Nous y sommes. La dernière ligne droite de l’épilogue de cette saison pointe le bout de son nez. Tenants du titre, les Brûleurs de Loups de Grenoble affronteront les Boxers de Bordeaux, pleins de confiance après avoir réalisé un « sweep » historique face au leader de saison régulière.
Au-delà des matchs, que nous raconte la vérité froide des chiffres ? En hockey, le score final ne dit pas toujours tout sur la physionomie d’une série. Pour comprendre comment ces deux forces vont s’entrechoquer, il faut creuser. Cette finale inédite est-elle une simple formalité pour l’ogre isérois ou sommes-nous à l’aube d’un basculement de pouvoir ? S’il faut creuser, creusons !
- Retour sur les demi-finales
- GRENOBLE 4 – 3 ANGERS
|
Stats (Moyenne/Match) |
Grenoble |
Angers |
|
xG (Buts Attendus) |
3.09 |
2.97 |
|
Tirs Cadrés |
26.4 |
27.4 |
|
Corsi % (Possession) |
54.0% |
46.0% |
|
Face-offs remportés |
54.0% |
46.0% |
|
Power Play (PP %) |
47.0% |
16.0% |
|
Penalty Kill (PK %) |
84.0% |
53.0% |
Cette demi-finale aurait pu basculer d’un côté comme de l’autre. Sur le plan de la possession pure, les BDL ont maintenu un avantage constant. Au niveau des engagements, c’est pareil. Sur les tirs et les xG générés, les deux équipes firent sensiblement jeu égal. L’ensemble était donc serré, mais ce qui a sûrement le plus pêché côté angevin, ce sont les unités spéciales. Là ou Grenoble ont réussi à concrétiser presque une supériorité sur deux, les Angevins n’ont réussi à trouver le chemin des filets que 5 fois sur 31.
- ROUEN 0 – 4 BORDEAUX
|
Stats (Moyenne/Match) |
Bordeaux |
Rouen |
|
xG (Buts Attendus) |
3.42 |
2.72 |
|
Tirs Cadrés |
31.8 |
24.0 |
|
Corsi % (Possession) |
56.0% |
44.0% |
|
Face-offs remportés |
52.0% |
48.0% |
|
Power Play (PP %) |
6.0% |
17.0% |
|
Penalty Kill (PK %) |
83.0% |
94.0% |
Contrairement à ce qu’on a pu voir passer par ci et par là sur les réseaux, les Boxers n’ont pas gagné simplement grâce à un grand gardien. Avec 56% de corsi, 52% aux engagements, presque 8 tirs de plus et 1 xG de plus par match, on remarque que Bordeaux a tout simplement dominé Rouen dans presque tous les compartiments du jeu. A l’instar des unités spéciales angevines, les Bordelais ont été plutôt stériles en supériorité, c’est un point qu’ils devront à tout prix améliorer pour ne pas subir le même sort que les Ducs.
- LES JOUEURS A SURVEILLER
Sur les demi-finales, certains joueurs ont plus brillé que d’autres dans certains domaines. Passons en revue plusieurs d’entre eux :
|
Rang |
Joueur |
Équipe |
xG / match |
Buts / match |
Différentiel |
|
1 |
Baptiste Bruche |
Bordeaux |
0.52 |
0.50 |
-0.02 |
|
2 |
Quentin Tomasino |
Bordeaux |
0.44 |
0.25 |
-0.19 |
|
3 |
Francois Beauchemin |
Grenoble |
0.43 |
0.71 |
+0.28 |
|
4 |
Christophe Boivin |
Grenoble |
0.38 |
0.43 |
+0.05 |
|
5 |
Sacha Treille |
Grenoble |
0.37 |
0.43 |
+0.06 |
|
6 |
Craig Puffer |
Bordeaux |
0.36 |
0.00 |
-0.36 |
|
7 |
William Pelletier |
Bordeaux |
0.31 |
0.50 |
+0.19 |
|
8 |
Aurelien Dair |
Grenoble |
0.29 |
0.14 |
-0.15 |
|
9 |
Guillaume Leclerc |
Grenoble |
0.29 |
0.43 |
+0.14 |
|
10 |
Pierre-Olivier Morin |
Bordeaux |
0.27 |
0.50 |
+0.23 |
Ce premier tableau montre plusieurs choses d’un point de vue offensif. En ramenant le tout au ratio par match, on s’aperçoit que la menace bordelaise est bien grande qu’il n’y paraît : Baptiste Bruche (0.52) et Quentin Tomasino (0.44) dominent ces demi-finales en termes de volume de danger généré par rencontre, devançant même les stars grenobloises.
