Les bleues jouent leur dernier match de poule face à l’Allemagne. Le match qui peut tout changer, une victoire avec un écart conséquent pourrait leur permettre de croire aux quarts de finale. Ce qu’elles souhaitent, remporter leur premier match aux jeux olympiques pour l’histoire.

Dès l’entame de la rencontre, les consignes du staff français sont claires : laisser le palet aux joueuses d’outre-Rhin pour mieux imposer un défi physique intense. Si cette stratégie semble porter ses fruits à la 4’04’’, lorsque Clara Rozier provoque la faute de Hark (trébucher), l’avantage numérique qui suit s’avère stérile. Les Françaises peinent à s’installer en zone offensive et, pire encore, se font punir à leur tour à 4’50’’ quand Rozier est envoyée en prison pour un accrochage sur Welcke.

En infériorité numérique, la France s’en remet alors à son dernier rempart. Alice Philbert multiplie les interventions décisives, neutralisant tour à tour les tentatives de Strobel à la bleue, puis de Schaffrath et Kluge. Les minutes défilent et le siège allemand s’intensifie. À la 9ème minute, Welcke tente de contourner le filet pour surprendre la vigilance française, mais Lore Baudrit et la « cerbère » tricolore parviennent à fermer la porte de justesse.

Welcke contourne le filet pour surprendre Philbert. Baudrit veille au grain. JO-Milano-Cortina 2026. 9 février 2026. Crédit : Plan de Match / Abdelilah Chaoui

L’indiscipline tricolore devient cependant un fardeau trop lourd à porter. Léa Villiot (10’30’’) puis Chloé Aurard Bushee sont successivement chassées, forçant le bloc défensif à s’épuiser. Si le « penalty-kill » résiste héroïquement aux assauts de Feldmeier et Hadrascheck, une ultime faute de Clara Rozier à 1’15’’ de la pause sera celle de trop. À seulement 34 secondes du terme, l’Allemagne trouve enfin la faille : Kluge, idéalement placée en haut du cercle droit, ajuste Philbert d’un tir chirurgical côté mitaine.

Le bilan statistique à la pause est sans appel : avec seulement 2 tirs cadrés contre 12 pour l’Allemagne, les Bleues sont restées sevrées de palet. Pour espérer renverser la vapeur dans cette quête olympique, les 40 prochaines minutes devront impérativement rimer avec discipline et audace offensive.

Les Bleues font le dos rond, le suspense reste entier

L’entame de cette seconde période ressemble à la première : les Allemandes monopolisent le disque. Il faut attendre la 25ème minute pour voir une lueur d’espoir côté tricolore, lorsque Strobel est envoyée en prison pour avoir fait trébucher. Si l’unité spéciale française peine cruellement à poser son jeu durant la majorité de la supériorité, la fin de séquence offre enfin des combinaisons intéressantes, portées par l’activité de Chloé Aurard-Bushee. Malheureusement, le verrou allemand tient bon.

Peu après, c’est l’alignement Barbirati – Le Scodan – Mesplèdes qui s’illustre. Bien en jambes, les trois attaquantes parviennent à construire une belle phase de jeu conclue par un lancer de Le Scodan depuis le haut des cercles. Le palet fuit cependant le cadre. Malgré ce léger mieux dans le jeu, les Bleues restent fébriles lors de leurs sorties de zone. À la 29ème minute, un face-off perdu en zone offensive se transforme en cauchemar : Lucie Quarto est prise de vitesse par Feldmeier qui s’échappe seule face à Philbert. La chance sourit aux Françaises : le tir de l’attaquante allemande rase la lucarne gauche.

Manon le Scodan, face à l’Allemagne. 9 février 2026. JO, Milano-Cortina 2026. Crédit : Plan de Match / Abdelilah Chaoui.

Le jeu de transition reste le point faible des joueuses de l’Hexagone. Les premières relances manquées offrent trop souvent des « deuxièmes chances » à une équipe d’outre-Rhin qui n’en demande pas tant pour assiéger le but d’Alice Philbert. Le match gagne également en intensité physique. À la mi-match, Schaffrath vient percuter violemment Clara Rozier en zone neutre, un choc qui aurait pu (ou dû) être sanctionné par le corps arbitral. En fin de tiers, la tension monte d’un cran devant le filet français. Halder et Feldmeier viennent jouer les provocatrices dans l’enclave, mais la garde rapprochée des Bleues ne recule pas, protégeant son emblématique cerbère jusqu’à la sirène.

