Les Brûleurs de Loups sortent d’une saison 2024-2025 de patron. Champions de France après avoir dominé la Ligue Magnus, ils ont une nouvelle fois prouvé qu’ils étaient la plus grosse écurie de l’hexagonel. La régularité de leur saison régulière, la maîtrise dans les moments chauds des playoffs, la force tranquille de leurs cadres et la profondeur de leur collectif ont permis de hisser la coupe au-dessus des têtes grenobloises. Pôle Sud a vibré au rythme d’une équipe sûre de sa force, capable de hausser le ton quand il le fallait, et qui a su écrire une page de plus dans l’histoire déjà bien fournie du club. Bref, un exercice abouti qui a encore renforcé le statut de Grenoble comme capitale du hockey français.

Cette réussite ouvre forcément de nouvelles perspectives, et notamment en Europe. Car cette saison, Grenoble ne se contente pas de défendre son titre en Ligue Magnus : il se frotte aussi aux cadors continentaux dans la Champions Hockey League. Et là encore, les BDL ont déjà fait parler d’eux en signant deux coups d’éclat retentissants à l’extérieur : un succès 5-4 aux tirs au but sur la glace des Eisbären Berlin et une victoire folle 8-5 face à Bremerhaven. Deux performances qui montrent que Grenoble n’est pas venu faire de la figuration et qu’il peut bousculer des équipes mieux cotées sur le papier. La prochaine étape sera tout aussi relevée avec un déplacement à Prague et la réception de Lausanne, deux tests grandeur nature qui diront beaucoup sur la capacité des Isérois à exister durablement dans cette compétition exigeante, tout en continuant à dominer la scène française.

En coulisses aussi, l’été a été animé. Le duo d’entraîneurs Per Hånberg et Edo Terglav a été prolongé, garantissant une continuité précieuse derrière le banc. Mais la direction sportive a évolué : Jean-François Dufour a pris la route de Nice, remplacé par le tandem Alexandre Duyck et Jérôme Perez. Dans le même temps, Julien Baylacq a pris les rênes du centre de formation, qu’il dirigera main dans la main avec Terglav pour assurer la relève et préparer l’avenir. Autant de mouvements qui témoignent d’une volonté de consolider les fondations du club, de l’équipe première jusqu’aux jeunes. Évidemment, l’intersaison a connu son lot de mouvements côté joueurs : plusieurs figures bien connues ont quitté le navire, qu’il s’agisse de fins de cycle, d’éléments attirés par d’autres horizons ou de départs plus inattendus. Les supporters verront donc un visage sensiblement différent de leurs Brûleurs de Loups cette année, plus jeune, en partie renouvelé, et forcément en quête d’une nouvelle alchimie. Reste à savoir comment les recrues vont s’intégrer et s’adapter à ce contexte ambitieux. Et c’est justement ce que l’on va explorer maintenant, en ouvrant le chapitre des nouveaux arrivants.

UN MERCATO PETIT EN NOMBRE QU’ON ESPERE GRAND EN IMPACT

Parmi les grands chantiers de l’été, la défense a été la priorité numéro un. Per Hånberg a fait son marché dans le Nord, et pas n’importe où : trois profils solides venus de Finlande, de Norvège et de Suède pour muscler l’arrière-garde. Juho Rautanen, d’abord, est sans doute la recrue la plus “prête à l’emploi”. À 28 ans, après sept saisons en Liiga et deux passages en KHL, le Finlandais débarque avec une bonne expérience du haut niveau. Défenseur travailleur, sérieux et physique, il sait quasiment tout faire derrière et devrait avaler un gros temps de glace. Pensionnaire de CHL en 2019 et 2025 avec Tappara et Ilves, il retrouve cette année les glaces européennes ou son expérience passée sera à coup sûr un atout non négligeable. Notre modèle le projette à 16 points et 1,67WS.

