Lorsqu’Enzo Carry est arrivé à Bordeaux en 2021, il faisait partie de ces quelques jeunes qu’Olivier Dimet considérait comme des espoirs au potentiel certain, que le club souhaitait prendre le temps de développer. 3 saisons plus tard, il fait partie de la première ligne d’attaque girondine s’il en est, accompagné par Samuel Salonen et Mathieu Pompei, trio dont on peut dire qu’ils se sont bien trouvés, tant la complicité se ressent sur la glace, et bien entendu dans les statistiques. Cette saison, on attend du club bordelais qu’ils confirment leurs performances de l’an dernier, celles du jeune basque seront évidemment regardées de plus près. Mais au delà des données « simples » (Buts, passes décisives), que donne Enzo Carry sur la glace? Est-on en train d’assister à une éclosion ou déjà à une confirmation ?

Au soir d’une large victoire d’octobre face à Briançon, les Boxers sont plutôt souriants. Cinq buts passés aux Diables Rouges, un match solide, dans un scénario où ils n’ont pas vraiment été inquiétés. Bordeaux enchaîne alors sa 4e victoire consécutive, après une défaite très frustrante à Anglet deux semaines plus tôt.

Les voyants repassent peu à peu au vert, et le spectre des trois défaites lors des cinq premiers matchs s’éloigne petit à petit. Pourtant, si tout le monde a l’air plus serein, l’un d’entre eux semble bougon. Il a peut être encore en tête son occasion ratée en fin de match, où il manque le cadre, pourtant seul devant la cage, comme s’il avait voulu forcer son tir, symbole d’un attaquant frustré.

Frustré parce que sur sa lancée de l’an passé, Enzo Carry est en train de passer un palier plus que certain, et de confirmer tous les espoirs fondés en lui il y a maintenant un peu plus de 3 saisons. Du coup, après une campagne de playoffs 2024 enflammée, les attentes autour de lui ont évolué.

De mieux en mieux chaque année

Sur une progression linéaire depuis son arrivée sur les bords de Garonne, le bayonnais a surtout explosé aux yeux de tous au fur et à mesure que la saison dernière avançait, à l’image par ailleurs de l’équipe dans sa globalité, au point de former une ligne majeure avec Mathieu Pompei et Samuel Salonen.

Si on peut dire que la présence de ses deux compères sur ce trio favorise ses statistiques, on peut également affirmer que tout est une question d’alchimie, et que s’il opère sur ce trio là, c’est d’une part qu’il a mérité d’y être, et d’autre part, qu’il est assez bon pour y rester.

 

Enzo Carry avec le casque de Top Scorer

En 2021, lors de ses débuts à Bordeaux, il avait inscrit 4 buts et 9 assistances en 39 matchs. 13 points, dans une équipe qui avait courageusement arraché les playoffs (0 point pour lui en 4 matchs), ce qui lui avait permis d’engranger du temps de jeu. La saison suivante, c’est avec 9 réalisations supplémentaires qu’il conclut la saison régulière, pour 6 buts et 16 assistances, en 42 rencontres, plus 4 matchs de séries éliminatoires, sur lesquels il n’inscrit pas non plus de point.

L’an passé, les Boxers ont du mal en début de saison, triturés par les blessures, et un effectif incapable d’enchaîner 2 matchs de suite en situation normale. Pourtant, ils trouvent une carburation à mi année, et enclenchent une dynamique intéressante. La ligne d’Enzo Carry performe, et le jeune Français pointe. 19 buts, 12 assistances, en 41 matchs, soit encore 9 unités de plus que l’année passée. Mais là, les compteurs s’excitent en playoffs, avec 3 buts et 10 assistances en 18 matchs, et une défaite en finale contre Rouen après avoir sorti Marseille en 7 manches, et Grenoble…en 5.

Avec quelques buts décisifs, notamment contre Marseille en quarts de finale, l’attaquant bordelais a passé un cap, et se situe dans des temps de passage très positifs en terme de développement individuel. Dans le Top 6 de l’attaque de son équipe, joueur utile dans l’impact physique et avec un volume de jeu complet, il prend de la place sur la glace.

Cette saison, après une entame que l’on a déjà décrite comme moins en vue de sa part, il a décroché la caravane et affiche désormais un bilan de 8 buts et 10 passes décisives en 18 matchs, dont trois doublés de suite. Face à Anglet à Mériadeck, il est deux fois au rebond devant la cage, ramenant les siens à égalité alors qu’ils étaient menés 3-1 dans le troisième tiers. A Cergy, il est notamment auteur d’un superbe enchaînement et d’une finition magistrale du revers dans la lucarne de Seb Ylonen.

Enzo Carry face aux Jokers de Cergy-Pontoise. Il vient battre Sebastian Ylonen, gardien des franciliens.

