Après la douche froide inaugurale face à l’Italie et les promesses non récompensées face au Japon, l’équipe de France féminine continue son chemin olympique face à l’équipe qui est probablement la plus forte de son groupe : la Suède. Entre la nécessité de confirmer les progrès tactiques entrevus quarante-huit heures plus tôt et l’obligation de résister à la puissance physique des Damkronorna, les Bleues jouent bien plus qu’un simple match de classement à la Milano Rho Arena. Face à la 6e nation mondiale, les joueuses de Grégory Tarlé vont-elles réussir à transformer leurs espoirs en exploit ?

Le rouleau compresseur suédois étouffe les Bleues d’entrée

Dès le coup d’envoi à la Rho Arena, les Bleues affichent un visage conquérant. L’intensité est montée d’un cran par rapport aux duels face à l’Italie et au Japon. Chloé Aurard allume la première mèche avec un rush solitaire, mais son tir, trop excentré, ne surprend pas Emma Söderberg.

Le ton physique est donné, mais l’arbitrage s’invite rapidement dans les débats. Alors que Hall charge violemment Sophie Leclerc contre la bande, les officiels restent de marbre. Un non-coup de sifflet frustrant pour le clan tricolore, d’autant que la pression scandinave commence à s’intensifier autour du filet d’Alice Philbert.

Le réalisme froid de la « Damkronorna »

La résistance française craque à la 4e minute sur une erreur fatale. Une mauvaise relance de Sehana Galbrun dans l’axe profite immédiatement à Hannah Olsson. Le palet circule vite : Svensson décale Thea Johansson dont le lancer, dévié par Philbert, termine sa course en lobe malheureux dans le filet français (1-0, 3’39’’).

L’indiscipline vient alors compliquer la tâche des Bleues. Margot Huot-Marchand est envoyée en prison pour avoir trébuché (6’19’’). L’avantage numérique suédois est une machine bien huilée : après un palet reçu en plein casque par Hjalmarsson, cette dernière récupère ses esprits et le rebond du tir d’Olsson pour doubler la mise (2-0, 7’08’’, PPG).

Anaïs Peyne-Dingival tente d’arrêter Sara Hjalmarsson. France vs Suède. 8 février 2026. JO Milano-Cortina. Crédit : Plan de Match / Abdelilah Chaoui.

Un gouffre physique et technique

À mi-période, un sursaut tricolore fait passer un frisson dans la défense jaune et bleue. Estelle Duvin et Clara Rozier combinent superbement, mais le tir de Rozier depuis l’enclave est bloqué par un sacrifice défensif adverse. C’est pourtant la Suède qui continue de dicter le tempo. Trop rapides, trop puissantes, les Scandinaves enfoncent le clou : après un travail de sape de Lisa Johansson, Hannah Tuvik hérite du disque et nettoie la lucarne droite de Philbert d’un tir chirurgical (3-0, 13’14’’).

Le constat des chiffres

Malgré une tentative de réaction signée Clémence Boudin et une pénalité tuée avec solidarité en fin de tiers (encore Huot-Marchand pour charge illégale), le constat à la pause est sans appel. Dominées physiquement, les Françaises sont acculées : 19 tirs à 3 en faveur de la Suède. Le score est lourd, mais logique. Pour les Bleues, l’enjeu des quarante prochaines minutes sera de fermer les vannes et de retrouver de la vitesse pour éviter que ce sommet olympique ne vire à la correction.

La révolte tricolore se heurte au réalisme suédois

On espérait un sursaut, on a eu un coup de poignard. Dès le retour des vestiaires, Estelle Duvin tente de sonner la charge mais manque le cadre. La sanction est immédiate : sur la contre-attaque, la Suède déploie son jeu de transition avec une fluidité déconcertante. Sara Hjalmarsson lance Hannah Thuvik qui sert parfaitement Lisa Johansson. Son lancer glisse sous les jambières d’Alice Philbert, scellant le break dès les premières secondes de la reprise (4-0, 20’56’’).

Alice Philbert face à Thea Johansson. Lucie Quarto et Jade Barbirati en support. Jo 2026, Milano-Cortina. 8 février 2026. Crédit : Plan de Match / Abdelilah Chaoui.

La solidarité face à la provocation

Le match change alors de physionomie. Les Suédoises, conscientes de leur avance, cherchent à faire dégoupiller les Françaises par des provocations répétées devant le filet. La capitaine Lore Baudrit finit par céder à l’agacement et écope d’une mineure pour dureté (25’39’’). C’est ici que le match aurait pu sombrer, mais le bloc défensif tricolore a montré une solidarité admirable. En infériorité numérique, les Bleues ne rompent pas, coupent les lignes de passes et protègent leur enclave avec acharnement. Ce « penalty kill » réussi agit comme un déclic.

Une France libérée, mais maudite

La suite du tiers est sans doute la séquence la plus intéressante des joueuses de Grégory Tarlé depuis le début du match. Libérées de la pression du score, les Bleues gagnent enfin leurs duels. La ligne Rozier-Duvin-Huot-Marchand multiplie les incursions, mais se heurte systématiquement à une défensive scandinave impériale.

