Quelques semaines après avoir découvert ou retrouvé l’intensité des Jeux olympiques à Milan-Cortina, les équipes de France ont connu des fortunes différentes lors de leurs Championnats du monde. À Sosnowiec, les hommes ont assuré leur maintien en Division 1A sans parvenir à remonter dans l’élite. À Budapest, les Françaises ont remporté leur tournoi et décroché leur billet pour le Mondial Élite 2027 à Québec. Avant l’ouverture de la saison 2026-2027, le hockey français se retrouve ainsi face à un bilan contrasté : une sélection masculine en reconstruction et une équipe féminine dont la progression vient d’être récompensée.

Milan-Cortina 2026, un retour aux Jeux riche d’enseignements

La présence simultanée des deux équipes de France aux Jeux olympiques constituait déjà un événement majeur. Les hommes retrouvaient la compétition olympique, tandis que les Françaises participaient au premier tournoi olympique de leur histoire.

Sur le plan sportif, l’épreuve a cependant rappelé la distance qui sépare encore le hockey français des meilleures nations mondiales. Les deux sélections ont terminé leur parcours sans victoire, mais l’expérience acquise ne peut pas être évaluée uniquement à travers les résultats. Elle doit également être considérée comme une confrontation directe avec les standards que la France devra chercher à atteindre avant les Jeux de 2030 dans les Alpes françaises.

Les Bleus confrontés à la profondeur du très haut niveau

Placée dans un groupe particulièrement relevé, l’équipe masculine dirigée par Yorick Treille a commencé son tournoi par une défaite 4-0 contre la Suisse. Les Français ont ensuite livré leur prestation la plus encourageante face à la Tchéquie. Malgré un nombre de tirs très largement favorable aux Tchèques, 38 à 12, les Bleus ont réussi à mener 3-2 au cours de la deuxième période avant de s’incliner 6-3. Cette rencontre a montré leur capacité à se projeter rapidement et à profiter des rares occasions obtenues, mais aussi leurs difficultés à résister durablement à la pression adverse.

La confrontation avec le Canada a ensuite été beaucoup plus sévère. Battue 10-2, la France a subi la vitesse, la puissance et la profondeur de banc canadiennes. Le barrage contre l’Allemagne n’a pas permis aux Bleus de prolonger leur aventure. La défaite 5-1 a placé la France au onzième rang du tournoi olympique. En quatre rencontres, la sélection a marqué six buts et en a encaissé vingt-cinq.

Au-delà des scores, Milan-Cortina a mis en évidence trois chantiers. Le premier concerne la capacité à sortir proprement de la zone défensive sous une forte pression. Le deuxième porte sur les unités spéciales, essentielles dans les rencontres internationales. Le troisième concerne la profondeur de l’effectif : la France peut rivaliser pendant certaines séquences, mais elle peine encore à maintenir cette intensité sur trois périodes face aux équipes du Top 8 mondial.

Le tournoi a également marqué le début d’une transition générationnelle. L’encadrement doit progressivement reconstruire une ossature après une période portée par des joueurs comme Pierre-Édouard Bellemare, Stéphane Da Costa, Sacha Treille ou Nicolas Ritz. La question n’est pas seulement de remplacer des individualités, mais de transmettre une culture internationale à une nouvelle génération qui devra être prête pour 2030.

Sosnowiec : le maintien assuré, mais la remontée manquée

Moins de trois mois après les Jeux, les Bleus ont retrouvé une compétition très différente à Sosnowiec, en Pologne. Reléguée de l’élite mondiale en 2025, la France disputait le Championnat du monde de Division 1A avec un double objectif : éviter une nouvelle chute et se placer parmi les deux premières équipes afin de retrouver immédiatement le niveau supérieur.

Le tournoi a été particulièrement serré. Onze des quinze rencontres se sont terminées avec un seul but d’écart et six ont nécessité une prolongation ou une séance de tirs au but. Dans ce contexte, chaque point perdu a pesé lourdement sur le classement final.

La France a d’abord battu le Japon 4-3, sans parvenir à se mettre définitivement à l’abri. Elle a ensuite remporté un succès important contre la Pologne, 3-2 après les tirs au but. Avec deux victoires en deux rencontres, les Bleus restaient pleinement engagés dans la course à la montée.

