efficacité redoutable, et déjà une place clé sur les unités spéciales, aussi bien en powerplay qu’en penalty kill. Ryan Gagnon possède l’une des plus petites projections défensives chez les titulaires et vétérans avec 6 points (1B, 5A) et 0,42WS mais son leadership naturel et ses qualités physiques semblent lui avoir permis de gagner la confiance et le respect de son coach puisqu’il est lui aussi utilisé sur toutes les unités spéciales.

En toute logique, une équipe ne pouvant pas se contenter de 8 joueurs, la vague de renforts ne s’arrête pas là. Les frères Joan et Paul Cerda, qui connaissent bien Basile, devraient apporter eux aussi de l’énergie. Nous les projetons à 12 et 4 points pour 0,35 et 0WS. Pensionnaire de D1 avec Dunkerque les trois dernières années, Corentin Cruchandeau représente une promesse intéressante pour le club : du punch, de l’envie, et une vraie carte à jouer dans la rotation. Pour l’expérience, le club a aussi mis la main sur Radim Matus, attaquant tchèque habitué aux joutes européennes, et Maxime Orlov, ancien gros espoir Suisse qui n’aura pas réussi à trouver ses marques à Angers les trois dernières années. Ajoutez à cela le Finlandais Teemu Pulkkinen, qui devrait avoir un rôle de buteur et de finisseur(une fois réparé), Paul Siraudin pour renforcer la profondeur, et le couteau suisse Bryan Ten Braak qui amène du volume de jeu et le puzzle commence à prendre forme. En plus de ça, selon les rumeurs persistantes, Aleksi Hamalainen, autre attaquant finlandais, pourrait encore venir compléter l’effectif. Autant dire qu’on ne pourra pas reprocher aux Rapaces d’avoir été passifs sur le marché.

Quelques projections :

• Corentin Cruchandeau : 11 points (4B, 7A) // 0,26WS

• Radim Matus : 20 points (9B, 11A) // 0,38WS

• Maxime Orlov : 9 points (4B, 4A) // 0,17WS

• Teemu Pulkkinen : 30 points (16B, 14A) // 1,48WS

• Paul Siraudin : 13 points (8B, 5A) // 0,46WS

• Bryan Ten Braak : 11 points (5B, 6A) // 0,01WS

• Aleksi Hamalainen : 35 points (11B, 24A) // 1,42WS

 

Dans les cages aussi, c’est du neuf. Exit Antti Karjalainen (dernier sur notre classement mais peu aidé par sa défense) et Antoine Gilbert (qui évoluera désormais en tant que back-up des Boxers), les gardiens de la saison passée, et place à Max Zimmermann(4,31WS) et Gaëtan Richard(0,83WS) pour sécuriser l’arrière-garde. L’un et l’autre auront la lourde tâche de redonner confiance à une défense qui a trop souvent craqué l’an dernier. C’est sans doute le poste le plus sensible dans un collectif en reconstruction, car si les filets tremblent trop vite, difficile de bâtir de la sérénité.

QUELLE SAISON POUR LES RAPACES ?

 

Sur le papier, Gap a changé de visage : plus de leaders, plus de caractère, un vestiaire refait de fond en comble. L’intention est claire, mais la réalité risque d’être plus compliquée. Repartir avec dix-huit nouveaux joueurs, ça demande du temps, et la Ligue Magnus n’attend personne. Défensivement, la profondeur reste limitée, les blessures de Dorey et Nassivet se feront sûrement sentir et l’alchimie devra se créer en urgence pour éviter de revivre le cauchemar de l’an dernier.

Notre projection est prudente : 11e place sur 12, avec 49 points. Le maintien reste donc l’objectif numéro un, comme l’a évoqué Basile. Les Rapaces pourront parfois surprendre et certaines de leurs recrues ont les armes pour allumer quelques étincelles, mais l’essentiel sera d’éviter la dernière marche et de s’accrocher.

Pas de grande envolée en vue, plutôt une saison de transition. Retrouver de l’identité, regagner un peu de respect, et préparer des bases plus solides pour la suite : voilà le vrai défi. Les Rapaces ne joueront pas les sommets, mais ils auront au moins l’occasion de prouver qu’ils sont encore dans la course et pourraient batailler pour les play-offs.