Ligue Magnus

PRESENTATION DE LA SAISON 2019-2020 : BRIANÇON UNE DEFENSE MOBILE POUR NE PAS SUBIR

Avant le début de la saison 2019-20 de Ligue Magnus, Plan de match vous présente l’ensemble des effectifs du championnat de France. Dans ce deuxième article de cette série, on vous présente l’effectif du promu : les Diables Rouges de Briançon. Un effectif basé en grande partie sur une défense mobile et à l’aise avec la rondelle.

Vainqueur d’une D1 qui a rarement été aussi homogène ces dernières années, Briançon a gagné le droit d’accéder de nouveau à l’élite du hockey français. Mais, même si les Diables Rouges ont dû composer une équipe “avec [leurs] moyens” selon Claude Devèze, l’entraîneur de l’équipe des Alpes du Sud, ils comptent bien jouer un rôle dans cette édition 2019-2020 de Synerglace Ligue Magnus. En effet, Claude Devèze l’affirme : “l’objectif c’est évidemment le maintien, mais on verra par la suite. Car, si tous les suiveurs nous placent déjà dans les profondeurs du classement, il ne faut pas oublier que le hockey se joue sur la glace”.

Pour se lancer dans ce nouveau défi en Ligue Magnus, les Diables Rouges ont renouvelé en grande partie leur effectif. En effet, seuls Mathieu André, Kyle Campbell, Nicolas Ruel, Fabien Métais, Loïc Chapellier et les gardiens de but Jiri Blazek et Mathis Condevaux ont prolongé leur aventure au sein du club. “L’effectif a été renouvelé à 85%, selon Devèze donc il y aura certainement un temps d’adaptation à un nouveau système pour tout le monde”.

Alors, pour construire cet effectif, plusieurs idées conductrices ont été suivies par le club. “Tout d’abord, il a fallu trouver les éléments qui avaient envie de venir et de relever ce gros défi qui nous attend. Trouver des joueurs compatibles dans le jeu et dans l’état d’esprit car il y aura des bons et des mauvais moments et il faudra compter sur ces qualités humaines pour passer outre ces moments difficiles. Néanmoins, la qualité humaine n’était pas nécessairement le point principal car on recrute des joueurs de hockey. Ainsi, il a fallu ajouter des étrangers qui voulaient se faire connaître à notre bonne base de joueurs français. On a pris notre temps pour trouver de vrais ailiers, de vrais centres et des défenseurs droitiers et gauchers”.

C’est certainement cette dernière phrase qu’il faut retenir de ce discours de Claude Devèze. En effet, la force de cette équipe promue, c’est d’avoir mis des hommes clés aux postes clés du hockey moderne : les centres et le top 4 défensif.

Globalement, le modèle de prédiction de Magnus Corsi n’est pas très flatteur avec l’équipe de Briançon puisqu’il la classe 11e de Ligue Magnus. Néanmoins, quand on rentre plus en détails, on peut repérer certains points intéressants, même dans l’attaque pourtant située 11e dans la Ligue.

L’attaque : deux centres pour porter l’équipe

En effet, malgré le placement plutôt bas de l’ensemble de l’attaque, Briançon a réussi à recruter deux très bons centres de top 6, Evan Richardson et Justin Valentino, qui pourrait être capable de porter en partie ce top 6. Evan Richardson, que Claude Devèze pense complémentaire avec Mathieu André, est certainement le meilleur joueur de cette attaque briançonnaise. Classé comme un joueur de 1e trio par le modèle avec une prédiction de près d’un point par match, il sort d’une saison pleine en Angleterre où il a inscrit 40 points en 53 matchs ce qui faisait de lui le 6e pointeur de son équipe. Avec 0,75 point par match joué, il était également 57e meilleur pointeur par match du championnat en jouant dans une équipe qui n’a finalement pas joué les playoffs. En plus d’être prometteur, il a donc connu une situation semblable à celle que risque de vivre le promu Briançonnais.

