Vingt-quatre ans après, le hockey français retrouve enfin la lumière des projecteurs olympiques. Pour ce premier choc du Groupe A aux JO de Milano Cortina 2026, l’équipe de France défie son voisin et rival de toujours : la Suisse. Dans l’antre bouillante de la Santa Giulia Arena, ce duel face à la « Nati » sonne comme un véritable crash-test pour les hommes de Yorick Treille. Entre l’émotion d’un retour attendu depuis Salt Lake City 2002 et une ambition assumée de bousculer la hiérarchie mondiale, les Bleus n’auront pas le droit à l’erreur. Solidité défensive, réalisme devant le filet et discipline de fer : il faudra une copie impeccable dans les deux sens de la patinoire pour éviter la douche froide et prouver que la France a bel et bien sa place parmi l’élite du hockey planétaire.
Une entame cauchemardesque, puis la résistance
Le coup d’envoi est donné dans une ambiance électrique, mais les Bleus se font une frayeur immédiate. Après seulement 9 secondes, une sortie hasardeuse d’Antoine Keller offre une opportunité à Nico Hischier, heureusement sans frais. Mais la sanction ne tarde pas. Suite à une faute de Pierre-Édouard Bellemare (trébucher) qui coupe une bonne séquence française, la Nati déploie son jeu de puissance avec une efficacité redoutable. Le palet circule vite : Kurashev trouve Andrighetto, qui sert Damien Riat dans l’enclave. Le tir est imparable. 1-0 pour la Suisse après seulement 55 secondes.
Les hommes de Yorick Treille sont sonnés et la punition continue. À la 3ème minute (03:06), Janis Moser s’avance à la ligne bleue et profite du trafic pour tromper Keller entre le poteau et la jambière. 2-0. La bataille des tribunes est suisse, et sur la glace, la vitesse d’exécution adverse fait mal.
Passé cet orage, la France tente de reagir. Une pénalité contre Christian Marti offre un premier Power Play aux Bleus, mais le manque de fluidité empêche l’installation en zone offensive. « Tex » (Texier) et Da Costa tentent leur chance, mais Leonardo Genoni veille, et la défense helvète reste compacte. Si Antoine Keller maintient les siens en vie avec des arrêts clés face à Andrighetto et Malgin (qui martyrise la défense par sa vitesse), les Bleus montrent de belles intentions en fin de tiers via le duo Fabre-Perret. 5 minutes catastrophiques, suivies d’une réaction encourageante mais stérile.
De l’audace, de la frustration et un Keller héroïque
De retour des vestiaires, les Bleus affichent un tout autre visage. L’intensité monte d’un cran. Bellemare et Texier donnent le ton, et si la Suisse touche la barre transversale sur un contre, ce sont bien les Français qui se créent les occasions les plus franches. Stéphane Da Costa s’infiltre dans l’enclave mais manque le dernier geste. Peu après (26e), c’est le tournant du tiers : sur une relance ratée de la Nati, Floris Douay se retrouve seul face à Genoni en échappée… mais manque le cadre ! Une occasion en or qui s’envole.
Le match devient haché par les pénalités. Les Bleus obtiennent des supériorités numériques (fautes de Malgin puis Fora), mais le constat reste le même : l’installation est laborieuse et Genoni intraitable sur les tirs lointains.
La fin du tiers est physique et coûteuse. Dylan Fabre, chargé violemment contre la bande, sort sur blessure (coupure). Les Bleus doivent ensuite tuer plusieurs pénalités (Rech, puis Da Costa). À 4 contre 4, Josi et Niederreiter font danser la défense, mais la solidarité française est exemplaire. Antoine Keller, impérial, multiplie les arrêts alors que la Suisse pousse fort en fin de période. Une ultime faute de Kévin Bozon (cinglage) à 1’30 » de la sirène oblige la France à finir le tiers en apnée.
Les Bleus rentrent au vestiaire frustrés : ils font jeu égal dans l’envie, se battent comme des lions, mais le réalisme est 100% helvète. Une équipe de France transfigurée et combative, mais qui paie son inefficacité offensive. Il reste 20 minutes pour un exploit, en débutant à 4 contre 5.
