Face à une Allemagne méthodique et favorite, l’équipe de France aborde ce barrage comme le défi ultime, le « match d’une vie » pour toute une génération de Bleus. L’objectif est clair : déjouer les pronostics grâce à une défense de fer et s’ouvrir les portes d’un quart de finale historique. Junca a été choisit pour garder les buts de nos Bleus.

L’Allemagne punit les approximations françaises 

L’entame de ce match de qualification crucial ne restera pas dans les annales pour son intensité. Dans une arène qui sonnait parfois creux en début de rencontre, Allemands et Français se sont observés lors de premières minutes sans grand relief, avant que la discipline ne vienne jouer les trouble-fêtes pour les Tricolores.

Il n’aura fallu qu’une erreur d’inattention pour lancer la machine allemande. Nicolas Ritz (#25), coupable d’avoir accroché un attaquant adverse qui filait au but, offre le premier jeu de puissance à l’Allemagne à la 3e minute. La sanction est immédiate et chirurgicale. Sur un modèle de « Tic-Tac-Toe », la rondelle circule à toute vitesse : Stützle (#18) au cercle droit trouve Samanski (#44) dans l’enclave, qui décale instantanément Leon Draisaitl (#29). Le capitaine allemand n’a plus qu’à ajuster Julian Junca (#33). 1-0 (03:40). Une démonstration de vitesse d’exécution qui laisse la défense française statique.

Leon Draisatl bat Julian Junca dans le 8ème de finale des JO 2026. Hugo Gallet, Jules Boscq n’ont rien pu faire. 17 février 2026. Crédit : Abdelilah Chaoui / Plan de Match

Pourtant, les Bleus n’ont pas baissé la tête. Profitant d’un fore-check efficace, la France s’offre quelques séquences intéressantes en zone offensive. Enzo Guebey (#5) allume de la ligne bleue, Dylan Fabre (#78) rôde dans l’enclave, mais Philipp Grubauer (#30) veille au grain. Le tournant du tiers survient peu après la mi-période sur une erreur individuelle coûteuse. Pierre-Edouard Bellemare (#41), pourtant capitaine et vétéran, manque sa relance en zone défensive. L’offrande est récupérée par Frederik Tiffels (#95) qui s’avance seul et nettoie la lucarne droite de Junca. 2-0 (10:54).

La fin du tiers est pénible pour les Bleus, de nouveau indisciplinés avec une faute de Floran Douay (#91) à la 14e minute. Tim Stützle (#18) fait admirer sa technique dans la défense française, mais Julian Junca sort les arrêts nécessaires pour maintenir son équipe en vie. En fin de période, un semblant de révolte avec da Costa et Fabre mais la finition est toujours brouillonne. L’Allemagne, elle, ne manque pas une occasion Stützle récupère le palet dans la bande, remet à John Peterka qui passe devant Junca et l’ajuste. C’est 3-0 à 18’13’’. À la pause, le constat est sévère mais juste : face à une Allemagne « peu lumineuse » mais tueuse, la France paie cash ses approximations. Il faudra montrer un tout autre visage et gommer ce côté brouillon pour espérer revenir dans ce match.

L’effet Keller et le but de Bellemare relancent les Bleus

Malgré un visage plus conquérant et l’entrée solide d’Antoine Keller, l’équipe de France court toujours après le score. Le but de l’espoir de Bellemare (24e) n’a pas suffi à masquer le manque de réussite tricolore, symbolisé par plusieurs occasions franches manquées. Après une première période difficile conclue sur un retard conséquent, le staff tricolore a décidé de provoquer un électrochoc : Julian Junca cède sa place à Antoine Keller (#30) devant le filet pour ce deuxième acte.

Les Bleus reviennent sur la glace avec de meilleures intentions. L’intensité monte d’un cran et le travail de sape paie rapidement. Jordann Perret (#72) livre une grosse bataille derrière le but allemand et parvient à servir Pierre-Edouard Bellemare (#41). Le vétéran déclenche un tir qui, dévié par un patin adverse, trompe Philipp Grubauer. Le tableau d’affichage indique 3-1 pour l’Allemagne. L’espoir renaît.

