On avait laissé Amiens sur une drôle de sensation : celle d’une saison qui avait failli basculer dans la grande histoire. Cinquièmes de la saison régulière, les Gothiques ont montré qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleurs, sans trouver la constance nécessaire pour viser plus haut. Et puis il y a eu ces play-offs d’anthologie face à Rouen, avec un Coliseum en fusion et une série renversée alors que tout semblait perdu. La demie contre Grenoble a rappelé le chemin qu’il reste encore à parcourir, mais aussi que l’écart n’est plus infranchissable. Bref, une saison solide, ponctuée de frissons, mais qui laisse encore sur sa faim.
L’intersaison a d’abord été marquée par un changement majeur derrière le banc : Mario Richer, figure emblématique du renouveau amiénois, a quitté le navire pour tenter l’aventure en KHL. Pour lui succéder, le club a misé sur Kevin Bergin, ancien de la maison, qui connaît la Magnus et l’ADN picard. Un choix qui sent la continuité mais aussi le besoin de rafraîchir le discours, d’apporter une touche de nouveauté à un groupe qui a déjà ses bases.
Côté glace, l’été a aussi coûté quelques plumes. Le public du Coliseum devra s’habituer à voir certains visages familiers sous d’autres couleurs : Julien Tessier et James Phelan ont pris la direction de Rouen, Jesper Larinmaa s’est envolé pour Nice et Zachary Lavigne a traversé l’Atlantique. Des départs qui laissent un vide, tant en termes d’expérience que de caractère, et qui rappellent que la stabilité est un luxe rare pour une équipe de Ligue Magnus. À Bergin et au staff de transformer cette page tournée en opportunité.
Le budget des Gothiques est dans la même tendance que certaines équipes du haut de tableau, en hausse. Le budget n’est qu’un indicateur de la santé et de la performance d’un club. Du côté d’Amiens, le budget devrait tourner autour de 3.2-3.4 millions d’euros. Nous pouvons estimer la masse salariale aux alentours de 600 000 à 700 000€. Une progression financière, un Coliseum très bien remplit. Un accueil toujours parfait du côté de la Somme. Désormais, il faut délivrer sur la glace.
FIDELES AU MAILLOT, LES CADRES REMPILENT
Les Gothiques ont fait un choix clair cet été : miser sur la continuité. Plutôt que de chambouler l’effectif, le club a prolongé une belle brochette de cadres et de fidèles. On retrouve ainsi Gauthier Gibert (projeté à 22 points et 0,99WS), 28 ans, formé à Amiens, qui a fait un retour convaincant en Magnus avec 24 points l’an dernier, Rudy Matima (projeté à 25 points et 1WS), ou encore Bastien Maïa (projeté à 28 points et 1,07WS), moteur offensif et désormais assistant-capitaine, qui rempilent pour une saison. Autour d’eux, les ailiers Antonin Plagnat (projeté à 18 points et 0,47WS) et Ilies Djemel (projeté à 12 points et 0,23WS)poursuivent aussi l’aventure, tout comme le Letton Janis Svanenbergs, meilleur pointeur de l’équipe en 2024-25 avec 32 points (14 buts, 18 assists), que nous projetons comme meilleur atout offensif avec 33 points et surtout 1,74WS. Bref, l’attaque conserve ses repères et son identité, mélange de talent maison et de joueurs capables de peser dans la balance.
Derrière, même philosophie : stabilité avant tout. Aleksandar Magovac (projeté à 19 points et 1,43WS), désormais officiellement porteur du “C”, Justin Bergeron (projeté à 30 points et 1,87WS), Kristjan Cepon (projeté à 17 points et 1,39WS) et Mathieu Mony (projeté à 11 points et 0,94WS) continuent de tenir la ligne bleue, épaulés par Guillaume Roussel (projeté à 9 points et 0,78WS) qui reste dans le groupe. Pas forcément les défenseurs les plus prolifiques en points, mais une base solide, physique et expérimentée, essentielle dans une Ligue Magnus où les matchs serrés se jouent souvent à une relance propre ou un dégagement au bon moment. Leur présence assure une transition en douceur entre l’ère Richer et le nouveau staff de Kevin Bergin, qui pourra s’appuyer sur une arrière-garde déjà soudée et rodée aux batailles de Magnus.