Avec lui pour tenir le centre de ce top 6, un autre joueur intéressant, Justin Valentino. Classé également comme un joueur de 1e trio par le modèle, il a une projection de 0.92 point par match. Ce “très bon joueur de centre avec une bonne vision de jeu”, selon Claude Devèze, sort de 5 saisons universitaires au Canada avec l’Université de Lethbridge. Au cours des 3 dernières saisons, il a inscrit une fois 28 points et une fois 27 points en 28 rencontres. L’an passé, il était le meilleur pointeur de son équipe avec 11 points d’avance sur le deuxième et était le 57e joueur de la ligue en points/match. Reste à voir si ce joueur sera capable de répliquer ce genre de performance en Europe et chez les pros, mais son profil et prometteur.

Ces deux joueurs de centre, s’ils ne font pas partie des joueurs les plus attendus de la Ligue Magnus ont clairement le potentiel pour être deux centres fiables et productifs sur un top 6 et, à Briançon, leur rôle pourrait être primordial.

En effet, à leur côté, Briançon a compilé 4 ailiers avec une prédiction de points assez faible (un seul est considéré comme un joueur top 6) mais qui pourraient avoir le potentiel de la dépasser si les choses venaient à bien tourner.

Tout d’abord, Mathieu André et Kyle Campbell, sur l’aile droite, sont deux joueurs qui étaient déjà là l’an passé. En D1, ils étaient les 3e et 4e pointeurs du club avec respectivement 34 et 26 points lors des 26 matchs de saison régulière, soit les 8e et 26e totaux de D1. Une fiche avec un bon total de points donc mais le modèle de prédiction leur prévoit un passage en Ligue Magnus difficile. En effet, il leur prédit 0.57 et 0.47 points par match, soit des totaux de joueurs de 3e ligne. Claude Devèze sait d’ailleurs que le passage de la D1 à la Magnus sera difficile : “S’ils reproduisent ce qu’ils ont fait en D1, je signe tout de suite.” Mais, ces joueurs ont montré dans une division inférieure qu’ils étaient capables de produire, alors, si la chimie avec les centres fonctionne, on pourrait les voir plus à leur aise.

À gauche, Briançon a fait venir deux joueurs canadiens. Le premier, Felix Chamberland arrive des Etats-Unis où il a inscrit 10 points en 22 matchs de NCAA avec Canisius College. Dans une équipe en difficulté (12 victoires en 37 matchs), Félix Chamberland a obtenu la 9e meilleure moyenne de points par match de son équipe. En France, l’équipe s’attend à ce qu’il produise davantage. Vu comme un joueur de deuxième ligne par le modèle, il aura également besoin du soutien de son centre pour peser offensivement mais il a prouvé chez les juniors, au Canada qu’il était capable de marquer.

Pour compléter ce top 6, Felix Plouffe, l’ancien Gothiques, a rejoint les Diables Rouges. Claude Devèze nous l’a confirmé : “Plouffe aura un autre rôle. Briançon n’a pas l’effectif d’Amiens et il aura un rôle plus important”. Difficile de savoir ce que cela pourrait donner, mais Felix Plouffe a montré au cours de la saison certaines qualités avec la rondelle et notamment dans le jeu de transition (entrée et sortie de zone). En effet, Plouffe est respectivement au 76e percentile et le 70e percentile, en ce qui concerne le pourcentage de sorties de zone et entrées de zone réussies en contrôle. Ainsi, si on l’a rarement vu très actif en zone offensive, il faut rappeler le contexte dans lequel il évoluait. Utilisé essentiellement sur le 4e trio et l’infériorité numérique, Plouffe était utilisé en moyenne 8 minutes par match à 5 contre 5. Un total très faible avec des compagnons moins offensifs que ceux qu’il trouvera à Briançon. Alors, là encore, Plouffe pourrait, en étant utilisé plus à son avantage, dépasser la prédiction du modèle.

Ainsi, les ailes du top 6 de Briançon comporte beaucoup de “si”, mais, aidé par deux solides centres canadiens, cela pourrait fonctionner.

Derrière, le bottom 6 peut inquiéter. Les sept attaquants restants sont considérés comme des joueurs de 4e trio par le modèle de prédiction. Ce bottom 6 est composé à la fois de jeunes en plein développement et ayant tout à prouver et un joueur plus expérimenté : Quentin Fauchon.

