Ce dimanche, sur la glace de la Milano Santa Giulia, l’équipe de France conclu sa phase de poules des JO 2026 par un duel de prestige face à l’ogre canadien. Face à une « Dream Team », les hommes de Yorick Treille tenteront de tenir le plus longtemps. L’objectif avoir une différence de buts inférieure à sept. Pourquoi ? Pour terminer onzième et avoir un barrage « plus facile ». Julian Junca est le gardien partant pour les bleus, Jordan Binnington côté Canada. Un match de prestige pour la France.  

Un premier acte intense et électrique

Dès l’engagement, le Canada impose son rythme, étouffant les Bleus dans leur zone défensive. Le duo Stone-MacKinnon se montre immédiatement dangereux, mais le portier français Julian Junca réalise des interventions décisives dès la première minute. Malgré cette pression, la France affiche un visage décomplexé. Après deux minutes de jeu, Thomas Thiry déclenche le premier tir français. Les Bleus, loin d’être crispés, parviennent à construire des séquences offensives intéressantes, notamment par Texier qui offre une belle opportunité à Bertrand à la troisième minute.

L’ouverture du score et la réponse immédiate

La défense française est mise à rude épreuve, d’abord lors d’une pénalité litigieuse infligée à Pierre Crinon (6’12 »). Grâce à un Junca solide et une unité de désavantage numérique disciplinée, la France résiste aux assauts de Crosby et au « tic-tac-toe » initié par Marner. Cependant, le verrou finit par sauter à 8’41 » : sur un lancer de Doughty, Wilson récupère le rebond et ouvre la marque (1-0). La réaction française est instantanée. Seulement treize secondes plus tard (8’54 »), Addamo lance une offensive et Florian Douay, opportuniste au rebond, trompe Binnington pour égaliser (1-1).

Florian Chakiachvili, Flo Douay, Sacha Treille et Thomas Thiry célèbre le but face au Canada JO2026 Milano-Cortina. 15 février 2026. Crédit : Abdelilah Chaoui / Plan de Match

Le réalisme canadien fait la différence

Le match bascule alors dans la folie. Sur un contre éclair mené par Makar et Crosby, Devon Toews ajuste Junca pour redonner l’avantage aux joueurs à la feuille d’érable à 9’33 » (2-1). Si la France rivalise d’efforts et respecte son plan de jeu malgré un déficit de vitesse, elle finit par se faire punir cruellement en fin de période. Alors qu’ils sont en supériorité numérique suite à une faute de Sanheim (18’49 »), les Bleus commettent une erreur à la bleue. Mark Stone s’échappe en contre et bat Junca à seulement quatre secondes de la sirène (19’56 »). Les Bleus paient cher chaque petite erreur. Bien que dominateur, le Canada a été bousculé par l’abnégation française. La France débutera le deuxième tiers avec encore 49 secondes de supériorité numérique.

Le rouleau compresseur canadien en marche

Forts de leur supériorité numérique héritée du premier tiers, les hommes de Yorick Treille entrent sur la glace avec des intentions claires : bousculer la hiérarchie. Le trio Rech-Bertrand multiplie les assauts, cherchant la faille dans le mur Binnington. Malgré une circulation de palet fluide et une réelle volonté de déstabiliser le bloc unifolié, la défense canadienne reste hermétique. C’est même sur une transition offensive que les Bleus frôlent la correctionnelle, sauvés par un repli défensif héroïque de Jordann Perret, revenu « en mode TGV » pour avorter un contre canadien qui s’annonçait léthall.

Passé ce sursaut français, le Canada enclenche la vitesse supérieure. La zone défensive française devient le théâtre d’un siège en règle. À 25’37 », la pression se traduit par une pénalité concédée par Kevin Bozon. Si les Bleus parviennent à tuer ce désavantage numérique, ils ne sortent plus de leur moitié de patinoire.

Julian Junca, impérial, multiplie les arrêts réflexes, notamment un arrêt magistral sur un tir de Brandon Hagel à la 30ème minute. Les poteaux viennent même au secours d’un portier français abandonné par sa relance. À la 32ème minute, Charles Bertrand manque de peu le hold-up en ne parvenant pas à convertir un rebond devant Binnington. Ce sera le dernier espoir tricolore de ce tiers.

L’implosion : 125 secondes fatales

La discipline finit par craquer sous le poids de la fatigue. Yohann Auvitu est sanctionné à 31’54 », offrant au Canada une opportunité trop belle pour être gâchée. En seulement 16 secondes, la sentence tombe : une combinaison « All-Star » entre Crosby et McDavid libère Cale Makar à la bleue, dont le tir foudroyant trompe enfin Junca (4-1, 32’10 »).