Dans les cages c’est pareil, pas de révolution : Taran Kozun (projeté à 3,77WS), héros des derniers play-offs, est toujours là, accompagné du Français Clément Fouquerel (projeté à 4,04WS) en doublure fiable. Cette double prolongation garantit de la stabilité sur l’un des postes les plus sensibles. Au total, avec ces quatorze joueurs conservés, Amiens ne repart pas d’une feuille blanche : l’ossature est connue, les rôles sont clairs, et même si des renforts sont venus compléter l’effectif, les prolongations traduisent la volonté de bâtir sur une base solide.
DU SANG NEUF POUR EPAULER LES CADRES
Amiens n’a pas seulement joué la carte de la stabilité, le staff a aussi injecté du sang neuf pour densifier l’effectif. Devant, les Gothiques se sont offert des profils variés : Sean Richards (projeté à 32 points et 1,19WS), joueur complet au gros volume de jeu, William Lemay (projeté à 24 points et 1,1WS), buteur efficace qui débarque de Briançon, ou encore Jakub Izacky (projeté à 36 points et 1,67WS), véritable dynamiteur offensif passé par Chamonix. Pour compléter, Thomas Boisson et Virgile Gauffriau apportent profondeur et énergie, tandis que Matéo Bussat, jeune attaquant venu de Caen, incarne le pari sur l’avenir. Des recrues qui ne sont pas forcément toutes destinées à être les têtes d’affiche, mais qui viennent nourrir un collectif pensé pour durer sur la longueur d’une saison.
En défense aussi, le mercato a été agité. Le jeune Alix Bellanger (projeté à 4 points et 0,24WS) débarque pour apporter mobilité et fraîcheur, tandis que le costaud Conor MacEachern avait d’abord signé avant d’être libéré, remplacé par Félix Larose (projeté à 5 points et 0,56WS), robuste défenseur québécois taillé pour la Magnus. Ce petit jeu de chaises musicales de l’été illustre la volonté du club de ne pas se tromper : quitte à changer à la dernière minute, mieux vaut miser sur des profils qui collent au projet. Avec ces ajouts, la ligne bleue conserve son équilibre entre expérience et jeunesse, et donne au coach Kevin Bergin plusieurs options pour ajuster ses paires.
Et puis il y a les coups de théâtre de fin d’intersaison. Aleksi Hämäläinen, annoncé comme une arme offensive majeure après son passage à Cergy, n’a finalement pas été conservé, remplacé in extremis par Kieran Craig (projeté à 36 points et 1,72WS), attaquant polyvalent qui sait jouer autant au centre qu’à l’aile. Enfin, dans les cages, le club a ajouté le jeune Côme Soghomonian, prêté par Rouen, pour épauler Kozun et Fouquerel. Encore une fois un potentiel pari sur l’avenir pour ce grand gabarit de 20 ans. Au final, les recrues amiénoises traduisent un certain équilibre et ajoutent juste ce qu’il faut de jeunesse et de fougue. Reste maintenant à voir si la mayonnaise prend vite et si ces nouveaux visages parviennent à s’intégrer dans une équipe déjà soudée.
A QUOI S’ATTENDRE POUR 2026 ?
Reste à savoir jusqu’où ce savant mélange de fidélité et de nouveautés mènera les Gothiques. Notre modèle de projection, lui, ne s’emballe pas : Amiens est annoncé à la sixième place du classement avec 63 points, pile dans le wagon des play-offs mais encore un cran derrière les traditionnels gros du championnat. De quoi nourrir une ambition mesurée : confirmer la solidité retrouvée, accrocher le top 6 sans trembler, et pourquoi pas créer la surprise au printemps. Après tout, au Coliseum, on sait mieux que personne qu’un outsider peut toujours se transformer en cauchemar pour les favoris.