 

Face à Nice, il est décisif par deux fois, en scorant le 2-1 sur un joli mouvement où il fait le tour de la défense adverse avant d’ajuster le gardien, puis en déviation devant le but pour le but de la victoire en prolongations. Symboles d’une palette qui s’étoffe pour le jeune basque.

Profil polyvalent

Il est actuellement le meilleur pointeur bordelais, et second meilleur buteur. Et son jeu complet, justement, parlons en. Il est tout d’abord performant sur les mises en jeu (58.33%), mais avec un échantillon moins représentatif que ses coéquipiers.

Il est dans les meilleurs pourcentages de réussite devant le but, avec 14.04%, un petit peu derrière Mathieu Pompei, Kévin Spinozzi, ou Baptiste Bruche, mais ce dernier a très peu de tirs au compteur comparé aux trois autres. Il a en revanche progressé sur le volume de tirs par tranche de 60 minutes, par rapport à l’an passé avec 12.9, contre 16.1 cette année selon la plateforme statistique Sportcontract. La moyenne de la ligue est autour de la dizaine.

Il est aussi plus dangereux dans l’enclave avec 9.2 tirs cette année, contre 5.8 ou 5.4 les deux saisons précédentes, et surtout 5 points au dessus de la moyenne de la ligue (4.0). Mais il a également réduit l’efficacité adverse dans l’enclave lorsqu’il est sur la glace (1.7 tirs par 60 minutes en 2023-24 pour 0.5 par 60 minutes en 2024-2025), le pourcentage de tirs adverses d’une quinzaine de points, ou les occasions franches (3.0 en 2023-24 par 60 minutes contre 1.9 par 60 minutes cette saison).

Les données de tirs contrés sont les mêmes, ce qui peut aussi être positif, car cela peut signifier qu’il défend de manière plus qualitative, en étant moins en retard. Par ailleurs, les années précédentes, il pouvait être assez pénalisé, et parfois à des moments critiques, pour le moment, il est à 8 minutes de prison en 18 matchs, il en avait totalisé 31 en 41 rencontres, plus 10 en 18 matchs de playoffs.

Axes d’amélioration

Si la discipline est donc un secteur sur lequel le joueur semble avoir travaillé, les nerfs sont mis à rude épreuve en playoffs, et ce sont ces moments-là qui deviennent critiques. On peut aisément repenser à ces deux cinglages consécutifs au premier tour contre Marseille l’an passé, donnant deux supériorités numériques de suite aux Spartiates dans un moment important.

Son efficacité a aussi été un sujet en début de saison. Moins en vue que l’année dernière, son ratio tirs / Occasion franche avait même chuté radicalement entre les statistiques 2023-2024 (+2.4) et celles de l’entame de saison (-2.6). Toutefois, il a laissé passer l’orage, et sa période plus faste actuellement lui fait remonter tout ça (+2.3), ce qui signifie qu’il a retrouvé de la précision.

Nous avons globalement balayé une bonne partie des statistiques plus ou moins avancées à disposition actuellement, mais il manquait l’oeil du coach, à qui il n’a bien entendu pas échappé que son poulain était en pleine mutation. Pour lui, c’est avant tout une progression « qui n’est pas soudaine« , du au fait que le joueur est « un gros travailleur, qui sait où il veut aller, et qui se donne les moyens de ses ambitions« .

A l’image de l’équipe qui ne parvenait pas à enchaîner les prestations correctes, sans doute attendue d’un pied plus ferme que l’an dernier, il a justement passé un début de saison où il a connu « beaucoup de frustration, en ayant le sentiment de ne pas être efficace. Sur la globalité, c’est un gros travailleur sur la glace, mais ce genre de joueurs a besoin de la récompense du but qui fait que ça le valorise aussi« .

 

 

Les compères avec qui il est associé sont également une donnée à souligner, car « l’alchimie qu’il a avec sa ligne est très importante, car quand ce trio tourne, cela met l’équipe sur orbite. Elle a été importante l’an dernier, et Enzo continue sa progression. Il doit parvenir à ne pas être trop frustré quand cela va un peu moins bien, l’important restant le collectif. Son travail de l’ombre doit être aussi important que celui qui le met en lumière« 

Concernant la discipline, l’analyse d’Olivier Dimet reste autour de cette évolution progressive. Pour le technicien Français, « il ne faut pas perdre de vue qu’Enzo est un jeune joueur, qui n’a que 21 ans et qui apprend encore et toujours, à chaque entraînement, à chaque match« . Il n’a toutefois que « des mots positifs à sortir pour Enzo, content de sa progression, de son évolution, et on lui souhaite évidemment le meilleur« .

C’est bien entendu un symbole de ce qu’Olivier Dimet voulait faire en débarquant d’Anglet à Bordeaux, à savoir faire évoluer des jeunes joueurs, et les emmener le plus haut possible. Pour lui, il va maintenant s’agir de faire en sorte de multiplier les Enzo Carry, et de garnir l’armoire à trophées si possible également.