Le mois de novembre fut mouvementé en Isère. La première secousse ? Le départ de Petter Birkheim Andersen. S’il n’était pas le plus grand producteur offensif de l’équipe, le Norvégien offrait une stabilité précieuse : lecture du jeu, lourdeur de frappe, première relance propre et gabarit imposant. Avec lui, les Brûleurs de Loups perdent un profil essentiel : un droitier massif capable de faire le ménage dans son slot.

La secousse s’est vite muée en séisme avec la suspension de Pierre Crinon, creusant un deuxième trou dans la défense. Même si la CHL est désormais derrière nous, l’urgence est réelle. Il faut réagir vite pour éviter de « griller » une relève encore tendre ou de « brûler » les cadres avant même le début des playoffs.

Avec deux profils musclés en moins, la question stratégique se pose : faut-il remplacer le physique par le physique ? Faudrait-il mieux profiter de cette fenêtre de tir pour recruter un profil différent, capable de transformer la transition en arme ?

Après de (trop) nombreuses heures d’analyse vidéo et quelques nuits très courtes (décidément, le sommeil est en option cette semain), voici une sélection de candidats pour renforcer la défense Grenobloise. Critère non négociable : être droitier. C’est une denrée devenue rare, puisque seul Pontus Englund répond à l’appel de ce côté. Deux philosophies différentes : jeunesse prometteuse, dans la lignée des paris réussis type Binner ou Birkheim, et CV confirmés, qui pourrait répondre aux besoins immédiatement.

I-Les joueurs en développement

L’objectif ici est de reproduire le schéma qu’a connu Alexis Binner et qu’aurait dû/pu connaître Birkheim : trouver un joueur encore jeune possédant de bons outils et cherchant le bon scénario pour exploser.

  • Kabore DUNN, CAN/GHANA / 24 ans / Défenseur Droitier / 1m88 – 85kg

Dunn est un profil intéressant. Formé en CSSHL avant de rejoindre la NCDC et la NCAA, il tente sa chance sur le circuit pro il y a deux ans en ECHL chez les Utah Grizzlies avant d’être échangé à Fort Wayne, Worcester et enfin de revenir chez les Grizzlies cette année. Plutôt prometteur de prime abord, rien ne s’est passé comme prévu pour lui.

Ses forces

  • Son patinage : C’est sûrement son plus gros point fort. C’est un patineur fluide et rapide, qui sait utiliser des « feintes de corps » pour se frayer un chemin. En Europe, qui utilise des glaces olympiques, cette capacité à se séparer des adversaires grâce au bas de son corps est un bon atout.
  • Sa vision offensive : Il cherche constamment à créer du jeu et est souvent capable de trouver ses coéquipiers à travers les défenseurs, quelle que soit sa position sur la glace. Il utilise des feintes d’épaules pour envoyer les forecheckers dans la mauvaise direction et ouvrir la glace
  • Sa compétitivité : Kabore est un vrai compétiteur avec un esprit un peu revanchard. Souvent baladé, rarement choisi, il n’a cependant jamais cessé de travailler et d’essayer d’aller plus loin dans sa carrière.

Ses faiblesses

  • Ses prises de décision : En junior, on lui reprochait souvent de passer un peu à l’aveugle sans être sûr que la ligne était ouverte, ce qui créait des turnovers et des situations dangereuses. En somme, de bonnes idées, mais sans la réflexion la plus poussée derrière.
  • Sa défense : En défense, Dunn est un peu passif. Il n’utilise pas assez son gabarit et sa crosse pour faire son travail, ne coupe pas assez de lignes de passe et peut paraître un peu feignant dans sa zone.

Est-ce faisable ?

Oui. Le canado-ghanéen n’a pas réussi à se faire une place en ECHL et un changement de décor devrait lui faire le plus grand bien. Les glaces utilisées en France pourraient être une bonne chose pour le laisser patiner et manier le palet, et Hanberg semble être bon pour développer ce genre de jeunes. Il faudra néanmoins améliorer son jeu défensif.

    • Gustav BERGLUND, SWE / 24 ans / Défenseur Droitier / 1m88 – 88kg

    Drafté par les Detroit Red Wings (6e tour) avec l’espoir d’avoir récupéré un « sleeper pick », Berglund est un produit de l’organisation Frölunda, dont le système de formation a sorti quelques bons joueurs, notamment Rasmus Dahlin. Il a passé la majorité de sa carrière en HockeyEttan avec un essai au Danemark l’an dernier.