Pierre-Edouard Bellemare et Jordann Perret combinent bien devant le but de Grubauer. JO 2026 Milano-Cortina. 17 février 2026. Crédit : Abdelilah Chaoui / Plan de Match.

Piqués au vif, les Allemands accélèrent passée la mi-match. Les stars de la NHL, Tobias Rieder (#8) et Leon Draisaitl (#29), tentent de faire le break, mais ils se heurtent à un Antoine Keller impérial qui ne laisse rien passer. La réussite, elle, choisit son camp à la 32e minute. Sur un tir de la ligne bleue de Dominik Kahun, tout le monde est battu. Marc Michaelis (#65) a le but grand ouvert pour pousser le palet au fond… mais trouve le poteau ! Un immense ouf de soulagement parcourt le banc français : le match n’est pas tué.

Malgré ce miracle, les Bleus peuvent nourrir des regrets. À la 36e minute, l’inévitable Bellemare récupère un palet en or, seul face à Grubauer. L’occasion est idéale pour revenir à une longueur, mais son tir manque le cadre. Quelques instants plus tard, une nouvelle échappée française échoue sur le gardien allemand. La France rentre aux vestiaires avec deux buts de retard. Si le contenu est bien meilleur dans ce tiers médian, le manque d’efficacité offensive empêche pour l’instant les hommes de Yorick Treille de recoller au score. Tout reste possible, mais il faudra un dernier tiers parfait.

L’illusion d’un retour

Dès la reprise, les hommes de Yorick Treille jettent toutes leurs forces dans la bataille. La ligne composée de Dylan Fabre , Alexandre Texier et Justin Addamo combine parfaitement devant la cage, mais Philipp Grubauer ferme la porte (41e).

Le match s’emballe enfin. L’Allemagne tente de profiter des espaces, mais la défense française repousse le danger sur les extérieurs, bien aidée par un Antoine Keller toujours aussi solide sur sa ligne. À la 44e minute, le K.O. est dans l’air des deux côtés : Stéphane Da Costa sert idéalement Jordann Perret dans l’enclave, mais Grubauer s’interpose encore. Sur la contre-attaque immédiate, John Peterka se présente seul face à Keller, qui remporte son duel et maintient l’espoir.

Le tournant final survient à la 46e minute. Hugo Gallet est sanctionné pour avoir retenu son adversaire. À ce niveau, les erreurs ne pardonnent pas. La « Special Unit » allemande se met en place avec une précision chirurgicale. Moritz Seider distribue de la ligne bleue pour Leon Draisaitl. Le tir du capitaine est repoussé, mais Joshua Samanski traîne devant le filet pour pousser le palet au fond. 4-1. Le réalisme allemand a parlé.

Michaelis est envoyé au banc des pénalités pour retard de jeu à 50’38 », l’avantage numérique des bleus s’installent mais n’arrive pas à concrétiser malgré de bonnes opportunités par Auvitu et da Costa notamment. La Mannschaft écoule la pénalité à son encontre. Alors que les bleus récupèrent le palet, Peterka est coupable de faire trébucher Bellemare. Une nouvelle pénalité pour l’Allemagne. La France aura de nouveau l’avantage d’un homme à 53’39 ». Texier, da Costa et Auvitu combinent bien les passes mais Grubauer est vigilant sur sa ligne. Les bleus n’y arrivent pas.

Jouant le tout pour le tout, Yorick Treille sort Antoine Keller, Sturm vient clore cette rencontre d’un but en cage vide. L’Allemagne l’emporte 5-1. Fin de carrière pour Pierre-Edouard Bellemare.

Fin de parcours pour les Bleus

Les dernières minutes ne changeront rien. L’Allemagne gère sa fin de match et valide son ticket pour les quarts de finale. Pour l’équipe de France, l’aventure milanaise s’arrête ici, sans victoire au compteur. Si les Bleus ont montré de « belles choses » par séquences et n’ont jamais baissé les bras, la différence de niveau et de finition était trop grande cet après-midi. Ils repartent d’Italie avec une valise pleine d’expérience et un apprentissage accéléré du très haut niveau, mais la déception est légitime : le défi était, cette fois-ci, insurmontable.