Cale Makar tire de la ligne bleue pour marquer le quatrième but canadien. JO 2026. Milano-Cortina. 16 février 2026. Crédit : Abdelilah Chaoui / Plan de Match

La fin de période vire au cauchemar. Alors que la vitesse canadienne asphyxie littéralement la défense, le jeune prodige Celebrini s’amuse dans le trafic et force Chakiachvili à la faute. Le penalty est transformé avec un sang-froid clinique (5-1, 37’16 »). À peine le palet remis en jeu, un nouveau cafouillage à la sortie de zone permet à Mark Stone de servir Sidney Crosby. Le lancer du capitaine canadien, dévié malencontreusement par Dylan Fabre, finit sa course au fond des filets (6-1, 37’35 »).

En moins de six minutes, le Canada a appliqué son tarif habituel, laissant des Bleus physiquement marqués et mentalement éprouvés avant l’ultime période. Acculée, la France rentre aux vestiaires avec un lourd déficit, ayant encaissé trois nouveaux buts dans cet acte médian. L’enjeu du dernier tiers sera désormais de limiter la casse pour préserver le moral avant les matchs de barrage.

e naufrage et l’honneur : la foudre canadienne s’abat sur les Bleus
Un baptême du feu pour Antoine Keller

Le troisième acte s’ouvre sur un choix fort du staff tricolore : Antoine Keller s’installe devant le filet pour succéder à un Julian Junca harassé par quarante minutes de siège. Mais face à l’armada canadienne, le concept de « temps de chauffe » n’existe pas. Il ne faut que 20 secondes au prodige Macklin Celebrini pour orchestrer un contre éclair après une récupération de Wilson. Le disque arrive dans la crosse de Connor McDavid, qui fait étalage de son génie pur : une feinte de corps dévastatrice, un Keller « déshabillé » sur son déplacement, et le score bascule à 7-1 (40’20 »).

Le sursaut du capitaine et la tornade unifoliée

Piqués au vif, les Bleus refusent de sombrer dans l’apathie. Moins d’une minute après le camouflet, Pierre Crinon récupère un palet précieux en zone défensive et lance une transition rapide vers Justin Addamo. Ce dernier temporise intelligemment avant de décaler le capitaine Sacha Treille, dont le lancer limpide vient foudroyer Binnington (7-2, 41’28 »). Ce but, empreint d’abnégation, redonne un court instant le sourire au clan français, mais la machine à broyer canadienne repart de plus belle.

Le Canada, loin de gérer son avance, intensifie son patinage. Cale Makar vient tester la jambière droite de Keller dès la 42ème minute dans un jeu de transition qui ne connaît aucun répit. À la 45ème, l’asphyxie devient totale : un mouvement collectif de haute école entre Bennett et Reinhart finit par isoler Bo Horvat dans l’enclave. Ce dernier ajuste un Keller un peu trop avancé dans sa zone (8-2, 45’14 »). Les Français tentent de répliquer par l’infatigable Jordann Perret, mais sa tentative à la 47ème se heurte à un Binnington toujours vigilant.

Fatigue, frustration et baroud d’honneur

La lucidité s’étiole à mesure que le chronomètre défile. À la 50ème minute, Nathan MacKinnon accélère en zone offensive et sert Brandon Hagel pour le neuvième but canadien (9-2). Ce but scelle plus qu’un score : il condamne la France à la 12ème place de la phase de poule, l’envoyant directement défier la Suisse en barrage.

La tension monte alors d’un cran. Pierre Crinon, coupable d’une charge virulente sur MacKinnon, est envoyé au banc des pénalités. Le « Power Play » canadien est une exécution chirurgicale : Celebrini, encore lui, nettoie la lucarne gauche de Keller pour franchir la barre symbolique des dix buts (10-2, 51’47 »). L’atmosphère devient électrique et finit par exploser à la 53ème minute lorsque Crinon et Wilson règlent leurs comptes derrière le but français. Une bagarre générale éclate, entraînant l’exclusion définitive des deux joueurs. Le défenseur tricolore quitte la glace sous une bronca assourdissante.

La fin de match, hachée par les pénalités de MacKinnon et Makar, ne permet pas aux Bleus de réduire l’écart, leur supériorité numérique manquant de tranchant face à des Canadiens toujours menaçants en infériorité. La France s’incline lourdement, mais l’essentiel est ailleurs : il faudra panser les plaies physiques et morales avant le choc décisif de mardi contre la Suisse, le « vrai » match qui hante déjà les esprits du staff.

Zone mixte :

Yorick Treille (coach – France) 

 « Ouais, il y a énormément, énormément d’apprentissage. C’est… c’est tellement un privilège de jouer ces gars-là. Euh… C’est une grosse, grosse machine. Euh… Les gars se sont battus, mais il y a de la marge pour gommer quand même quelques buts. Les erreurs… certaines erreurs vont arriver, mais il y a certaines, certaines choses qu’on essaie de mettre en place qu’on n’a… qu’on n’a pas encore réussi.