La leçon de réalisme olympique
Loin de baisser les bras, les Bleus entament ce dernier acte avec la même application défensive et une volonté offensive intacte. Dès la reprise, Sacha Treille se signale dans l’enclave, forçant Genoni à rester vigilant. Les cinq premières minutes sont tricolores : sur une récupération haute, Charles Bertrand et Enzo Cantagallo combinent parfaitement, mais ce dernier est un chouïa trop court pour pousser le palet au fond.
Passé ce temps fort français, la mécanique suisse se remet en marche. Un mouvement en triangle d’école entre Kukan, Niederreiter et Kurashev donne des sueurs froides à la défense, mais Antoine Keller veille au grain. L’espoir renaît à la 46e minute (46’57 ») lorsque Bertschy est puni pour un coup de crosse sur Da Costa. Une nouvelle supériorité numérique, une nouvelle chance… malheureusement vaine. Malgré un face-off gagné par Da Costa et une bonne circulation entre Boscq et Texier, le tir de ce dernier ne trouve pas la faille. La Nati tue la pénalité sans trembler.
La sanction définitive tombe à la mi-tiers. Sur un changement de ligne français approximatif, le capitaine suisse Roman Josi prend les choses en main. Il porte le palet, contourne la cage de Keller et, au lieu de tirer, sert un caviar dans le slot à Timo Meier. Le but est vide, la finition facile. 3-0 à 50’08 ». Une erreur d’inattention qui se paie cash à ce niveau de compétition.
La fin de match est anecdotique, bien que Niederreiter trouve encore le poteau de Keller. En fin de tiers, la Nati bourdonne autour de la cage de Keller. Fiala combine avec Moser, qui remet à Timo Meier. Il lance du cercle droit, le palet passe entre les jambières de Keller. La Nati mène désormais 4-0 à 56’13’’ et Timo Meier s’offre un doublé ! Les jambes sont lourdes en cette fin de match pour nos bleus. Ils plient mais ne rompent pas une cinquième fois.
Les Bleus s’inclinent logiquement face à la Nati, mais le score de 4-0 est sévère au vu de la débauche d’énergie. La France a payé au prix fort son entame de match catastrophique (deux buts encaissés en cinq minutes) et son manque d’efficacité chronique en supériorité numérique. (45 tirs à 26 en faveur de la Suisse).
Cependant, les hommes de Yorick Treille ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser dans le jeu, se montrant solidaires et combatifs pendant 55 minutes. Il n’y a pas le temps de gamberger : il faudra garder cet état d’esprit et corriger, si possible, le réalisme dès demain après-midi face à la Tchéquie, pour un défi qui s’annonce tout aussi immense.
Zone mixte :
Jordann Perret (attaquant – France) : On a eu un début de match un peu compliqué au niveau du score. On commence avec 2-0 pour eux. Ce n’est pas l’idéal pour nous. Après, on a bien tenu avant de prendre le troisième. On a eu des chances avant ça. A 2-0, on avait quelques chances. J’en ai eu, Dylan en a eu. C’est dommage qu’on ait pris ces deux buts d’entrée de jeu. C’est sûr que c’est dommage. Mais après, on a essayé de rebondir. Et puis là, à la fin, on en prend deux sur coup. Je pense que ça nous a fait un peu mal le 2-0 d’entrée de jeu.
Sinon, ce n’était pas mal. Oui, le jeu produit entre le 2-0 et les deux derniers, ça forçait quand même l’admiration. Les deux défenses, c’est battu. Exactement. C’était notre plan de match de garder le score le plus serré possible. C’est pour ça que je reviens encore sur le 2-0.
Peut-être 6 minutes 2-0, c’est chiant. Mais après, c’est des choses qui peuvent arriver. Donc, on réagit. On n’a pas abandonné. On a continué de travailler dur. Les occasions, on sait que dans des matchs comme ça, on ne va pas en avoir beaucoup. Celles qu’on a, ce serait bien qu’on les mette au fond. Mais ça arrive de ne pas les mettre. Donc, c’est dommage. Fidèle un peu à l’ADN de l’équipe de France, c’est-à-dire pas peur des gros… Non, exactement. On n’a pas peur.