    Ses forces

    • Son patinage : Ici encore, c’est son plus gros atout. C’est un patineur fluide, puissant et confiant. Son « edgework »(désolé je ne sais pas comment ça se dit en français, mais comprenez par là le fait d’attaquer la glace avec les bords de sa lame plutôt que le plat, ce qui permet d’avoir, notamment, de meilleurs changements de direction) est une force, lui permettant d’être très mobile dans tous les sens, même avec son grand gabarit.
    • Son équilibre : Lié à son travail de patinage encore, mais Berglund tient bien debout. Il est très dur à bouger, peut encaisser des charges puissantes sans pour autant être plus perturbé que ça.
    • Sa gestion des émotions : Berglund est calme. Tout le temps. Il ne se laisse jamais emporter, réfléchit, ne panique pas et joue en confiance.

    Ses faiblesses

    • Son éthique de travail : Plus jeune, il aurait eu du mal à vivre seul et à s’adapter à la vie de professionnel. Selon Hakan Andersson, il était fatigué, mangeait mal, travaillait peu… Son passage en Amérique du Nord a tout simplement été annulé car il ne semblait pas assez travailleur et compétitif.
    • Sa défense : Il n’est pas mauvais, mais c’est sa façon de défendre qui peut être problématique. Dans sa zone, plutôt que de regarder ses adversaires, leur regard, il se fixe plutôt sur le palet et est plutôt statique.

    Est-ce faisable ?

    Oui. Déjà car sur le papier, ça colle à ce que peut aimer Hanberg, un jeune a potentiel qui joue à un niveau qui l’empêche d’exploser. Ensuite, car la connexion est là. Englund a le même agent, et plusieurs autres joueurs de son roster évoluent à Nice ou un ancien manager grenoblois travaille désormais. La confiance du staff est donc là, et le joueur a besoin d’un nouveau défi et d’un nouvel encadrement pour prouver.

     

    II-Les valeurs sûres

    Car pour viser le titre, il faut quelquefois éviter les paris. Ici, on trouve des profils plus confirmés et expérimentés, qui pourraient arriver et sécuriser la défense en trouvant leurs marques rapidement.

    • Andy WELINSKI, USA / 32 ans / Défenseur Droitier / 1m85 – 91kg

    Drafté au 3ème tour par les Anaheim Ducks, Welinski a passé quatre ans à l’Université de Minnesota-Duluth (NCAA) où il a fini capitaine, avant de devenir un joueur important en AHL et de réussir à jouer une quarantaine de matchs en NHL. Il traverse l’atlantique l’an dernier pour rejoindre la DEL, ou il ne parvient pas à se faire sa place.

    Ses forces

    • Son jeu two-way : C’est un défenseur complet, dans les deux sens de la patinoire. Il ne sacrifie jamais la défense pour attaquer, possède de bons instincts offensifs, est fiable dans toutes les zones. C’est un joueur équilibré qui joue solidement partout.
    • Sa constance : Défensivement comme offensivement, il est constant. En NCAA, il a amélioré ses points tous les ans, et a été utilisé toute sa carrière dans de nombreuses situations : zone offensive, zone défensive, zone neutre, PK, PP. S’il n’est pas toujours flashy, il fait rarement de grosses erreurs.
    • Son leadership : Un point non négligeable. Welinski a été capitaine à l’université, et son leadership naturel a toujours été salué, structurant notamment le vestiaire et en étant un élément central.

    Ses faiblesses

    • Son physique : Alors oui, 185cm pour 91kgs, ça reste un beau bébé. Mais Welinski n’est pas le joueur le plus physique. Que ce soit dans l’enclave ou dans les bandes, il est loin d’exceller.
    • Son manque de confiance : Ses talents offensifs et défensifs sont là, c’est simplement qu’au niveau des tirs, il pourrait gagner à y aller un peu plus. Il renonce souvent à des lignes de shoot évidentes pour chercher la passe.

    Est-ce faisable ?

    Oui. Si Welenski a été pendant un temps vu comme un potentiel défenseur titulaire en NHL, sa cote outre-atlantique a décliné avec le temps. Il est aujourd’hui sans contrat et une année blanche pour quelqu’un allant sur ses 33 ans serait dommageable pour la suite de sa carrière. Le salaire était conséquent l’an dernier, mais la libération de la masse salariale d’Andersen et l’avancement de la saison rend l’opération crédible.

     

    • Andrej SUSTR, CZE / 35 ans | Défenseur Droitier / 2m01 – 98kg.

