Les Rapaces de Gap contrairement à la saison passée ont un début de saison catastrophique. Après neuf matchs, les hommes d’Eric Blais sont derniers de ligue Magnus avec seulement sept points au compteur. Malgré ce début de saison compliqué, Eric Blais a répondu à nos questions.
Plan de match : Eric Blais, ce début de saison compliqué montre que notre championnat devient plus dense ?
Eric BLAIS : Bonjour. Oui, on est dans un championnat extrêmement dense. On pouvait imaginer ce scénario dès le début de la saison et ça s’est confirmé dès les premiers matchs avec Rouen qui est très au-dessus de tout le monde pour le moment. Derrière, beaucoup d’équipes ont progressé, ont densifié leur contingent. C’est un début de championnat très intéressant.
Plan de match : Les Rapaces ont connu un début de saison compliqué ?
Eric BLAIS : Oui, c’est très compliqué. Ce n’est clairement pas là où on veut être. On est pourtant là où on est parce qu’on ne fait pas ce qu’il faut sur la glace, dans l’implication, dans l’agressivité et la vitesse. On a de la difficulté à jouer en équipe, tout simplement, depuis le début.
Plan de match : Après le match de préparation face à Grenoble, vous aviez parlé de préparation différente cette saison…
EB : C’est ça et je le prends pour moi ! Cette année, j’ai décidé d’axer davantage le travail sur l’aspect collectif. On n’a pas mis pour autant de côté le travail physique sur et en dehors de la glace mais on a passé du temps collectivement parce que cela faisait 5 mois qu’on n’avait pas joué et je trouvais nécessaire de retrouver nos repères sur la glace tous ensemble. En parallèle, il y avait bien un travail physique. C’est la première fois que je fais ça mais de là à dire que ça n’a pas fonctionné, en partie oui. On a aussi connu des problèmes dans le recrutement. Il a fallu aussi ajuster rapidement le line up. Tout ça crée forcément de la confusion dans le groupe, ça en a sûrement déstabilisé certains. En conséquence, ce qui est d’habitude notre force, le collectif, il a du mal à trouver ses repères et à travailler en équipe à chaque départ de match.
Plan de match : J’ai l’impression que si c’était à refaire, vous ne le referiez pas..
EB : Si c’était à refaire, je le referais différemment. Tout ce qui n’a pas été fait pendant la préparation, on met le focus en ce moment. On sort de grosses journées d’entraînement, entre avant-hier et hier [lundi 9 et mardi 10 octobre, ndlr]. On a besoin de retrouver nos valeurs et notre identité de jeu. A la fin du match contre Grenoble (perdu 7-1), je me suis senti vraiment humilié. Que les gars soient déçus, c’est une chose, mais être humilié est encore pire que tout. C’est ne pas exister pendant 60 minutes et, contre Grenoble, c’est juste pas acceptable !
Plan de match : Qu’est-ce qui a changé dans l’équipe, hormis des joueurs d’une saison à l’autre ?
EB : Pas grand-chose n’a changé. En fin de saison dernière, Rohat, Oprandi et moi nous sommes concertés et hormis, les nouvelles recrues que sont Lagarde et Cirdelli, on ne s’est pas trompés dans le recrutement. On a ciblé des joueurs qui allaient nous apporter une plus-value, non pas au niveau des stats mais du caractère. Il nous manquait un peu de caractère et du gabarit. C’est ce qu’on est allés chercher. Il nous a fallu réajuster en allant chercher 2 joueurs supplémentaires qui apportent de la qualité. Il était important qu’on ait ces 2 joueurs-là (Vartiainen et Sislannikovs). A présent, l’équipe est suffisamment armée pour se mêler à la lutte contre les équipes de notre niveau. Désormais, il va falloir mettre tous les ingrédients au même moment, entrer dans le match, travailler ensemble tout au long d’un match.
Plan de match : Vous avez parlé des difficultés de recrutement. A quoi est-ce lié ?