La défaite 3-2 contre l’Ukraine a constitué le premier véritable coup d’arrêt. La sélection française a ensuite dû passer une nouvelle fois par les tirs au but pour dominer la Lituanie 2-1. Ces résultats ont permis d’assurer pratiquement le maintien, mais les points abandonnés en prolongation ont considérablement réduit les possibilités de promotion.

Lors de la dernière journée, la France devait battre le Kazakhstan dans le temps réglementaire pour conserver une chance de terminer parmi les deux premiers. Les Bleus ont poussé le favori du tournoi jusqu’à la séance de tirs au but, grâce notamment aux 29 arrêts sur 30 tirs d’Antoine Keller, mais se sont finalement inclinés 2-1.

Avec huit points, douze buts marqués et onze encaissés, la France a terminé troisième, derrière le Kazakhstan et l’Ukraine. Elle conserve donc sa place en Division 1A, mais manque la remontée immédiate dans l’élite. La Pologne a également obtenu huit points, mais les Bleus l’ont devancée au classement grâce à leur confrontation directe.

Le bilan n’est ni un échec complet ni une véritable réussite. La France a été compétitive lors de ses cinq rencontres et n’a jamais perdu par plus d’un but. Elle a toutefois remporté trois de ses quatre succès ou résultats positifs après une prolongation ou des tirs au but. Dans une formule où seules les deux premières places permettent de monter, l’incapacité à convertir davantage de matchs dans le temps réglementaire a été déterminante.

Jordann Perret a symbolisé l’efficacité offensive française avec trois buts et trois passes décisives. Louis Boudon a également occupé un rôle important dans la création. Mais collectivement, les Bleus ont parfois manqué de constance et de maîtrise pour transformer leurs temps forts en avantages durables.

Les Françaises ont découvert les exigences olympiques

Pour l’équipe féminine, Milan-Cortina représentait une étape historique. Jamais auparavant les Bleues n’avaient participé au tournoi olympique. Cette première expérience s’est révélée difficile, mais elle a permis au groupe de Grégory Tarlé de se confronter à une intensité rarement rencontrée au cours de la saison.

La France a commencé par une défaite 4-1 contre l’Italie. Alice Philbert a longtemps retardé l’échéance devant le but français, alors que les Italiennes ont dominé le nombre de tirs 46 à 15. Les Bleues se sont ensuite inclinées 3-2 contre le Japon dans une rencontre plus équilibrée, avant de subir la supériorité de la Suède, victorieuse 4-0 avec 49 tirs contre 14.

Le dernier match face à l’Allemagne a néanmoins permis à la France d’obtenir son premier point olympique. Les Bleues ont poussé les Allemandes en prolongation avant de perdre 2-1. Là encore, Alice Philbert a joué un rôle essentiel, l’Allemagne ayant adressé 47 tirs contre seulement 14 pour la France. Avec quatre défaites, quatre buts marqués et treize encaissés, les Françaises ont terminé dixièmes.

Les limites offensives ont été évidentes, mais ce tournoi a aussi confirmé le potentiel d’un groupe capable de résister défensivement et de rester organisé malgré de longues séquences passées sans le palet. Gabrielle de Serres a inscrit deux buts, tandis qu’Estelle Duvin a totalisé un but et une assistance. Cette expérience allait devenir particulièrement utile quelques semaines plus tard à Budapest.

Budapest : la réponse éclatante des Bleues

Le Championnat du monde de Division 1A constituait le véritable objectif de la fin de saison féminine. Après avoir affronté des équipes du niveau olympique, les Françaises devaient confirmer leur progression et assumer un statut de candidates à la montée.

Le tournoi a pourtant commencé par une défaite 3-2 en prolongation contre la Hongrie, pays organisateur. Loin de fragiliser le groupe, ce résultat a déclenché une série de quatre victoires consécutives.

La France a dominé la Norvège 4-1, puis battu l’Italie 3-2 après les tirs au but. Elle a ensuite largement disposé de la Chine 8-1 avant de conclure son tournoi par une victoire 3-1 contre la Slovaquie. Avec douze points sur quinze possibles, les Bleues ont terminé à la première place devant la Hongrie et l’Italie.

