Dans le monde du hockey professionnel, l’analyse vidéo est devenue un outil incontournable pour décortiquer les performances et optimiser les stratégies. Mat Cyr, entraîneur de l’Hormadi, pousse cette analyse encore plus loin avec un projet original et méticuleux : le suivi des contacts avec la rondelle. Explications.
« J’ai toujours été intéressé par l’analyse vidéo« , explique Mat Cyr. « Mais j’ai voulu aller au-delà des statistiques classiques et me concentrer sur la manière dont chaque joueur interagit avec la rondelle. »
Son projet, qu’il a baptisé « pucks touches« , consiste à analyser chaque contact avec la rondelle de chaque joueur après chaque match. Armé d’un stylo et d’un schéma de patinoire, il note méticuleusement chaque action, en la qualifiant de « gagnée » ou « perdue » selon son issue.
Mais Mat Cyr ne se contente pas d’un simple comptage. Il s’intéresse particulièrement aux « zones chaudes », ces zones où les joueurs touchent le plus souvent la rondelle. « L’objectif est d’aider les joueurs à comprendre où ils sont les plus efficaces et à adapter leur positionnement en conséquence« , précise-t-il.
Possession vs. Attaque
L’un des élément de discrimination pour Mat Cyr est une différenciation entre la possession et l’attaque. « Je différencie les palets en zone offensive entre palet de possession et palet d’attaque« , explique Mat Cyr. « Un palet de possession est un palet pour conserver le palet et améliorer sa situation, jusqu’à ce qu’il devienne un palet d’attaque, soit une passe décisive ou un tir au but. »
L’équilibre, clé du succès
L’entraîneur observe deux tendances chez ses joueurs : certains sont trop attirés par le palet et accumulent les palets de possession sans parvenir à concrétiser, tandis que d’autres cherchent trop rapidement le palet d’attaque, prenant des risques inutiles. « Les meilleures chances de marquer sont souvent celles où il y a eu plusieurs palets de possession avant, donc un jeu construit« , souligne-t-il.
Repenser les rôles sur la glace
L’entraîneur propose de dépasser les schémas classiques de centre/ailier pour adopter une vision plus fluide. « Pourquoi ne pas pousser plus loin en zone offensive et parler de joueurs de possession et joueurs d’attaque, et y inclure les défenseurs ? » suggère-t-il. « Tu pourrais avoir 3 joueurs de possession qui contrôlent le palet en périmètre et 2 joueurs d’attaque qui percent dans le slot pour conclure les palets d’attaques.«
L’analyse des touchés de palet, source d’optimisation
L’entraîneur est convaincu que l’analyse approfondie des touchés de palet peut révéler des informations précieuses pour améliorer le jeu et optimiser les stratégies offensives. « Je pense qu’en poussant l’analyse des touchés de palets, il pourrait y avoir pleins de surprises », conclut-il.
L’entraîneur a également développé un système de classification complexe pour analyser l’état de la rondelle avant et après chaque contact. « Cela permet d’évaluer si le joueur améliore ou non la situation de jeu« , explique-t-il. Les données collectées sont ensuite compilées dans des tableaux Excel et des « bulletins scolaires » individuels sont créés pour chaque joueur. « Les joueurs sont très réceptifs à cette approche« , se réjouit Mat Cyr. « Ils viennent régulièrement consulter le pucks touches pour analyser leurs performances. »
Ce projet, qui demande environ 4 à 5 heures de travail après chaque match, porte ses fruits. « Les joueurs ont une meilleure compréhension de leurs forces et faiblesses. » Il espère voir des améliorations sur le plan individuel cette saison. Son objectif pour cette saison est un meilleur contrôle du palet et des décisions plus efficaces au niveau individuel. A plus long terme, il espère concrétiser une amélioration collective. De ce projet pourrait même découler des « systèmes de jeux spécifiques par rapport aux forces individuelles de certains joueurs » évoque Mat Cyr .
Traditionnellement, les entraîneurs accordent du temps libre aux joueurs en début ou fin de séance. Ce temps est souvent utilisé pour pratiquer des tirs comme les « one-timers » ou des tirs depuis des positions spécifiques sur la glace. Or, l’analyse des touchés de palet en match révèle que ces situations ne correspondent pas toujours à la réalité du jeu.
Prenons l’exemple d’un défenseur droitier qui ne touche le palet que de son côté fort pendant un match. Lui faire passer du temps à pratiquer des « one-timers » du côté gauche n’est pas pertinent. Il serait plus judicieux de lui faire travailler des tirs depuis des zones où il est susceptible de recevoir le palet en situation de match.
L’utilisation des « rims » (envoyer le palet le long de la bande) est un autre exemple. Les entraîneurs ont tendance à les minimiser pendant les entraînements. Pourtant, si l’analyse des touchés de palet montre que les joueurs récupèrent régulièrement des « rims » en match, il devient essentiel d’intégrer cet aspect du jeu dans les exercices.
Adapter les exercices aux situations de match
L’analyse des touchés de palet permet donc d’adapter les entraînements individuels et collectifs. Plutôt que de diviser un exercice en deux séquences de 5 minutes avec des défenseurs gauchers et droitiers alternant les côtés, il pourrait être plus efficace de consacrer 10 minutes à l’exercice en plaçant les défenseurs gauchers à gauche et les droitiers à droite. Ainsi, les joueurs s’entraîneraient dans des situations plus proches de la réalité du match.
Une approche innovante qui pourrait bien inspirer d’autres équipes et contribuer à révolutionner l’analyse des matchs de hockey.



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