    Si l’objectif premier, en plus de trouver un droitier, est de remplacer la taille de Birkheim Andersen, Sustr est un peu plus qu’une solution. Avec 201cm, ce vétéran tchèque a été décrit comme un « géant jouant parmi les enfants » lors de ses années universitaires. Jamais drafté, il a déclenché une véritable guerre d’enchères (la « Sustr Spree ») à sa sortie de la NCAA tant les 30 équipes de la NHL voulaient mettre la main sur ce profil unique. Après avoir navigué entre la NHL, l’AHL, la KHL, et avoir été libéré par son club récemment, il représenterait une recrue de choix pour les Brûleurs de Loups.

    Ses forces

    • Son physique : Avec un tel gabarit, il est facile pour lui d’intercepter des passes, de prendre de la place et de bloquer ses adversaires.
    • Sa mobilité : Contrairement à beaucoup de joueurs de sa taille, ce n’est pas un plot. Les rapports de scouting soulignent depuis toujours qu’il « patine de manière étonnamment fluide pour un grand homme ». Cette fluidité et son envergure lui permettent de couvrir beaucoup d’espace.
    • Son PK : La taille, ça ne s’apprend pas. Et si une chose est sûre, c’est qu’il en a à revendre. Tout au long de sa carrière et quelle que soit son équipe, il a toujours été un des piliers du PK.
    • Sa relance : Sustr jour un jeu « calme et posé même sous la pression ». Ceci affecte, et en bien, ses capacités de relance. Il ne panique jamais et ajoute à ses nombreuses qualités une excellente première passe pour sortir de la zone.

    Ses faiblesses

    • Son physique (oui, ici aussi) : Si sa taille est un tout, il y a néanmoins un point qu’il est important de comprendre, puisque Sustr n’est pas un défenseur physiquement punitif. Il n’ira pas mettre des charges démentielles, boxer dans les coins ou dans l’enclave. Il s’appuie plus sur son cerveau que ses muscles.
    • Son jeu offensif : On évoquait ses qualités de relance, mais c’est à peu près à ça que s’arrêtent ses qualités offensives. En somme, il ne fournira pas beaucoup d’offensive et il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’il marque 15 buts.
    • Son âge : A 35 ans, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il enchaine 30 minutes sur le plus gros niveau mondial. En magnus, ça pourrait très probablement le faire, mais il peut se fatiguer plus rapidement face à des équipes rapides et intenses, surtout sur nos grandes glaces.

    Est-ce faisable ?

    Pour Grenoble, oui. Sa carrière en Amérique du Nord semble terminée. Arrivé à ce stade et après des saisons de bon augure en Europe ces dernières années, venir à Grenoble lui offrirait un rôle de star qu’il n’a plus en Amérique du Nord depuis bien longtemps. De plus, pour Grenoble et le hockey français en général, signer un finaliste de la Coupe Stanley serait un coup marketing impressionnant.

     

    • Derek TOPATIGH, CAN / 28 ans / Défenseur Droitier / 1m80 – 84kg

    Après avoir joué en OJHL, Topatigh rejoint Princeton et la NCAA, ou il sera capitaine sur sa dernière saison. Depuis, il a surtout évolué en ECHL même s’il a connu une bonne saison en Italie il y a deux ans, dont le niveau est un peu inférieur à la Magnus.

    Ses forces

    • Son QI hockey : Topatigh joue avec sa tête avant tout : il lit, analyse et anticipe le jeu rapidement. A l’arrière, il laisse toujours trainer sa crosse pour couper les lignes de passe. Il se porte aussi rapidement en attaque, et excelle en zone offensive, notamment en PP.
    • Son style de jeu : Topatigh est une teigne. Il est hargneux, actif sur le forecheck, colle ses adversaires, remporte beaucoup de batailles dans les bandes et ne lâche rien. En plus de ça, il a la capacité d’avaler énormément de temps de glace

    Ses faiblesses

    • Sa discipline : Comme souvent pour les joueurs un peu hargneux et « hard-nosed », son jeu le dépasse parfois et il peut un peu s’acharner ou prendre des pénalités un peu stupides.
    • Son gabarit : Même s’il joue comme quelqu’un de plus gros, il a du mal contre les gros gabarits et peine parfois à nettoyer le slot. Il doit, en somme, se battre pour nettoyer.

    Est-ce faisable ?

    C’est encore un oui. Il coche d’ailleurs beaucoup de cases : droitier, a déjà joué en Europe, leader, entre tout juste dans son prime… Il arrive à un moment de sa carrière ou quitter l’ECHL est très souvent envisagé, et traverser l’atlantique ne semble pas lui faire peur. Il pourrait, en théorie, bien s’intégrer au système des BDL et apporter de belles qualités des deux côtés de la glace et un style de jeu qui peut être très utile en playoffs.