Claude Devèze ne tarit d’ailleurs pas d’éloge sur Fauchon qu’il cite parmi ses joueurs importants. “Il sort d’une bonne saison avec Chamonix mine de rien”. Avec 16 points, Fauchon a triplé son total de points obtenus il y a deux saisons avec Epinal. Au-delà des points, Fauchon a montré de belles qualités dans le jeu de transition l’an passé même si Chamonix était bien dominé avec lui sur la glace. A Briançon, il devrait être très important dans ce bottom 6 et la principale solution de rechange en cas de blessure ou de méforme plus haut dans l’alignement.

Ensuite, les jeunes ont tout à prouver mais auront déjà un rôle important à jouer : “Les jeunes auront leur temps de jeu, ils pourront continuer à se développer, selon Devèze. Néanmoins, on attend déjà d’eux qu’ils performent”. Romand, Ruel, Bonnardel et Gibert devrait se battre pour la 12e place dans cette attaque.

Si ces jeunes ont forcément une marge de progression, le bottom 6 de Briançon paraît pour l’instant un peu faible pour la Ligue Magnus. De plus, on constate l’absence de pointeurs pouvant soutenir le top 6 (à moins que Fauchon continue de progresser) ou de centre affirmé, deux profils importants sur des trios 3 et 4.

La défense : c’est prometteur

Si l’attaque comporte quelques trous ou incertitudes en dehors des centres du top 6, la défense de Briançon est réellement prometteuse pour une équipe aux moyens limités. Cette défense devrait être le principal atout de cette équipe, elle est classée 8e par le modèle de prédiction de points. Claude Devèze en est conscient : “Si ça se trouve ce sera un ou des défenseurs qui auront le plus de points en fin de saison”.

La ligne directrice dans la construction de cette défense était claire : “On voulait avoir de bons défenseurs mobiles car en Magnus on sait très bien qu’il faut avoir du patin, autant pour les attaquants que les défenseurs. La qualité première de ces défenseurs c’est qu’ils ont une très bonne première passe et un très bon coup de patin. Une des priorités ce sera de bien sortir de la zone pour ne pas trop subir”. Pour appuyer cette philosophie le club compte trois droitiers et quatre gauchers pour pouvoir évoluer avec un droitier et un gaucher sur chaque paire défensive.

Pour mener cette défensive, Briançon avait initialement compté sur quatre hommes : Sean Robertson et Joey Raats à droite, Tyler Mayea et Ryan Black à gauche. Parmi ces quatre défenseurs, 2 étaient jugés par le modèle de prédiction comme des joueurs de 1e paire et 2 comme des joueurs de seconde paire. Mais, juste avant le début du championnat, le club à décider de remplacer Mayea par Lubomir Dinda, l’ancien lyonnais.

Tyler Mayea était à la fois le plus gros gabarit de cette défense et l’un des deux joueur les plus prometteur selon le modèle. L’an passé, il a principalement évolué dans l’équipe de l’UOIT en championnat universitaire canadien. Là-bas, il fut le 5e meilleur pointeur de son équipe avec 17 points en 28 rencontres. Avec 0.61 points par match, il fut le 35e meilleur défenseur d’une ligue qui comporte 35 équipes. Mais, le club a finalement décidé de ne pas conserver Mayea et d’aller chercher Lubomir Dinda, classé comme un joueur de deuxième duo par le modèle de Magnus Corsi. Une projection de points moins élevées donc, mais un joueur qui permettait l’an passé à Lyon d’être plus dominant. Lyon était surtout plus dangereux offensivement avec lui sur la glace, mais accordait également plus de chances à l’adversaire. On note également que, dans une équipe qui jouait le dump&chase à outrance, Dinda a des statistiques de transitions correctes dans la quantité. Dans un autre plan de jeu, ce profil peut-être intéressant à suivre.