Les deux équipes regagnent les vestiaires sur ce score de 1-0. Si les Françaises subissent globalement moins que lors du premier acte, le nombre de tirs concédés reste inquiétant. La France est toujours dans le match, mais elle devra trouver le moyen de briser le rideau défensif allemand tout en maintenant cette rigueur défensive. Tout se jouera dans les 20 dernières minutes de cette bataille olympique.

Un point historique malgré l’élimination

Dès le retour des vestiaires, le visage de l’équipe de France change radicalement. Plus agressives et enfin installées dans le camp adverse, les joueuses de Grégory Tarlé multiplient les assauts. Si Abstreiter, la gardienne allemande, retarde l’échéance face à Barbirati et Le Scodan, le vent a tourné.

Les efforts français sont récompensés à 11’39 du terme. Au prix d’un sacrifice physique, Clara Rozier parvient à renverser le jeu. Le palet arrive dans la crosse de Manon Le Scodan qui, d’une passe lumineuse du revers, offre un face-à-face à Estelle Duvin. L’attaquante tricolore ne tremble pas, feinte la gardienne et glisse le disque entre les jambières pour l’égalisation (1-1).

Estelle Duvin redonne de l’espoir aux bleues en marquant face aux allemandes. JO2026. Milano-Cortina 2026. Crédit : Plan de Match / Abdelilah Chaoui.

Portées par un public français en feu, les Bleues subissent pourtant le retour de flamme allemand. La tension devient électrique, marquée par la sortie sur blessure de Schiefer. À 6’30 de la fin, la France frôle la correctionnelle sur une pénalité pour « violation des règles de mise au jeu », mais Alice Philbert, impériale, et une Gabrielle de Serres exemplaire en défense, tiennent les barricades jusqu’à la sirène finale.

Le score de 1-1 à la fin du temps réglementaire scelle malheureusement le destin de la France : pour espérer une qualification en quarts de finale, une victoire par deux buts d’écart était impérative. Si ce score de parité offre officiellement le premier point de l’histoire du hockey féminin français aux Jeux Olympiques, la fin de match est amère. En prolongation (3 contre 3), Grégory Tarlé tente le tout pour le tout avec trois attaquantes. Une audace qui ne paiera pas : sur un mouvement collectif fluide, l’Allemande Katarina Jobst-Smith parvient à tromper Philbert pour offrir la victoire à l’Allemagne (2-1).

L’aventure olympique s’achève ici pour les Bleues. S’il n’y a pas eu de victoire, ce premier point arraché de haute lutte face à une solide nation européenne marque une étape fondatrice pour le hockey français. Les joueuses de l’Hexagone sortent de la compétition la tête haute, avec la certitude d’avoir leur place au plus haut niveau mondial.

Zone mixte :

Grégory Tarlé (coach – France) : L’objectif était de gagner de deux buts pour espérer une égalité à trois. On est battu de peu, face à une équipe mieux classée. C’était une belle bataille et on est pas récompensés. Je me satisfait des progrès défensifs, de la complémentarité entre nos défenseures et notre gardienne, c’est positif. Malgré cette défaite, le bilan global est positif. On a accroché tous nos matchs, même l’Italie où on est à 2-1 après deux tiers. Et face à des équipes qui ont l’habitude de ces gros matchs, c’est positif. Les poules A et B ? On constate que le niveau se resserre, on verra qui se qualifie mais même si le Canada et les États-Unis sont au-dessus, les équipes qui vont sortir de notre poule peuvent faire quelque chose en quarts. Un Allemagne-Finlande serait serré, par exemple. Ce qu’on a appris, c’est l’adversité, combattre à chaque duel, chaque présence, et on n’a pas ça dans les autres tournois. C’est aussi ces petites glaces qui ont amené ça. Il va falloir travailler les phases offensives, car je trouve que côté défensif il y a beaucoup de positif. Face à des nations qui prennent l’ascendant en possession, on aura peu d’occasion et je trouve qu’on a eu de bonnes chances. 

 

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