EB : C’est toujours la même chose. On en revient à l’argent. C’est toujours plus facile d’avoir une enveloppe qui permet d’aller chercher une qualité de joueurs. Avec une enveloppe réduite, on doit tenter des paris et, forcément, on ne gagne pas tout le temps. Si on avait eu le line up actuel dès le départ, c’est-à-dire dès la préparation, peut-être qu’on n’en serait pas là. Tout le processus de cohésion, de travail en équipe aurait été réalisé bien avant, indépendamment du travail réalisé en avant-saison.
Il faut continuer à avancer. Ainsi, depuis lundi, j’ai rencontré chaque joueur individuellement. C’est un recadrage clair ! Il en est ressorti plein de bonnes choses de ces entretiens. Je vais en faire la synthèse aujourd’hui et la leur restituer demain matin (ce matin). On va poser les choses. Quand on enfile le maillot des Rapaces, ça a une valeur, une importance. On est peut-être moins armés que les autres, un budget inférieur, mais ça ne doit pas être une excuse. Ça doit constituer une motivation pour réussir années après années, et retrouver cette identité de jeu très rapidement.
Plan de match : Qu’en est-il de votre objectif simple de qualification pour les playoffs ?
EB : C’est encore la même chose cette année ! Le niveau de la ligue a encore progressé, mais pas notre budget. Chaque année, il faut trouver un moyen de rester compétitif en ayant un budget qui reste à l’équilibre pour pas que le club en pâtisse. On doit donc tous en montrer plus, s’impliquer davantage, moi le premier ! C’est un challenge plaisant pour moi, pour les gars qui doivent se montrer contents d’être là. On n’est pas loin de la vérité mais ça ne suffit pas encore car il nous manque des petits détails et de l’implication que chacun doit mettre dans un match avec ou sans le palet. Tant qu’on ne parviendra pas à élever notre niveau de compétitivité individuellement, le collectif en souffrira. Un trio pourra se distinguer alors que 2 autres passeront au travers. Ça ne peut pas marcher, Gap c’est 4 blocs et on essaie d’être intenses sur chaque bloc. Il n’y en a pas un plus défensif que les autres. Tout le monde doit prendre sa part de responsabilité, sa part de travail dans l’équipe. C’est ce qui nous manque encore à l’heure actuelle.
Plan de match : Vous parliez de 4 blocs, en ce moment on joue plutôt à 3…
EB : C’est depuis le début de la saison comme ça. Je suis quand même satisfait car, même si les gens ne le voient pas, on intègre pas mal de jeunes. De plus, en n’étant plus associés avec Marseille, on savait très bien qu’on n’aurait pas la même maturité de joueurs qu’on mettrait en responsabilité. Ce sont de très jeunes joueurs et c’est une très belle expérience pour eux. Ils donnent leur maximum ! Je garde l’image du match à Grenoble qui est un naufrage collectif. Pourtant, les Nathan Cal, Chauvin, Escallier et Chauvel ont tiré leur épingle du jeu et ont aussi été très positifs. Sur le banc ce sont eux qui motivaient leurs coéquipiers… Pour moi, ça a beaucoup de valeur et pour le club aussi de pouvoir compter sur ces jeunes-là. Certes, ce ne sont pas encore des joueurs capables de s’installer durablement en Magnus, mais ils sont au quotidien avec nous, ils travaillent très fort. Ça ne suffit pas d’avoir ces jeunes qui travaillent, il faut que les autres travaillent aussi !
Plan de match : L’équipe de France U20…
EB : On est en stage en novembre. Le coach a changé, la philosophie de jeu reste la même puisque c’est défini par Philippe Bozon au départ. Il y a un schéma de jeu que chacun doit respecter. Que ce soit à Gap ou avec les U20, je mets les mêmes ingrédients. La mayonnaise a pris très vite avec ces jeunes. On a fait un très beau tournoi cet été à Karlstadt et on a hâte de tous se retrouver pour continuer l’aventure et préparer au mieux le prochain mondial à Budapest.
Ce n’est pas plus de travail, c’est une organisation du travail qui ne prend pas plus de temps et n’empiète pas sur mon travail à Gap. C’est une organisation et je la vis très bien. Il n’y a pas de débat entre mes deux casquettes de coach U20 et des Rapaces. Je ne fais pas le travail moins bien, je ne passe pas moins de temps à Gap.