Cependant, Francois Beauchemin saute tout de même aux yeux, surtout quand on regarde la colonne « Finition ». Là où les Bordelais sont globalement à l’équilibre avec leurs statistiques, Beauchemin affiche un différentiel de +0.28 but par match au-dessus de ses xG. Cela traduit un talent de finition et un opportunisme de haut vol. La finale opposera donc une équipe bordelaise capable de générer un gros volume de chances de haute qualité à une équipe grenobloise portée par des finisseurs cliniques capables de concrétiser sur tout ce qu’on leur donne.
|
Rang |
Joueur |
Équipe |
Team xG on-ice / match |
|
1 |
Jeremy Beaudry |
Bordeaux |
1.53 |
|
2 |
Maxim Lamarche |
Bordeaux |
1.40 |
|
3 |
Tommy Giroux |
Bordeaux |
1.38 |
|
4 |
Francois Beauchemin |
Grenoble |
1.34 |
|
5 |
Nolan Zajac |
Grenoble |
1.33 |
|
6 |
Pierre-Olivier Morin |
Bordeaux |
1.30 |
|
7 |
Christophe Boivin |
Grenoble |
1.30 |
|
8 |
Baptiste Bruche |
Bordeaux |
1.25 |
|
9 |
Jules Boscq |
Bordeaux |
1.21 |
|
10 |
Loik Poudrier |
Bordeaux |
1.01 |
Contrairement à Grenoble, dont le danger semble reposer sur les épaules de quelques individualités d’élite, Bordeaux affiche une force collective impressionnante dès que ses cadres sont sur la glace. Voir six joueurs bordelais dans les premières places prouve que c’est l’équipe de Bordeaux qui est venue à bout des Dragons, et pas seulement quelques joueurs.
Même les fers de lance grenoblois comme Beauchemin ou Zajac, bien que très productifs en termes de dangerosité, affichent des ratios de génération légèrement inférieurs sur la durée d’une rencontre par rapport aux premières lignes girondines. Pour les Brûleurs de Loups, l’enjeu de cette finale sera de parvenir à casser ce rythme imposé par Bordeaux à 5 contre 5, sous peine de voir les Boxers dicter le tempo de la série par leur capacité à maintenir un danger constant.
|
Rang |
Joueur |
Équipe |
xG Against / match |
|
1 |
Loic Farnier |
Bordeaux |
0.23 |
|
2 |
Alexandre Mallet |
Grenoble |
0.29 |
|
3 |
Andrius Kulbis-Marino |
Grenoble |
0.45 |
|
4 |
Quentin Tomasino |
Bordeaux |
0.46 |
|
5 |
Rudy Matima |
Grenoble |
0.47 |
|
6 |
Aina Benjamin Rambelo |
Bordeaux |
0.48 |
|
7 |
Tommy Giroux |
Bordeaux |
0.49 |
|
8 |
Pierre-Olivier Morin |
Bordeaux |
0.51 |
|
9 |
Francois Beauchemin |
Grenoble |
0.58 |
|
10 |
Julien Guillaume |
Bordeaux |
0.64 |
Sur ce troisième tableau consacré aux xG against par match, ce ne sont pas forcément les défenseurs de métier qui brillent, mais plutôt les joueurs capables de tuer le jeu adverse. Un joueur de chaque équipe semble dominer sur ce point : Loïc Farnier (0,23 xGA/match) et Alexandre Mallet (0,29 xGA/match). Cette capacité sera sans doute l’une des clefs de cette finale et il serait important pour les Grenoblois de pouvoir compter sur un retour du québécois.
