Cette semaine, après avoir plongé dans les statistiques avancées de toutes les équipes, je me suis fait une réflexion. Je me suis mis à réfléchir à la comparaison entre ce qu’on pensait voir d’un joueur, et ce qu’on voit vraiment sur la glace. Quand Daniel Viksten a signé à Angers cet été, tout le monde a filé sur Elite Prospects et s’est dit « wow, 300 matchs en SHL, saison à 25 buts… C’est le prochain sniper des Ducs, c’est sûr ». Sauf que voilà, on est en janvier, et même si Viksten est excellent, il n’est pas tout à fait ce qu’on avait imaginé.
Ensuite, je me suis dit que ce n’était pas la première fois que ce genre de choses arrivait. Combien de fois collons-nous une étiquette à un joueur avant même de l’avoir vu sur la glace, en se basant simplement sur un chiffre ou deux trouvés sur le net ? Combien de fois passons-nous à côté de ce qu’il apporte parce qu’on le juge sur ce qu’on pensait qu’il serait et non sur ce qu’il est réellement ? Et là, je me suis dit que ce décalage entre les attentes et la réalité méritait peut-être son propre concept.
Et bien on y est : Magnus Metrics. L’idée ici est assez simple : arrêter de se faire des films et vérifier. Alors on va utiliser les statistiques avancées, xG, Corsi, entrées de zone, passes, dump ins, takeaways, heatmaps… non pas pour se noyer sous un flot de chiffres sans fin, mais plutôt pour dessiner un profil statistique des joueurs de notre championnat, en grattant sous la surface pour comprendre qui triche, qui travaille, qui crée, qui subit. Et puisque c’est en réfléchissant au #86 angevin que j’ai pensé à ça, quoi de plus logique qu’il ouvre le bal ? On attendant un serial scorer, on a découvert quelque chose d’autre : qui est vraiment Daniel Viksten ?
Encore une fois, n’hésitez pas à nous faire vos retours sur les réseaux !
I. ANALYSE DE SON TIR
Quand un joueur comme Daniel Vikstén débarque en Ligue Magnus avec un CV qui affiche plus de 300 matchs en élite suédoise, dont une saison à 25 buts, les attentes sont souvent immédiates, élevées et stéréotypées. On s’attend à voir arriver un artilleur lourd qui bombarde le but avec des tirs puissants et précis. Mais à ce stade de la saison, analyser ses statistiques avancées révèle un profil bien plus complexe que celui de simple buteur.
- Volume
La première chose à dire pour expliquer un total de tirs tentés de 89 qui le classerait au 66e rang des attaquants de la ligue est que le suédois a manqué un tiers de la saison. Si l’on écarte les totaux bruts pour se concentrer sur la production par match, ça change la donne puisque Viksten se situe alors à 4.45 tirs par match, ce qui le positionne bien au-dessus de la moyenne de la ligue pour les attaquants, qui est à 3.1. Ce chiffre le place donc dans le Top 30 des plus gros tireurs de la ligue. Mais si on compare tout ça aux gros buteurs du championnat, il faut alors nuancer.
Pour comparer, Christophe Boivin, top buteur du championnat dont le talent de sniper n’est plus à prouver tourne à 5.8 tirs par match. Cette différence est notable puisque si Boivin montre un gros volume de tirs, essayant de créer du danger de partout, Viksten semble adopter une approche plus cérébrale. Il tire 40% plus que le joueur moyen, certes, mais il évite les tirs un peu hasardeux, attendant quasiment toujours une fenêtre de tir favorable. C’est un tireur réfléchi. Un comportement explicable par son côté vétéran de SHL, qui envisagera toujours un éventuel rebond ou perte de palet défavorable avant de décocher un tir.
- Précision
Là, on rentre dans le vif du sujet. On arrive sur un point important et piégeux, puisqu’en se penchant sur le taux de tirs cadrés, Viksten semble à priori moins précis que la moyenne avec 52.8% de tirs cadrés contre 58% pour la moyenne des attaquants du championnat. Mais alors pourquoi un joueur depuis toujours réputé pour son tir cadre-t-il moins souvent qu’un Christophe Boivin (64.3%) ? La réponse est simple : la prise de risques.
Un joueur comme Boivin essayera toujours d’amener les palets à la cage, que ce soit pour marquer, créer un rebond ou tout simplement du mouvement ou de la panique. Viksten, de son côté, vise les zones dangereuses, les coins hauts, bas, la mi-hauteur… Cette approche plus risquée entraîne de façon logique plus de tirs non cadrés ou bloqués mais elle est censée maximiser l’efficacité quand le tir arrive jusqu’au gardien. D’ailleurs, son taux de conversion de 10.6% (proche de la moyenne de la ligue à 11%) montre qu’il n’est pas en sous ou sur-régime : il convertit « normalement » des tirs pourtant plus difficiles que la moyenne. Il accepte de manquer le cadre pour chercher la zone parfaite, plutôt que d’assurer un tir « facile ».