C’est assez inédit : les BDL ont mis le grappin sur un Norvégien, Petter Birkheim Andersen. Sur la fiche, rien qui fasse trembler l’Europe… mais souvenez-vous, Alexis Binner n’avait pas non plus fait lever les foules à son arrivée, et il est devenu l’un des tauliers de la défense grenobloise. Le staff rêve forcément d’un “effet Binner, saison 2” avec Andersen.  Avec son mètre 93 et ses 95 kilos, il a tout du roc défensif, mais il ne se limite pas à son gabarit. Mobile, discipliné, doté d’un bon lancer, il a le profil du défenseur two-way complet qui pourrait bien profiter de la vitrine grenobloise pour s’installer chez les internationaux norvégiens. Nous projetons le norvégien à 16 points et 1,12WS. Troisième et dernier étranger recruté à l’arrière, le Suédois Pontus Englund (25 ans), projeté à 22 points et 1,78WS, apporte une touche plus offensive. Passé par l’Autriche, le Danemark et la Pologne avec Katowice, il arrive avec déjà quelques repères grenoblois, puisqu’il a côtoyé Alexis Binner et Per Hånberg à Herning. Gros gabarit, bon manieur de palet et joueur de power-play, Englund est sans doute celui qui a le plus de potentiel offensif du mercato des Grenoblois. À ce trio nordique s’ajoute Axel Prissaint, un visage bien connu de la Magnus. Formé à Amiens, passé par Gap puis Bordeaux, le robuste défenseur de 27 ans espère franchir un cap et rejoindre, pourquoi pas, les rangs des Bleus.

Du côté de l’attaque, trouver un centre de deuxième ligne « à la Halley » fut une priorité. Hånberg a donc ciblé un profil précis : un centre solide, fiable dans les deux sens de la glace, travailleur, « glue » et capable de gagner des mises en jeu – un vrai point faible de l’an dernier. Le choix s’est porté sur le Suédois Fredric Weigel, 33 ans, qui débarque avec une grosse expérience de l’Allsvenskan. Plus passeur que buteur, travailleur acharné et réputé pour sa combativité, Weigel est l’archétype du centre de deuxième ligne capable d’apporter un équilibre précieux. Habitué à jouer dans toutes les situations spéciales, il devrait rapidement devenir une pièce maîtresse dans la rotation grenobloise, et notre modèle le projette à 49 points pour 1,84WS.

Peu d’arrivées en somme, mais les blessures de début de saison(s) et la perspective d’un calendrier à trois étages (Ligue Magnus, Coupe de France, CHL) ont poussé le staff à encore densifier l’effectif. Deux renforts offensifs viennent ainsi compléter le groupe : Martin Karlsson et Mark Simpson. Le premier, Suédois expérimenté, est un joueur fiable et travailleur qui apporte expérience, calme, responsabilité défensive et une profondeur bienvenue. Notre modèle, avec 9 points et 0WS, ne le voit cependant pas briller offensivement et le considère plutôt comme un talent de quatrième ligne, fait pour épauler des jeunes et rattraper leurs erreurs, tandis que le second, projeté à 29 points et 1,43WS est un attaquant puissant, de gros gabarit et polyvalent, capable de s’adapter à plusieurs rôles. Tous deux arrivent avec l’étiquette de “soldats” prêts à s’intégrer vite pour donner de l’air à un effectif qui sera forcément mis à rude épreuve dans les mois qui viennent. Avec ce mix de recrues ambitieuses et de renforts d’expérience, Grenoble a clairement misé sur la densité et la variété, de quoi voir venir un calendrier chargé avec un peu plus de sérénité.