On remarque également une omniprésence bordelaise dans ce Top 10, ce qui confirme que le sweep contre Rouen n’était pas un accident mais le résultat d’un jeu d’équipe. Pour Grenoble, la présence de joueurs comme Kulbis-Marino ou Rudy Matima montre qu’ils possèdent aussi des profils capables de stabiliser le jeu dans les moments critiques.
|
Rang |
Joueur |
Équipe |
Blocs / match |
|
1 |
Nick Pageau |
Bordeaux |
2.50 |
|
2 |
Kevin Dusseau |
Bordeaux |
1.75 |
|
3 |
Maxim Lamarche |
Bordeaux |
1.50 |
|
4 |
Jakub Kindl |
Bordeaux |
1.50 |
|
5 |
Valentin Grossetete |
Grenoble |
1.43 |
|
6 |
Juho Rautanen |
Grenoble |
1.33 |
|
7 |
Axel Prissaint |
Grenoble |
1.29 |
|
8 |
Jules Boscq |
Bordeaux |
1.25 |
|
9 |
Julien Guillaume |
Bordeaux |
1.00 |
|
10 |
Pierre Crinon |
Grenoble |
1.00 |
Ici, on récompense les sacrifiés. Accepter de prendre des coups et, en l’occurrence, des palets pour limiter le jeu adverse et le danger sur le gardien est un ingrédient indispensable pour soulever la Coupe magnus. La domination des Boxers de Bordeaux est sans appel : ils remportent les quatre premières places du classement. Le défenseur Nick Pageau s’impose comme le mur de ces playoffs avec une moyenne impressionnante de 2,5 tirs bloqués par match.
Côté grenoblois, c’est l’attaquant Valentin Grossetete (1,43 /match) qui montre l’exemple, prouvant que chez les Brûleurs de Loups, la défense ne part pas que de l’arrière. Toutefois, le volume global côté bordelais suggère qu’il faudra amener de la créativité pour faire mieux que Rouen.
|
Rang |
Joueur |
Équipe |
Temps de glace moyen (min:sec) |
|
1 |
Nolan Zajac |
Grenoble |
23:43 |
|
2 |
Maxim Lamarche |
Bordeaux |
23:07 |
|
3 |
Jeremy Beaudry |
Bordeaux |
21:02 |
|
4 |
Nick Pageau |
Bordeaux |
20:15 |
|
5 |
Pontus Englund |
Grenoble |
20:12 |
|
6 |
Jules Boscq |
Bordeaux |
19:52 |
|
7 |
Sacha Treille |
Grenoble |
19:42 |
|
8 |
Jakub Kindl |
Bordeaux |
19:21 |
|
9 |
Juho Rautanen |
Grenoble |
19:02 |
|
10 |
Francois Beauchemin |
Grenoble |
18:34 |
C’est toujours une bonne chose d’analyser les temps de glace afin de voir quels sont les joueurs les plus utilisés par leur coach. Si Zajac semblait omniprésent contre Angers, c’est tout simplement car il l’était. En continuant de creuser, on remarque une gestion différente de la profondeur défensive : alors que Grenoble s’appuie énormément sur Zajac, Bordeaux répartit une charge de travail colossale sur un « Top 4 » défensif ultra-sollicité qui tournent tous autour de la barre des 20 minutes et au delà. Chez les attaquants, la présence de Sacha Treille et Francois Beauchemin dans ce Top 10 prouve que Grenoble n’hésite pas à faire jouer beaucoup plus ses joueurs d’impact.
|
Rang |
Joueur |
Équipe |
Puck Losses / match |
|
1 |
Guillaume Leclerc |
Grenoble |
7.57 |
|
2 |
Craig Puffer |
Bordeaux |
7.00 |
|
3 |
Sacha Treille |
Grenoble |
6.29 |
|
4 |
Loik Poudrier |
Bordeaux |
6.00 |
|
5 |
Pierre-Olivier Morin |
Bordeaux |
5.75 |
|
6 |
Loic Farnier |
Bordeaux |
5.75 |
|
7 |
William Pelletier |
Bordeaux |
5.75 |
|
8 |
Baptiste Bruche |
Bordeaux |
5.50 |
|
9 |
Kaylian Leborgne |
Bordeaux |
5.50 |
|
10 |
Aurelien Dair |
Grenoble |
5.14 |
Ici, on regarde les pertes de palet. C’est sans doute l’une des statistiques les plus nuancées puisqu’on peut y retrouver un joueur « perdu » comme un porteur de palet créatif. En tête de liste, on retrouve des joueurs comme Guillaume Leclerc (7,57) ou Craig Puffer (7,00), qui sont les principaux dépositaires du jeu de leur équipe. Statistiquement, plus un joueur manipule le palet et tente des entrées de zone risquées, plus son nombre de pertes de possession augmente. C’est le prix de l’audace offensive.