- Qualité
Focus maintenant sur les xG de Viksten, qui nous font remarquer une légère sous-performance. Avec un total de 5 buts inscrits pour 6.15xG, l’attaquant suédois affiche un différentiel négatif de -1.15, ce qui signifie que Viksten aurait du marquer un but de plus par rapport à la moyenne de ses occasions. On est loin du joueur maudit dont les tirs frappent les poteaux ou ratent le cadre de 2mm, on se trouve plutôt face à un attaquant dont la finition manque simplement d’un peu de tranchant pour l’instant.
Ce constat est renforcé par la régularité offensive dont il fait preuve. Il est un générateur de danger constant, et si sa stabilité offre une présence fiable pour Angers à chaque match, elle souligne aussi son incapacité à surperformer ses standards comme peuvent le faire les top-buteurs de la ligue. Pour atteindre la barre des 15 ou 20 buts, Viksten ne peut pas se contenter d’attendre un retour de la réussite et il devra impérativement augmenter son volume de jeu pour compenser cette efficacité qui, pour le moment, reste dans la moyenne basse.
- Provenance et type
Les données de la provenance de ses tirs, sa « heatmap », montrent que Viksten est loin du profil de joueur de périphérie, et qu’il est en fait un tacticien.
Sur ses 89 tentatives cette saison, 52.8% viennent du slot. C’est un très gros chiffre pour un joueur qu’on pensait plus de périmètre en début de saison. Point important, Viksten privilégie l’Outer Slot, duquel il a décoché 34 tirs contre seulement 13 dans l’Inner Slot. Il ne va donc pas au charbon devant le gardien adverse pour le masquer ou récupérer des rebonds, mais occupe l’espace intermédiaire et y est dangereux.
Un autre chiffre saute aux yeux très rapidement puisque le suédois a décoché 49 slapshots pour seulement 23 wrist shots. C’est quelque chose d’assez rare pour un buteur moderne, et indique qu’il joue souvent sur sa première intention, analysant bien le jeu en amont et utilisant sa rapidité d’exécution pour surprendre.
II. ANALYSE DE SA CREATION DE JEU
Jonathan Paredes me disait en début de saison que « résumer Viksten à son tir, ce serait une erreur », et il n’a jamais eu autant raison. C’est précisément car beaucoup de défenses adverses attendent de lui qu’il décoche un tir, qu’on sait de qualité, qu’il peut utiliser son plus gros talent : sa vision de jeu.
- Les passes vers le slot
On va faire simple : Viksten est en réalité l’un des meilleurs distributeurs de rondelle de la ligue. Le suédois parvient à profiter de l’attention que la défense adverse porte à son tir pour trouver des lignes de passes assez impressionnantes.
En se penchant sur les chiffres, on brise encore une fois le côté sniper qui monopolise le palet et tire dès qu’il peut puisque Viksten affiche une moyenne colossale de 4.86 passes vers le slot réussies par 60mn de jeu, le positionnant au 11e rang chez les attaquants. Pour bien comprendre à quel point ce chiffre est gros, il faut le comparer à la moyenne du championnat qui est de 2.05 passes vers l’enclave par 60mn. Daniel Viksten produit donc 237% de plus que l’attaquant moyen.
Ce chiffre illustre bien son intelligence de jeu puisque réussir près de 5 fois par match complet une passe dans la zone la plus dense de la glace demande un QI hockey très élevé. Il est aussi intéressant de noter que cette excellence s’inscrit parfaitement dans l’identité collective des Ducs d’Angers cette saison, Viksten n’étant pas un cas isolé dans l’équipe puisque Jonathan Charbonneau et le nouvel arrivant Olivier Archambault affichent des statistiques très élevées en la matière avec un nombre de passes vers le slot par 60mn respectif de 5.94(3e du classement) et 8.58(1er du classement).
- Les passes clé
On vient de voir que Viksten est un passeur vers le slot d’élite, mais ses statistiques de passes clé sont assez paradoxales. Avec une moyenne de 2.43 passes clés (qui sont des passes amenant directement à un tir) par 60 minutes, il se situe au 113e rang de la ligue dans ce domaine. A première vue, on pourrait donc penser que ce chiffre contredit celui d’avant puisqu’il est à première vue un peu illogique d’être l’un des meilleurs pour envoyer des palets dans la zone la plus dense et dangereuse mais moyen pour déclencher des tirs.