ON NE CHANGE PAS UNE EQUIPE QUI GAGNE

 

Côté prolongations, Grenoble n’a pas fait les choses à moitié et a blindé une bonne partie de son ossature. Quand on voit la liste et les succès de l’an dernier, on peut aisément comprendre que le club n’avait aucune envie de repartir d’une feuille blanche. Sacha Treille, capitaine des Bleus et des Brûleurs de loups, toujours là pour l’impact et l’expérience, continue d’apporter sa « grinta » et son poids dans le vestiaire. Notre modèle le projette à 41 points et 1,8WS. En défense, fort d’une bonne première saison en France, Alexis Binner rempile, lui qui est passé en un an de “recrue discrète” à véritable pilier de la ligne bleue. Notre modèle lui attribue une projection de 34 points et 2,61WS, à voir s’il reste aussi solide sans Kyle Hardy à ses côtés. Antoine Fertin(10 points, 0,73WS) devrait logiquement continuer de progresser en Magnus et Pierre Crinon(12 points, 1,4WS), international français souvent haï par ses adversaires est lui aussi reconduit et pourra donc continuer d’apporter son gabarit, une certaine solidité défensive ainsi que ce côté provocateur et rentre dedans qu’on adore détester.

Devant, la continuité est encore plus forte. Adel Koudri reste en Isere, apportant toute sa polyvalence et son énergie qui font de lui un joueur très apprécié du staff. A noter que le natif d’Annecy, que nous projetons à 32 points et 1,6WS semble avoir passé un cap l’an dernier et pourrait devenir une pièce centrale de l’effectif sur les prochaines saisons. Alexandre Mallet(48 points, 2,21WS), l’ailier droit canadien qui avait porté Rouen vers le titre en 2023 avant de reformer à Grenoble la fameuse “ligne Air Canada”, a prolongé l’aventure. Il est évidemment toujours accompagné de ses deux complices : François Beauchemin(60 points, 2,67WS) au centre et Christophe Boivin(60 points, 3,36WS) à gauche, sous contrat jusqu’en 2027. À eux trois, ils forment sans doute l’une des lignes les plus redoutées du championnat, capable de faire basculer un match en quelques shifts.

Il n’y a cependant pas que les trois canadiens qui comptent : Aurélien Dair(33 points, 1,53WS), fidèle soldat offensif sera encore une fois de la partie, tout comme Guillaume Leclerc(34 points, 1,74WS), revenu en France l’an dernier après 3 ans en ICEHL, ou encore Nicolas Deschamps(45 points, 2WS), en France depuis 9 ans et à Grenoble depuis 2021. Plus jeunes, Théo Gueurif(22 points, 0,78WS) et Valentin Grossetête(15 points, 0,66WS) continuent leur apprentissage dans un rôle de travailleurs, parfaits pour donner de l’énergie dans les moments creux tandis que Matias Bachelet(32 points, 1,69WS) devrait plutôt se profiler comme un joueur plus en finesse, utilisé sur le top-6.

Et que dire des cages ? Grenoble repart avec un duo de gardiens parmi les plus solides de la ligue : Matija Pintaric(4,85WS), engagé jusqu’en 2027, et le vétéran Jakub Stepanek(3,88WS). À eux deux, ils offrent une garantie de fiabilité et une facilité de rotation qui sécurise toute la structure défensive. Ne pouvant pas aligner deux gardiens étrangers sur une même feuille de match, c’est Cebald Debiak(2,2WS) qui assurera le rôle de doublure officielle des deux gardiens titulaires, en souhaitant au jeune Vauréen d’obtenir cette année plus de temps de glace que l’an dernier.

OBJECTIF CLAIR : GARDER LA COURONNE

Pour résumer : la majeure partie de l’équipe qui a soulevé la coupe l’an dernier est restée, et quelques recrues ciblées sont venues densifier un effectif qui devra tenir sur trois tableaux. La CHL leur offre une vitrine européenne où ils ont déjà prouvé qu’ils pouvaient surprendre, la Coupe de France sera une compétition bonus à jouer sans pression, et la Magnus reste évidemment l’objectif numéro un. Notre projection les place 1ers de la saison régulière avec 95 points, juste devant Rouen et Angers. Pas vraiment une surprise tant Grenoble coche toutes les cases du favori : profondeur, expérience, solidité, ligne offensive d’élite et un duo de gardiens rassurant. La meute iséroise a toutes les armes pour conserver son trône national… et pourquoi pas rugir encore plus fort sur la scène européenne.