Cependant, pour un coach, ce tableau est aussi une liste de surveillance. Une perte de palet en zone neutre face à une équipe aussi rapide que Bordeaux, ou une erreur à la bleue face au réalisme de Grenoble peut se payer cash. On note que Bordeaux place de nombreux attaquants dans ce Top 10 ce qui appuie le fait que les Boxers affichent un jeu très direct qui peut parfois mener à des déchets techniques.
|
Gardien |
Équipe |
Matchs |
Buts contre |
Tirs reçus |
Arrêts (%) |
xG Concédés |
xG Saved (Total) |
xG Saved / match |
|
Matija Pintaric |
Grenoble |
6 |
7 |
134 |
94,8 % |
11,90 |
4,90 |
0,82 |
|
Quentin Papillon |
Bordeaux |
4 |
4 |
77 |
94,8 % |
6,60 |
2,60 |
0,65 |
Les deux gardiens titulaires des équipes finalistes aborderont ce premier match avec un pourcentage d’arrêt à 5v5 absolument identique. Cependant, d’autres points peuvent permettre de les départager. Pintaric a tout simplement été monstrueux face à Angers. Les modèles statistiques indiquent qu’il aurait dû encaisser 5 buts de plus à 5 contre 5. Avec 0.82 buts sauvés par match, il est statistiquement le meilleur gardien de ces demi-finales. Il a « volé » presque un but par match à l’adversaire, ce qui est colossal dans une série qui s’est jouée au Match 7. En face, Papillon n’est pas en reste. Avec 0,65 xG saved par match, il a été extrêmement important face à Rouen et est l’un des acteurs principaux de cette qualification en 4 matchs secs.
S’il a reçu moins de tirs par match que Pintaric sa régularité a été exemplaire. Il n’a encaissé que 4 buts en 4 matchs à égalité numérique, dégoûtant littéralement les attaquants rouennais. La finale se jouera sur des détails, et le duel Pintaric-Papillon sera l’un des plus importants. Si Pintaric semble avoir un léger avantage sur le volume de buts sauvés, Papillon arrive plus frais physiquement. À égalité numérique, marquer sera un défi immense pour les deux attaques tant ces deux gardiens surperforment actuellement.
- LA FINALE
La finale de cette année est inédite. Les Brûleurs de Loups de Grenoble sont les champions en titre, sortent d’une belle campagne en CHL et d’une demi-finale serrée et intense qui est allée jusqu’au match 7. Ils auront aussi l’avantage de la glace, qui a probablement pesé contre Angers. En face, les Boxers de Bordeaux débarquent avec une fraîcheur physique non négligeable après avoir balayé Rouen en quatre manches, une performance qui ne doit rien au hasard et qui doit être prise au sérieux par Grenoble.
Les bordelais devront aussi faire preuve d’une discipline à toute épreuve tant la supériorité numérique iséroise s’est montrée létale sur l’ensemble de la saison. À égalité numérique, le duel entre Grenoble et Angers était bien plus serré avec un différentiel de buts attendus (xG) par match quasi nul, mais c’est le talent pur de finisseurs comme Beauchemin qui a fait pencher la balance. Bordeaux, à l’inverse, a dominé Rouen par le volume de jeu tout en érigeant une muraille défensive. Cette capacité à dicter le rythme à cinq contre cinq sera le grand défi des girondins.
Cette finale s’annonce en tout cas serrée et chaque détail devrait compter. Si Bordeaux arrive avec l’élan de celui qui n’a rien à perdre ainsi qu’une structure défensive et un jeu de transition en forme, l’expérience de Grenoble dans les moments de haute pression et leur capacité à punir sur les unités spéciales ainsi qu’à concrétiser les maigres opportunités leur donnent un léger ascendant mathématique.
Notre modèle statistique penche légèrement en la faveur du champion en titre, prédisant une victoire finale de Grenoble avec une probabilité de 56,83 %, le scénario d’un triomphe isérois au terme d’un septième match décisif étant le plus probable avec 17,39 % de chances. Bordeaux pourrait de nouveau créer la surprise et obtenir son premier titre en ligue Magnus ?
|
Equipe |
4 |
5 |
6 |
7 |
Total |
|
Grenoble |
7.62% |
15.48% |
16.33% |
17.39% |
56.83% |
|
Bordeaux |
4.98% |
9.84% |
14.68% |
13.68% |
43.17% |