     

    • Luke GREEN, CAN / 27 ans / Défenseur Droitier / 1m85 – 85kg

    Ancien premier choix du repêchage QMJHL et choix de 3e tour des Winnipeg Jets en 2016, Green est talentueux mais n’a jamais vraiment trouvé « son » équipe. Il a enchaîné pas mal d’expériences sur le vieux continent passant, entre autres, par la Suède, la Slovaquie, l’Allemagne ou la Finlande.

    Ses forces

    • Son patinage : Dire que Green est mobile serait un euphémisme. Son niveau d’accélération et de patinage est très élevé, il est aussi agile, électrique, fluide… Bref un vrai patineur capable de créer de la distance facilement, une denrée rare à l’arrière et en France.
    • Son jeu offensif : C’est un joueur qui a des instincts offensifs très développés. Il aime avoir le palet, le remonte par la force de ses jambes plutôt que par une passe, fait des entrées en zone rapides et contrôlées et pense le jeu en zone offensive à toute vitesse.

    Ses faiblesses

    • Son jeu défensif : Green, c’est 70% de jeu offensif. S’il n’est pas une tanche à l’arrière, il peut parfois laisser des espaces et doit être aligné avec un joueur plus à l’aise dans cette zone pour compenser ses égarements.
    • Son jeu physique : Il n’est pas non plus très physique. Il manque de mordant, rechigne à aller batailler, bloque peu de palets… Il pourrait en faire plus, mais c’est un joueur plus fin que lourd.
    • Sa stabilité : Il a été qualifié par le passé de difficile à coacher et d’indiscipliné. A côté de ça, s’il semble s’être plu à Nitra, il n’y a jamais fait de saison complète, arrivant souvent tardivement ou partant avant la fin de saison.

    Est-ce faisable ?

    Oui. Green possède des connexions avec des joueurs familiers de Magnus comme Suoranta, Donaghey, O’Connor ou encore Kasik. Il peut donc se renseigner et se rassurer sur le niveau de la ligue et de sa potentielle future équipe. Ensuite, pour l’avoir observé lors de la Continental Cup de 2023 à Angers, j’avais été personnellement marqué par le joueur. Au-delà de son patinage et de sa capaciter à créer du jeu, il semblait être un peu partout sur la glace. Il est actuellement sans équipe, et rejoindre un prétendant au titre en cours de saison semble être un peu sa façon de fonctionner.

     

    III-Mon power ranking

    1. Derek Topatigh

    Topatigh est pour moi le choix logique numéro un. Il est hargneux, joue physique et sait défendre tout en ayant des mains, une vision et des qualités offensives indéniables. Il pourrait être utilisé sur le PP sans soucis et cela permettrait de soulager Binner offensivement. En plus de ça, il a déjà évolué en Europe, et même si c’était à un niveau inférieur, ça prouve qu’il peut s’adapter.

    1. Andy Welinski

    Soyons clairs : avec son palmarès, c’est un défenseur qui peut prétendre à mieux que la Magnus. Cependant, son expérience en DEL l’an n’a pas été transcendante. Sa signature permettrait d’améliorer instantanément l’équipe via son leadership, sa relance, ses aptitudes en PP ainsi que ses facultés défensives globales.

    1. Luke Green

    Green apporterait le plus gros talent offensif de cette liste. Si le staff trouve que l’arrière manque de poids à l’avant, alors c’est un joueur qui pourrait apporter une touche de création supplémentaire, comme pouvait le faire Kyle Hardy par le passé (sans être le même style de joueur, attention). L’aspect physique et défensif de Birkheim ne serait pas remplacé, mais on s’assure un supplément de buts.

    1. Gustav Berglund

    Parfois, le scouting se joue dans les contacts. Le fait que Berglund partage l’agent d’ Englund rend ce transfert extrêmement largement faisable. Sur la glace, c’est un profil assez « safe » : il patine bien, relance proprement et défend intelligemment. Il manque de physique, mais s’il s’épanouit à Grenoble et s’y installe sur le long terme, il pourrait devenir un top défenseur.

    1. Andrej Sustr

    Là, c’est l’inverse de Green. On n’ajoute pas, ou peu, de production, mais on obtient une assurance impressionnante à l’arrière. C’est un joueur rassurant et expérimenté qui encadrerait les jeunes ainsi que la défense tout en la consolidant très efficacement.

    1. Kabor Dunn

    En théorie, Dunn pourrait apporter beaucoup offensivement, mais c’est aussi un jeune joueur avec la réputation d’être passif en défense et qui n’a pas convaincu cette saison en ECHL. S’il s’intègre et apprécie la ligue et l’équipe, il pourrait se développer dans le bon sens, mais il pourrait aussi être un flop. C’est un pari.