Enzo Cantagallo (attaquant- Equipe de France) : Je pense qu’on a peut-être eu un peu de mal à commencer. On a vite été derrière de 1 et de 2 buts. Je pense qu’après on a commencé à rentrer dans notre plan de match et notre plan de jeu. On les a mis un peu en difficulté. On a vu que surtout au début de la deuxième période, on a eu pas mal de chance. Maintenant, il faut qu’on compétisse. On sait qu’on ne va pas avoir énormément de chance contre ces équipes-là. Donc le peu de chance qu’on va avoir, il va falloir qu’on les mette au fond si on veut pouvoir compétitionner 60 minutes.
On a rarement vu une équipe de France aussi… Au-delà de l’entame de match qui a été compliquée, on vous a senti vraiment solide et solidaire dans les deux sens de la patch noire. C’est un peu ce que vous avez demandé en termes d’identité ? Oui, bien sûr, on connaît nos adversaires. On sait qu’on va avoir à défendre une grosse partie du temps.
Il va falloir qu’on soit solidaire et présent dans la zone défensive pour pouvoir se créer des chances de notre côté. C’est une force de l’équipe. On est très soudés, très solidaires.
Dans ces moments-là, quand il faut bloquer les shoots, il y a toujours quelqu’un. Qu’est-ce que vous aviez vu contre le deuxième et le troisième tiers ? Qu’il suffisait d’un but pour les faire douter. C’était ce troisième but qui allait être important et il n’a pas été de notre côté.
Mais on savait que si on arrivait à aller chercher ce troisième but et remonter à deux mains, on pouvait les faire douter dans ce troisième tiers. Comment se mobilise-t-on pour le match de demain face à la Tchéquie ? On passe tout de suite à autre chose. Le match est fini, on oublie, les coachs vont travailler sur la vidéo. Maintenant, notre objectif, notre plan, c’est qu’on va aller faire la récupération. Direct dans les têtes, on switch pour demain.
Yorick Treille (coach – France) :
Quand on regarde l’horloge après quelques minutes, le 0-2, ça ne fait pas partie du plan. L’importance du premier but dans les matchs de hockey, on la connaît. C’est toujours important de prendre les devants. Ensuite, je pense qu’on a quand même une réaction assez positive. Il y a l’engagement qui est là. Il y a un impact physique qu’on a pu avoir, qu’on aimerait avoir encore sur la durée entière du match.
Après, c’est des détails, effectivement, mais comme je vous l’ai dit, en termes d’implication, ce que les gars ont donné, il n’y a pas de reproche. Ensuite, si on veut espérer marquer des points dans cette compétition, on va devoir être meilleurs. C’est une question de détails, donc on va travailler là-dessus. Mais aujourd’hui, les gars ont tout donné. Comment on prépare à 24h après un deuxième match face à la Tchéquie ? Comment on le prépare en tant que coach et pour les joueurs ? C’est récup, récup, récup. On regarde le positif. On sert de notre énergie. On essaie de trouver du positif de partout. On a plus de récup que les Tchèques pour demain. Ils jouent à 16h. Nous, on a joué à midi. Maintenant, c’est récup, c’est régler les détails et on se concentre sur nous. Aujourd’hui, toutes les équipes, on ne va pas leur parler des Tchèques, des Canadiens, des Suisses. On fait face à que des belles équipes qui ont plein de qualités. Nous, on a notre plan et on se concentre, on regarde à l’intérieur de ce qu’on peut faire mieux. Comme je vous l’ai dit, il y a plein de détails qu’on peut ajuster, notamment la capacité à mettre ses poques honnêtes. On a eu des occasions. C’est passé proche quelques fois, mais le proche, ça ne suffit pas. Il faut qu’on trouve les ressources pour mettre ses poques au fond de la cage. Il y a des petits regrets là-dessus sur ce match. Il faut avoir la capacité de passer à autre chose très rapidement. Demain, c’est encore un gros adversaire.