Il faut tirer ces leçons pour ce prochain match, qui est le dernier match. C’est pour ce match-là qu’on est venu aussi, avec une chance sur 60 minutes d’accéder aux quarts. Et à travers ces trois premiers matchs de poule, on savait que ça allait monter crescendo, avec trois adversaires qui sont de grande qualité, et puis un dernier ce soir qui est… c’était une leçon de hockey. C’est tellement rare d’avoir la chance de pouvoir jouer contre ces gars-là. On voulait profiter, on voulait tout donner.

Je pense qu’on a encore la capacité à encore mieux rentrer dans ces matchs et être plus disciplinés à l’intérieur de notre système. De mon côté, il y a eu beaucoup de frustration après ce premier tiers. Euh voilà. Ensuite, on s’est battu jusqu’au bout. Euh, c’est un gros test mental, on savait que c’était une grosse épreuve. Maintenant, ici, il faut vite le mettre derrière [nous]. On n’a pas le temps d’avoir la tête basse et c’est les Jeux Olympiques. Il y a… ce pourquoi on est venu, c’est devant nous. On va y aller comme ça, vite analyser et tirer les enseignements pour se préparer sur ce dernier match, peu importe l’adversaire. »

« Pour moi, il y a encore un gros manque de discipline. Je pensais qu’aujourd’hui on arriverait à en amener un peu plus. Quand je dis discipline, c’est dans le système : c’est reconnaître les moments quand on change, reconnaître les moments qu’on doit, voilà, avoir la couverture défensive. Il… pour moi, on… je m’attendais à ce qu’on soit meilleurs ce soir. C’est décevant. Par contre, les gars, évidemment, ils n’ont pas lâché, ils ont tout donné et ils vont continuer à le faire, ça, il n’y a aucun doute. Donc, pas le temps de… de se plaindre de quoi que ce soit. C’est ça la mentalité, c’est grosse récup’. C’est… en termes d’énergie, on est forcé d’être dans le rouge. Vous avez vu la vitesse à laquelle ça va ? Le moindre petit pas, les duels sont durs. Je pense que nos cerveaux maintenant, collectivement, sont habitués à ce rythme. Et maintenant, il va falloir, on espère, tout mettre de bout en bout pour une grosse performance dans deux jours. »

Jules Boscq (defenseur – France) :

« Non honnêtement, je me suis préparé comme un match normal. C’est vrai que c’est une grosse équipe, c’est les meilleurs joueurs du monde, mais j’essaie de me préparer, voilà, comme si c’était un match normal. Sans peur. Honnêtement, on avait rien à perdre, donc j’ai juste tout donné. Je pense que là, aujourd’hui, j’ai aucun regret. J’ai fait quelques petites erreurs mais voilà, il faut juste les gommer pour le prochain match. »

« C’est rapide. Et puis ça joue en une touche, ils arrivent à tous se trouver sans se regarder limite. On a l’impression qu’ils jouent ensemble depuis 20 ans. Mais voilà, c’est une équipe avec les meilleurs joueurs du monde et puis ouais c’était un gros match, une grosse équipe ouais. »

Anthony Rech (attaquant – France) : Je suis venu avoir ton avis sur ce match. T’as pas mis le doublé qu’on avait dit qu’on avait prévu ensemble mais…

« Je pense que le premier tiers on a bien démarré. Le troisième but, euh… juste à la fin du tiers fait un petit peu mal. Voilà, après euh… c’est… on a fait des erreurs, on a fait des turnovers [pertes de palets], mais… mais la pression qu’ils nous ont mis euh… Voilà, je pense que c’est la plus grande équipe du Canada récente. Donc euh… Ouais je pense que Julian a fait un bon match, a sorti les arrêts. On n’est pas chanceux sur le 5e but. »

« On en a mis deux quand même ! »

« Ouais, ouais, non non, c’est sûr. Après, voilà, on essaie… on a essayé de jouer à fond. On a essayé de, voilà, de donner ce qu’on avait à donner. Et voilà, on est focus sur le 4e match depuis euh… voilà. C’était sûr, on… voilà on voulait se mettre en jambes, se mettre en place. Il y a des choses encore à régler, c’est sûr, mais voilà, on veut que ça soit prêt pour le 4e match. Tout dépendra de l’équipe. »

Nick Suzuki (attaquant – Canada) :  « …Ouais je ne connais pas… je ne connais pas l’étendue exacte des règles mais, tu sais, les deux gars se sont un peu accrochés là-bas et… quelques gants sont tombés, donc je ne suis pas vraiment trop sûr de ce qui s’est passé. »

(Journaliste) : Est-ce que c’est un match difficile à jouer ?