En fin de période, l’intensité monte encore d’un cran, Le Scodan, Barbirati et Aurard enchaînent deux séquences de pression intense, forçant Emma Söderberg à plusieurs arrêts de grande classe. Le duel Aurard-Hall finit en explication de texte derrière le but : les deux joueuses sont envoyées au banc des pénalités pour dureté. Sur le jeu qui suit, le sort s’acharne : après un engagement gagné par Duvin, Clémence Boudin décoche un tir puissant qui vient mourir sur le poteau suédois.

Le bilan à 20 minutes du terme

Si la Suède mène toujours largement (4-0), la physionomie de ce tiers-temps est bien différente de la démonstration de force initiale. Les Françaises ont prouvé qu’elles pouvaient regarder les « Jaunes et Bleues » dans les yeux en termes d’intensité et d’agressivité. Il ne manque désormais plus qu’un petit brin de réussite pour débloquer le compteur et sauver l’honneur dans l’ultime période.

Des Bleues décomplexées

Le début du troisième tiers voit la Suède lever légèrement le pied, gérant son avance avec sérénité. Ce relâchement scandinave offre des espaces aux joueuses de Grégory Tarlé. Mieux regroupées défensivement lors des accélérations adverses, les Françaises parviennent enfin à construire. À la 45e minute, Peyne Dingival, après un bel échange avec Julia Mesplèdes, tente le tour de la cage pour surprendre la gardienne suédoise, mais Söderberg ferme la porte avec autorité. C’est le symbole d’une soirée où le filet adverse semblait frappé d’une malédiction.

Pour une fois, l’arbitrage finit par sévir côté suédois : la capitaine Anna Kjellbin est envoyée en prison pour dureté (45’50’’). Les Bleues, qui s’étaient montrées efficaces en power-play lors des matchs précédents, peinent cette fois à s’installer. La capitaine Lore Baudrit, depuis le haut de l’enclave, voit son lancer une nouvelle fois stoppé. Quelques instants plus tard, Estelle Duvin sert magnifiquement Barbirati en « back-door », mais cette dernière manque sa reprise. Les intentions sont là, mais le geste final fait défaut. La Suède écoule sa pénalité sans dommage.

Piquées par ces velléités françaises, les « Damkronorna » remettent un coup d’accélérateur en fin de rencontre. Mais face à elles, Alice Philbert reste impériale, multipliant les arrêts pour éviter que l’addition ne devienne trop lourde. La gardienne tricolore aura été, une fois de plus, l’un des piliers de cette équipe. En fin de période, Clara Rozier est envoyée sur le banc des pénalités pour faire trébucher à (54’54 »). Une nouvelle fois la Suède s’installe rapidement en zone offensive mais nos bleues sont solides et arrivent à écouler la pénalité. Elles sont acculées mais elles ne plient pas. Alice Philbert reste une nouvelle fois solide sur sa ligne. A la fin de sa pénalité, Clara Rozier part en rush et manque le cadre.

Elle est poussée par Mira Jungaker qui est envoyée au banc des pénalités pour obstruction. Grégory Tarlé en profite pour demander un temps-mort. Malheureusement cela ne donnera rien pour nos bleues.

Alice Philbert face bien entourée en fin de match durant un PK. JO 2026, Milano-Cortina. France vs Suède, 8 février 2026. Crédit Plan de Match / Abdelilah Chaoui.

Au coup de sifflet final, le tableau d’affichage indique 4-0. La défaite est mathématique, mais le visage montré par la France après un premier tiers catastrophique (0-3) laisse entrevoir des motifs de satisfaction. Les Bleues ont mis du cœur à l’ouvrage et auraient mérité, au vu de leur deuxième et troisième périodes, de sauver l’honneur. Si la frustration vis-à-vis de l’arbitrage est palpable — avec plusieurs charges suédoises non sanctionnées en début de match — c’est surtout l’intensité, la vitesse et le réalisme qui a fait la différence ce soir. Désormais, dernier match des jeux olympiques pour nos bleues demain face à l’Allemagne. Un dernier baroud d’honneur.

 

 

Zone mixte (à venir) :

Léa Villiot (arrière – France) :

L’entame de match a été un peu compliquée, on prend 3 buts, mais après on est resté solide, je pense qu’on peut les regarder droit dans les yeux à la fin du match parce qu’on a été solide dans les duels, on les a embêtés quand même, puis on a eu quand même pas mal d’occasion. Trois défaites, mais en dehors de ça, c’est une expérience extraordinaire. On est dans un cadre, c’est incroyable, on a fait la cérémonie d’ouverture, 3 matchs de haut niveau, donc on prend quand même du plaisir. Là on va faire récup et puis on va se tourner sur l’Allemagne et on va essayer d’aller chercher notre première victoire aux JO

Estelle Duvin (attaquante – France) : 

Oui, c’est sûr qu’il y a un peu de frustration de l’arbitrage. Ça a quand même fini par siffler à la fin, mais le match ne se joue pas sur l’arbitrage non plus. C’est sûr qu’on est frustrées de sortir avec une troisième défaite. L’entame a été compliquée, mais je pense qu’en tout cas, on s’est battu jusqu’à la fin. On a quand même pu prouver que même si on se faisait dominer, on était quand même capable de rivaliser avec des nations comme ça. Mais il faut jouer comme ça 60 minutes.