Zone mixte :

Yorick Treille (coach de l’équipe de France) :

« C’est une question de détails. On ne va pas dire que c’est une bonne entame de match. Encore une fois, on tire de l’arrière. C’est très dur au haut niveau, mais on n’a jamais perdu la croyance en nous, on sait qu’à 0-3 on était encore capables de revenir. On s’est remis dans le match. » « De manière globale, on livre une performance… pas une « grosse » performance qui nous permet d’obtenir un résultat aujourd’hui. Quand je dis performance, c’est dans l’état d’esprit, dans ce que les gars ont donné jusqu’au bout sans lâcher. Aujourd’hui, on est déçus. On croyait en nos chances, on voulait faire plus, on voulait faire quelque chose de spécial et on ne l’a pas fait. » « C’est une pénalité, c’est des bons joueurs qui arrivent avec de la vitesse et qui nous mettent en difficulté. […] La discipline, les pénalités nous coûtent cher. À chaque fois, ça se répète : une pénalité, un but. Le hockey est un jeu d’erreurs, il faut les éviter. »« On se crée des occasions, on joue les yeux dans les yeux, mais au final ce soir l’Allemagne est la meilleure équipe sur 60 minutes et ils méritent leur place en quarts. Pour nous, ça s’arrête. »

Pierre-Edouard Bellemare (Attaquant – France) :

« C’est une bonne équipe. On joue sur les talons, je trouve. On joue bien, par moments on est même meilleurs, mais encore une fois contre ces gros joueurs, tu fais une erreur et ça coûte cher. Moi le premier, je fais une erreur, boum, c’est dans la cage. En deuxième, on fait vraiment une bonne période où on remonte […], mais en troisième, comme les grosses nations, ils déroulent un peu et nous on est obligés de s’ouvrir. » « C’était le dernier match pour moi. S’il n’y avait pas de quart de finale, c’est un peu difficile émotionnellement. Je n’ai jamais été un joueur qui pensait d’une façon personnelle […] donc je suis fier pour tout le monde. Triste que je n’ai pas pu aider à passer le cap. » « On est une petite nation de hockey. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a beaucoup de choses à regarder. En espérant que peut-être un petit, qui a regardé notre façon de jouer, sera ici dans quelques années dans mes patins à ma place. […] On est venus ici pour aller chercher du respect. Sur aucun de nos matchs je n’ai vu nos joueurs jouer d’une façon où tu ne peux pas respecter l’équipe. »

Alexandre Texier (attaquant – France)

« On ne va pas refaire le match, c’est fini. Avec une belle expérience, on va apprendre. » « C’est excitant. On va prendre le « lead » pour évoluer. On a beaucoup, beaucoup de choses à améliorer, que ce soit en dehors ou sur la glace. Les jeunes ont appris, ils sont motivés à reprendre les troupes à notre façon aussi. » «Pour tous les anciens, tout ce qu’ils ont donné pour nous, c’est respect. Ils nous laissent à nous de prendre le flambeau. On le prend avec fierté. La vie continue, ce n’est pas la fin du monde. Chacun a sa saison. Moi la mienne, je suis excité de retourner là-bas [en club]. » « On a tout donné pour le maillot. C’est touchant. On n’a pas fait le match parfait […] mais on a tout donné pour représenter au mieux notre pays. »

Anthony Rech (attaquant – France) :

« Je pense qu’on était dans le match. Le premier tiers sort à 3-0, ça nous fait un peu mal. […] Dans le deuxième tiers, on a vu qu’on a pris non pas l’ascendant, mais on faisait jeu égal. On s’est donné une chance. Je pense que le premier tiers, on aurait dû mieux le gérer. » « C’est une bonne équipe en face aussi, il faut leur donner du crédit, ils ont des joueurs talentueux. » « C’était une expérience incroyable pour tout le monde, le rêve d’une vie pour beaucoup de gars. C’est sûr qu’on n’a pas gagné un match […], mais il y a beaucoup d’expérience pour les autres qui resteront, qui feront les JO 2030. On a eu deux jeunes gardiens qui ont intégré le groupe. Je pense que ce soir Antoine [le gardien] a fait un super match. On a besoin d’un gardien qui sorte […] maintenant on a besoin d’eux. »

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