 « Pas vraiment. Je pense que, tu sais, dans ces tournois, chaque match est tellement important pour construire son jeu et se sentir plus à l’aise en tant que groupe. On voulait juste aller là-bas et jouer de la bonne manière, faire les bonnes choses. Et, pour la plupart, je pense que notre équipe a fait ça et je pense que… ouais, on a juste gardé le pied sur l’accélérateur toute la soirée. »

(Journaliste) : À quel point Celebrini est bon ?

 « Ouais, je veux dire, il est impressionnant à regarder et juste… énormément de sang-froid et… euh… tu sais, il fait des choses incroyables quand le palet est sur sa crosse,  il a fait de grosses actions pour nous. »

(Journaliste) : quand vous faites les échauffements, vous allez sur la glace après l’autre équipe les deux derniers matchs.

 « Ouais, je pense qu’ils nous donnent 20 minutes [de temps global], mais nous on est habitués à 16 minutes dans la LNH, donc on le garde comme ça. »

(Journaliste) : Ok. Est-ce que c’est une chose décidée par les joueurs ou…?

 « Je pense que oui. Je ne sais pas. Notre staff nous dit juste quand y aller. Je ne sais pas si ça a été décidé par quelqu’un d’autre, mais c’est le même temps qu’on a dans la LNH d’habitude, donc… »

 

Jon Cooper (coach – Canada) –

Sur Wilson qui défend Mac Kinnon :

 « Eh bien, je pense que c’est une grande partie de ce que nous sommes. Et ce que cette équipe, nous… nous avons rassemblée. Euh… parce que ces gars traverseraient un mur les uns pour les autres. C’est… c’est sympa à voir et, tu sais… écoute, je pense qu’on est habitués à bien plus que ça qui se produit. Euh, donc c’était assez inoffensif dans le grand ordre des choses, mais ça… euh… c’est Willy [Wilson]. Willy est bien plus que ça. Je pense que c’est un sacré joueur de hockey et… exceptionnel dans le vestiaire. Donc… euh… défendre ses coéquipiers, c’est… c’est facile pour lui. »

(Journaliste) : Et la performance de l’équipe dans l’ensemble ? Pas un match facile à jouer parfois contre…

« Ouais, c’est… euh… tu dois les jouer, n’est-ce pas ? Et euh… c’est… tu sais, pour moi, ce n’était pas à propos de, parler à l’équipe, ça n’avait rien à voir avec où on allait finir, ce qu’on allait faire, combien de buts on allait marquer. C’était à propos de : est-ce qu’on s’améliore en tant qu’équipe ? Et le… et tout le truc tournait autour de comment on joue sans le palet. Je me fiche du reste. Tu veux gagner ce tournoi ? T’as intérêt à commencer à… t’as intérêt à ne concéder qu’un ou deux buts par match. Tout ce qui est au-dessus de ça, le match est en danger. Et donc c’était comme ça pour moi et, tu sais, pour la plupart dans ce tournoi, on a… on a fait du plutôt bon boulot. Donc… euh… c’est comme ça que je note. J’essaie d’éviter le match de qualification. On a fait ça. Maintenant voyons juste où les choses tombent. On va aller jouer… tu sais, au hockey où… tu dois gagner ou survivre et avancer. »

(Journaliste) – Je pense que c’était la première fois que ce groupe était ensemble depuis un an, parce que les quatre matchs qu’on a joués…

« Je ne sais pas. Je pense que c’était le premier match que ce groupe a passé ensemble dans la dernière année, parce que les quatre matchs qu’on a joués, c’était vraiment sans… comment dire… sans côté « marche ou crève ». C’était… si on avait perdu le match, on avançait quand même, on allait quand même être dans le coup. Donc… euh… ce groupe n’a jamais vraiment ressenti ce genre de match avant. Et j’ai juste… comme je l’ai dit, je ne voulais pas que celui-ci nous glisse entre les doigts, ça n’a pas été le cas. Et maintenant on est prêts à, tu sais, à jouer ces matchs qu’on… qu’on doit gagner pour avancer. »

(Journaliste) : Question sur Pierre-Edouard Bellemare…

 « Oh mon dieu. L’un de mes préférés. Euh… C’est un rêve devenu réalité pour lui. On en a parlé… comment… quel âge il a ? 41 ans maintenant ? [Blague sur l’air mature de Celebrini]. Et il gagne toujours chaque foutue mise au jeu. Ça m’a juste énervé. Et euh… mais un gars avec du cœur et de l’âme, toujours dans une forme impeccable… qui suit le rythme de… Je veux dire, Celebrini a moins de la moitié de son âge. C’est incroyable. Qu’ils soient sur la même glace ensemble. Et hommage à… Bellemare. C’est la grande classe ce gars et… tellement excité qu’il ait pu jouer les Jeux Olympiques. »

 

Feuille de Match