Sean Robertson évoluait la saison passée en D1, à Cergy, où il a inscrit 24 points en 26 journées de saison régulière. Il était alors le deuxième meilleur pointeur parmi les défenseurs de la ligue, derrière son coéquipier, Philippe Bureau-Blais. Si ce total de points est prometteur même en passant à l’échelon du dessus, il ne garantit pas non plus de devenir un défenseur de premier plan en Magnus. Dans l’histoire récente, Alexis Birolini ou Michal Seda ont connu des saisons similaires en D1 avant d’accéder à la Magnus sans devenir des défenseurs de premier plan en Magnus. Alors, si sa saison 2018-19 est prometteuse, tout reste à prouver pour Robertson.

Ryan Black sort lui de 4 saisons en NCAA à l’Université de Northern Michigan. Si l’an passé il a connu une saison ordinaire de 9 points en 38 matchs, il y a deux ans, il a inscrit 20 points en 43 rencontres. Cette année là, il fut le deuxième meilleur pointeur de son équipe. A titre de comparaison, avant d’arrivée à Gap, Matt Nelson avait réalisé une saison de 11 points en 32 matchs. Une comparaison de bonne augure pour Ryan Black.

Enfin, Joey Raats, est le dernier joueur de l’effectif a être considéré comme un défenseur top 4 par Magnus Corsi. Champion d’USHL en 2014-15, Raats a ensuite passé 4 années en NCAA avant de jouer l’an passé en ECHL pour les Grizzlies de l’Utah. Là-bas, il a inscrit 8 points en 38 rencontres. Si ce total de points peut paraître faible, il faut garder en tête que l’ECHL est une ligue bien plus forte que la Ligue Magnus. Reste alors à voir comment Raats s’adapte à cette nouvelle ligue.

Derrière ces quatre hommes prometteurs, trois français se disputeront les deux dernières places de l’alignement. A droite, la place restante devrait revenir à Colin Morillon. Auteur de 10 points en 44 matchs la saison passée à Strasbourg, le jeune tricolore ne cesse de progresser et à passer beaucoup de temps sur la première ligne. Très actif en zone offensive, Strasbourg était plus dominant avec lui sur la glace.

A gauche, Igier et Chapelier devrait se battre pour la dernière place. Igier à l’expérience pour lui mais sort d’une saison compliquée à Angers. Le jeune Chapelier a lui continué sa progression à Briançon en inscrivant 4 points en 26 matchs.

Gardiens : point d’interrogation

Difficile de savoir comment les gardiens de Briançon réagiront en Ligue Magnus. En effet, Jiri Blazek, le gardien numéro 1, et Raphaël Sanyas, le backup, n’ont jamais goalé à ce niveau là. L’an passé, ces deux gardiens évoluaient en D1, respectivement à Briançon et à Mont-Blanc. Si Claude Devèze a “une totale confiance” en son portier tchèque, il faudra attendre quelques journées pour avoir des certitudes sur le réel niveau devant la cage des promus.

Mathieu Brosseau
Mathieu Brosseau a pratiqué le hockey dans son enfance, depuis, il l’analyse. D’abord journaliste à Hockey en France, il fait ensuite une pige chez Hockey Archives lors des Jeux Olympiques et, plus régulièrement, sur Le Sport Dauphinois où il parle de hockey mais aussi d’autres sports. Entre temps, il se spécialise dans l’analyse statistiques et se lance dans le projet Magnus Corsi dès le départ avec Thibaud Chatel ce qui lui permettera également de passer de l’autre côté du rideau en devenant analyste statistique d’une équipe de D2. Par ailleurs, il monte également, avec Matthieu Davin, le podcast On Refait La Glace
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Mathieu Brosseau a pratiqué le hockey dans son enfance, depuis, il l’analyse. D’abord journaliste à Hockey en France, il fait ensuite une pige chez Hockey Archives lors des Jeux Olympiques et, plus régulièrement, sur Le Sport Dauphinois où il parle de hockey mais aussi d’autres sports. Entre temps, il se spécialise dans l’analyse statistiques et se lance dans le projet Magnus Corsi dès le départ avec Thibaud Chatel ce qui lui permettera également de passer de l’autre côté du rideau en devenant analyste statistique d’une équipe de D2. Par ailleurs, il monte également, avec Matthieu Davin, le podcast On Refait La Glace
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