C’est vrai que je me suis aussi sentie mieux. Je pense qu’on commence à connaître ce que c’est un match aux Jeux olympiques, l’ambiance, l’enjeu. Je pense que j’étais un peu plus libérée. De toute façon, on sait qu’on n’a rien à perdre. La journée hier de repos, voir la famille aussi, ça a fait du bien de couper pour mieux repartir. Là, à chaud, c’est dur de savoir. Je pense que le Japon, c’était un match complètement différent. Est-ce qu’on a eu besoin d’un ajustement ? La Suède, ça joue beaucoup plus physique, c’est des beaucoup plus gros gabarits. Est-ce que ça nous a pris un peu plus de temps ? Peut-être qu’il faudrait analyser aussi les vidéos, parce que je n’ai pas l’impression qu’on ait fait une mauvaise entame. Elles sont en réussite, ça se joue sur des détails devant la cage. C’est dur à dire.

Malheureusement, on en prend deux assez rapidement qui nous mettent un coup sur la tête. Comme je l’ai dit, je suis fière de ce que l’équipe a montré jusqu’à la fin. Comme c’est un match physique, je pense que la Suède a l’habitude d’imposer son rythme et de jouer physique. Mais quand on répond, elles n’aiment pas forcément. Ça s’est un peu frustré des deux côtés. C’est sûr que ça a parlé un peu, ça s’est battu un peu devant la cage, mais ce sont des matchs qui font du bien aussi. On montre aussi que notre équipe a du caractère et que malgré le score, on va passer se laisser faire. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on a trois défaites et qu’il nous reste un match. On va se battre pour aller chercher cette première victoire historique aux Jeux olympiques.

Grégory Tarlé (coach – France) : 

Je pense qu’on est sur notre lignée du Japon, on fait de bonnes périodes. Certes, au début du match, j’aime pas trop dire ça, mais j’ai l’impression qu’on prend quand même deux buts malchanceux. Après, on ressort bien et on est quand même satisfait de la manière surtout dont on a joué, l’état d’esprit avec lequel on a joué, parce qu’on sait très bien que sur des nations comme ça, qui gardent le palet et qui ont une profondeur de banc un peu plus importante que nous, c’est difficile de maintenir le tempo, mais au-delà de ça, j’ai trouvé vraiment défensivement qu’il y a des très très bonnes choses à retenir et c’est pour ça que je dis qu’il y a une continuité par rapport au Japon et on sait aussi que contre l’Allemagne, ça sera ce genre de défi physique.

Après, c’est aussi un adversaire qui a des qualités techniques individuelles au-dessus des deux autres, je pense, de manière globale dans l’équipe. Il nous a peut-être fallu quelques minutes pour nous adapter, c’est certain, mais je pense que les points sur lesquels on a insisté, sur le bien-être à l’extérieur, récupérer les rebonds, c’est pour ça que je dis, à l’image du Japon, c’est très très bon et il faut le garder pour demain parce qu’on a encore une chance. Après on verra certainement s’il y a une égalité à trois, mais on est prêts, on s’est préparés à jouer quatre matchs en cinq jours, donc on sera prêts demain.

(frustration / arbitrage) – On se le dit déjà entre nous, de rester dedans. C’est dommage parce que jusqu’à maintenant, je trouve qu’on avait été arbitrés comme toutes les autres équipes et là on a un peu le sentiment d’être arbitrés comme une petite équipe. Est-ce que c’est ça qui fait tourner le match ? Je ne pense pas non plus, mais c’est juste que ça nous enlève des munitions. 

On est revenu sur des points qui nous semblaient importants, on veut être agressif avec nos ailières et puis aussi quand il y a les palets qui sont renvoyés par la gardienne dans les coins, on veut que nos ailières récupèrent les palets et puis je pense que ça, c’était quelque chose de vraiment un point important de progression entre le premier et le deuxième tiers et on fait un deuxième tiers très intéressant de ce point de vue-là. Donc voilà, on est très honnêtement intervenu sur ce point précis. Sur le banc, on a senti ça, on a senti les joueuses motivées pour répondre à ce défi physique. J’espère qu’à l’extérieur aussi. Et puis on voulait surtout se faire respecter et je pense que ça, c’est important sur les deux cages, se faire respecter devant notre cage et se faire respecter aussi devant la leur pour aller créer du doute. 

Je pense que ça se rapproche en termes de défis physiques, en termes de densité physique. Ce sera certainement moins fort techniquement, mais il y a quand même quelques joueuses qu’il faut surveiller. On a un peu moins de 24 heures, mais on va quand même utiliser ce temps-là et je vous assure qu’on sera prêts pour demain.

 

Feuille de match