En fait, Viksten ne se concentre pas toujours sur le fait de donner la dernière passe, il s’occupe avant tout d’attirer du monde, d’ouvrir les défenses pour permettre à une action offensive de se développer. Lorsqu’il transmet le palet, ce n’est pas forcément pour déclencher une action dangereuse dans l’instant qui suit, mais plutôt pour que le joueur qui reçoit la passe puisse avoir plus de temps pour contrôler, feinter, créer du jeu. En somme, il initie une séquence et laisse le soin à ses collègues de la continuer et de la finir, mais lorsqu’il a l’occasion ou prend la décision de conclure cette séquence, il le fait avec qualité puisque sur ses 7 assistances comptabilisées, 6 sont primaires. Ce ratio est élevé et montre que les points qu’il reçoit sont dus à de véritables actions en zone offensive.
III. ANALYSE DE SON JEU
- Ses entrées de zone
En Ligue Magnus, le « dump and chase » (qui consiste, en gros, à envoyer le palet au fond pour courir après) est quelque chose de courant. Pour Viksten, c’est différent. Le Suédois a réalisé 62 de ses entrées de zone de façon contrôlée, que ce soit par une passe ou par le maniement du palet.
Plus parlant encore, Daniel Viksten n’a réalisé que 3 dump-ins sur l’ensemble de ses matchs, affichant un taux d’entrées contrôlées de 95,4%. À titre de comparaison, le « dump and chase » représente environ 14% des entrées en Ligue Magnus. Même pour Angers, qui prône pourtant un jeu de possession (11,4% de dump-ins), les 4,6% de Viksten restent une statistique impressionnante.
Concrètement, cela permet aux Angevins de conserver la possession et de s’installer immédiatement en zone offensive, sans avoir à livrer de batailles risquées le long des bandes. Viksten est un joueur qui préfère temporiser et ralentir le jeu plutôt que de prendre le risque de perdre la rondelle pour gagner quelques mètres.
Une analyse complémentaire confirme cette fiabilité puisque Viksten réussit 77% de ses feintes (contre 64% pour la moyenne de la ligue). Mieux encore, malgré son gros volume de jeu, il perd 15% moins la rondelle que l’attaquant moyen du championnat par minute de possession. Avec à peine une perte de palet en zone neutre par match, il s’impose comme un transporteur de palet très sécurisant.
- La domination avec Viksten sur la glace (Corsi et Net xG)
Dans le hockey moderne, on a la chance de pouvoir quantifier l’influence d’un joueur sur le jeu au-delà des simples points. En termes de domination territoriale, Viksten est un cas à part puisque quand il est sur la glace, le jeu penche totalement en la faveur d’Angers.
Premier indicateur : son Corsi For% qui est de 56.2%. Pour faire simple, cela signifie que lorsqu’il est sur la glace, Angers génère plus de 56% des tentatives de tir du match. C’est une performance élevée, d’autant plus lorsque l’on sait que la moyenne de l’équipe (qui est déjà élevée) se situe autour des 53%. Viksten améliore donc la possession collective d’environ 3% de plus.
Deuxième indicateur : son Net xG (le différentiel de buts attendus quand il est sur la glace) qui est de +6.76 sur la saison, soit +0.34 par match. Le chiffre est très positif, d’autant plus lorsque l’on sait que le standard de la Ligue Magnus est de -0.03 par match et que celui des Ducs est de +0.16. Il affiche donc un rendement deux fois supérieur à la norme de son équipe. En plus, le xG% de Viksten frôle les 60%, chiffre encore une fois supérieur à la moyenne de la ligue et de son équipe(56.53%). Pour le dire autrement, quand il est sur la glace, 6 occasions créées sur 10 sont pour Angers.
- Le physique
Car il est aussi important de trouver du négatif lorsque l’on se penche sur le profil statistique d’un joueur, attardons-nous un peu sur les duels physiques auxquels participe le suédois. Avec un taux de batailles remportées de 48%, Viksten est légèrement en dessous des 50% symboliques et des 50.7% de l’équipe des Ducs.
Une prise de recul est cependant nécessaire : Viksten est en réalité au-dessus de la moyenne des attaquants de Ligue Magnus (47.5%) et dans la moyenne des attaquants d’Angers (48.11%). Il n’est pas un grinder, mais n’est pas non plus un tricheur dans l’engagement physique.