Cette médaille d’or permet à la France de retrouver le Championnat du monde Élite en 2027. La compétition se déroulera à Québec, au Canada, avec un calendrier annoncé pour novembre 2027 dont les dates précises restent encore à confirmer.

La réussite française s’est appuyée sur une production offensive beaucoup plus importante qu’aux Jeux. Les Bleues ont marqué vingt buts en cinq matchs. Estelle Duvin a terminé le tournoi avec neuf points, cinq buts et quatre assistances, et a été désignée meilleure attaquante de la compétition. Clara Rozier a ajouté huit points.

Devant le filet, Alice Philbert a disputé les cinq rencontres. Elle a terminé avec une moyenne de 1,56 but encaissé et un taux d’arrêts de 93,94 %. Sa régularité a donné à la France une base défensive suffisamment solide pour libérer progressivement son attaque.

La victoire de Budapest ne représente donc pas seulement une promotion administrative. Elle valide le travail engagé autour d’une génération désormais capable d’assumer un objectif de résultat. Les Françaises ne se sont pas contentées de défendre : elles ont créé davantage, réparti la production offensive et su gagner des rencontres serrées.

Deux sélections, deux dynamiques avant 2026-2027

La situation des deux équipes de France est désormais très différente. Chez les hommes, le maintien en Division 1A évite une crise sportive plus profonde, mais il ne peut pas constituer une finalité. La France occupe désormais le quinzième rang du classement mondial masculin de l’IIHF, en recul de deux places. Le prochain Mondial de Division 1A aura lieu à Tallinn, en Estonie, du 1er au 7 mai 2027. L’objectif devra être clairement annoncé : terminer parmi les deux premiers et retrouver l’élite mondiale.

Pour y parvenir, Yorick Treille devra construire une équipe capable de gagner plus régulièrement dans le temps réglementaire. La qualité des gardiens et la combativité du groupe ont permis aux Bleus de rester dans chaque match en Pologne. Mais une sélection qui vise la montée doit davantage contrôler le jeu, imposer son rythme aux adversaires moins bien classés et produire plus régulièrement offensivement.

Chez les femmes, la saison se termine au contraire sur une dynamique ascendante. La France a progressé de trois places au classement mondial pour atteindre le onzième rang. La prochaine étape consistera à transformer la promotion obtenue à Budapest en maintien durable dans l’élite.

Le défi sera considérable. À Québec, les Françaises retrouveront des adversaires plus rapides et plus puissantes, capables de sanctionner immédiatement chaque perte de palet. Mais, contrairement à leurs précédentes apparitions au plus haut niveau, elles aborderont cette compétition avec l’expérience olympique, une gardienne installée et plusieurs joueuses offensives arrivant à maturité.

Faire de 2026 une étape, pas un aboutissement

La saison internationale 2025-2026 ne peut pas être résumée aux lourdes défaites olympiques. Elle doit être lue comme une saison de confrontation et de clarification. Pour les hommes, les Jeux ont révélé l’écart avec les grandes nations et le Mondial de Sosnowiec a confirmé que le retour dans l’élite ne serait pas automatique. La sélection reste compétitive, mais elle doit encore trouver une nouvelle hiérarchie, renouveler ses cadres et construire une identité adaptée aux joueurs disponibles.

Pour les femmes, la logique a été différente. Milan-Cortina a servi d’apprentissage accéléré, puis Budapest a permis de convertir cette expérience en résultat. La qualification pour Québec récompense une progression collective et offre un nouvel horizon à une équipe qui ne veut plus seulement apparaître ponctuellement au plus haut niveau.

À quatre ans des Jeux olympiques de 2030 dans les Alpes françaises, le hockey tricolore dispose désormais d’un diagnostic plus précis. L’équipe masculine doit retrouver l’élite et accélérer sa transition générationnelle. L’équipe féminine doit s’y installer. Milan-Cortina n’a pas consacré le hockey français. Mais les Jeux ont donné aux deux sélections une mesure exacte du chemin restant à parcourir. La saison 2026-2027 dira désormais si cet apprentissage peut devenir un véritable point de départ.