Un autre chiffre clé est son volume de charges. Avec 6 mises en échec terminées sur 20 matchs, il est limpide que Viksten n’est pas là pour apporter des punitions et que son jeu n’est pas basé sur l’impact physique. En somme, Viksten accepte le duel physique quand il n’a pas le choix, mais son style de jeu consiste à l’éviter. Et au final, pourquoi se battre pour un palet dans les coins s’il réussit à rentrer en zone en contrôle 95% du temps ?
IV. ANALYSE DE SON JEU SANS PALET
- Le travail de l’ombre
Avec 46 takeaways au total, soit 2.3 par match, Viksten n’est pas le joueur le plus agressif de la ligue. Leur répartition est cependant révélatrice de son engagement puisque 54% de ses vols de palet sont réalisés en zone défensive. Contrairement au cliché de buteur, le suédois est donc impliqué défensivement. D’après l’analyse de son forecheck en zone offensive, il se situe légèrement au-dessus de la moyenne des attaquants de la ligue.
Une statistique très impressionnante, explicable aussi par son expérience en élite Suédoise est son nombre d’erreurs conduisant directement à un but. 0. En 20 matchs, que ce soit en possession, en sortie de zone, en repli, après une erreur… Viksten n’a jamais commis d’erreur critique. A titre de comparaison, la moyenne du championnat est de 0.11 erreurs menant à un but par match, soit environ 5 par saison.
- Le sacrifice corporel
Daniel Viksten n’est pas le joueur se jetant le plus devant les tirs pour les bloquer. En réalité, les attaquants de Magnus bloquent en moyenne deux fois plus de tirs par match que lui, et les joueurs utilisés en PK le font bien plus. Cependant, l’analyse globale de son jeu défensif suggère que Viksten défend d’une autre manière, notamment par le forecheck. Ce chiffre bas peut d’ailleurs être mis en miroir avec les statistiques précédentes : Viksten utilise sa crosse et sa lecture du jeu pour casser les offensives avant que les tirs ne soient déclenchés. A l’instar de son jeu offensif, Viksten défend de manière cérébrale.
- La discipline
Le hockey est un sport ou les pénalités jouent un rôle important. Daniel Viksten affiche sur ce point un bilan éloquent puisqu’en 20 matchs avec plus de 15mn de temps de jeu en moyenne, il n’a écopé que d’une seule pénalité mineure. Cela représente une moyenne de 0.05 par match, un chiffre qui le place bien loin de l’attaquant moyen du championnat qui rejoint la prison quatre fois plus souvent. Cette discipline est la conséquence directe de la propreté de son jeu et de son QI Hockey. Les fautes les plus courantes sont souvent des aveux de faiblesse, commises par des joueurs battus. Comme vu précédemment, Viksten est toujours bien placé et contrôle ses entrées de zone. En étant toujours bien situé, il n’a jamais besoin d’utiliser sa crosse de façon risquée et est donc fiable, d’un point de vue disciplinaire.
V. CONCLUSION
Pour conclure, considérer Daniel Viksten comme un « simple » buteur serait tout aussi réducteur que trompeur. En se tenant aux statistiques individuelles, Viksten n’est pas le MVP des Ducs d’Angers. Il ne marquera probablement pas 35 buts non plus et ne sera pas le joueur le plus flamboyant du championnat. Cependant, si l’on étend la définition de la valeur d’un joueur à la capacité qu’il peut avoir à impacter le jeu dans sa globalité, alors il monte grandement dans les classements.
Viksten est impliqué, que ce soit directement ou par son travail moins en lumière dans une grande quantité de séquences dangereuses. Il n’est le meilleur nulle part, mais il est excellent partout, faisant de lui l’un des joueurs les plus complets du championnat.
Pour utiliser au mieux cette polyvalence, et en analysant les chiffres de tout l’effectif, la combinaison la plus optimale frôlerait aussi un équilibre parfait : O. Archambault – N. Ritz – D. Viksten.
Sur le papier, on associerait le meilleur créateur de l’équipe à l’expert two-way et défensif qu’est Ritz, permettant aux deux ailiers de prendre plus de risques. Viksten complèterait ce trio, apportant une intelligence de jeu offensive et un sens du but supérieur. Dans les faits, Archambault attirerait sur lui deux ou trois joueurs, Ritz se chargerait de récupérer des palets et tout ça libérerait l’Outer Slot, zone privilégiée par Viksten, qui n’aurait plus qu’a se charger de la finition. En deuxième recours, sa vision de jeu lui permettrait de renvoyer le palet à l’un de ses coéquipiers et de repartir de plus belle. Daniel Viksten est, en somme, un attaquant cérébral, très intelligent qui fait surtout briller les autres, mais pourrait redevenir une arme létale si l’occasion se présente.
