Ce dimanche, l’équipe de France féminine de hockey sur glace débute son Championnat du monde Division 1A en Chine, avec en ligne de mire une promotion dans l’élite mondiale. Et cette année, l’opportunité est d’autant plus précieuse que le format évoluera bientôt, rendant la montée plus difficile à l’avenir.
Un tournoi sous haute tension
Deux mois après leur déplacement au Japon pour le Tournoi de qualification olympique (TQO), les Bleues posent leurs valises en Chine pour disputer un Mondial D1A crucial. Cette édition 2025 revient dans un pays qui a déjà su organiser un tournoi réussi le Mondial D1A 2023. La Chine souhaite capitaliser sur cet engouement pour ancrer sa place dans la hiérarchie internationale, à l’image de la Tchéquie qui déroule son Mondial élite avec réussite pour le moment. De son côté, la PWHL (ligue professionnelle nord-américaine) a élevé les standards du hockey féminin, ce qui rejaillit sur toutes les compétitions internationales. A noter que les Bleues restent sur une victoire contre l’Autriche (4-1) en match amical juste avant de débuté ce mondial.
Une fenêtre d’opportunité à saisir
Comme les années précédentes, deux équipes seront promues à l’issue du tournoi. Mais cette année, la donne change : à partir de 2026, une seule nation sera reléguée de l’élite. Autrement dit, une montée en 2025 offrirait aux Bleues une réelle chance de s’installer durablement au plus haut niveau — une stabilité qu’elles n’avaient pu obtenir après leurs courtes expériences en 2019 et 2023. En revanche, manquer la promotion rendrait les prochaines campagnes bien plus ardues. C’est dire l’importance stratégique de ce Mondial.
Le traumatisme du TQO et la question du repêchage
Les Tricolores ne devraient pas voir les Jeux olympiques de Milan-Cortina, la faute à une défaite inaugurale contre le Japon, nation mieux préparée. La suite du tournoi a pourtant montré un visage conquérant : victoires nettes contre la Chine (4-1) et la Pologne (9-0), et une place de meilleure deuxième du TQO. Si la Russie devait être exclue, la France pourrait théoriquement être repêchée, mais la nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry, est opposée à toute exclusion politique, réduisant considérablement cette hypothèse. Tout reste encore ouvert, mais rien n’est encore décidé.
Le feuilleton Philbert – Mameri
La préparation du Mondial a été marquée par un choix fort : Margaux Mameri, en forme au TQO avec 93 % d’arrêts, n’est pas retenue. Le staff a préféré intégrer Alice Philbert, gardienne québécoise naturalisée. Philbert évolue en France depuis deux ans, critère d’éligibilité désormais rempli. Elle arrive avec un palmarès solide : championne universitaire canadienne en 2022 avec Concordia, où elle avait été dirigée par les légendes Julie Chu et Caroline Ouellette. Elle a aussi participé à un camp PWHL à Montréal, qu’elle a finalement décliné pour se concentrer sur sa carrière française. (source : Nicolas Jacquet, Hockey Archives)
Cette décision pourrait bien être un coup de poker : Philbert n’a pas encore joué sous le maillot tricolore en match officiel. Son arrivée, combinée à l’absence de titulaire indiscutable depuis la retraite de Caroline Baldin, reflète un mal plus profond : les gardiennes françaises évoluent dans des structures masculines, sans accès régulier au haut niveau féminin. En revanche, Violette Pianel Couriaut incarne l’avenir, tandis que les grandes nations concurrentes peuvent s’appuyer sur des joueuses formées dans des ligues féminines NCAA ou européennes.
Une défense stable, une attaque prometteuse
Le bloc défensif reste solide avec les expérimentées Léa Villiot, Gabrielle De Serres, Marie-Pierre Pélissou et Sophie Leclerc, complété par le duo NCAA Elina Zilliox – Lucie Quarto (Lindenwood University). En attaque, les Bleues pourront compter sur Chloé Aurard, Estelle Duvin et Clara Rozier, étincelantes au TQO.
Rozier a brillé en Suisse (50 points en 34 matchs) et a participé à la conquête du premier titre du SC Berne, tout comme Duvin, meilleure buteuse du championnat et des playoffs. Aurard connaît une saison plus compliquée à New York en PWHL (4 points en 27 matchs), mais reste essentielle dans tous les compartiments du jeu. Derrière ce trio, Julia Mesplède (Vermont), Margot Huot-Marchand et Manon le Scodan (recordwoman en Ligue collégiale du Québec) seront à suivre. Jade Barbirati, blessée n’a pas été sélectionnée.
Un programme chargé
Dimanche 13 avril : Pays-Bas
Équipe homogène sans star, les Néerlandaises sont difficiles à manœuvrer. Elles restent sur une belle performance au TQO, avec une prolongation arrachée à la Norvège. Les Bleues les avaient battues 5-1 en début d’année.
Lundi 14 avril : Slovaquie
De retour en D1A après un passage en D1B, les Slovaques misent sur leur jeunesse, notamment la prodige Nela Lopušanová (17 ans), déjà star en U18. Attention à leur irrégularité : elles ont subi de lourdes défaites récentes, mais battu la Norvège et l’Autriche en préparation.
Mercredi 16 avril : Danemark
Nation en progression avec une base de licenciées en hausse (+31,5 % depuis 2015). Malgré la retraite de figures majeures comme Jakobsen ou Andersen, les Danoises restent solides, emmenées par la gardienne Emma-Sofie Nordström (93,5 % en NCAA). La France les avait battues 1-0 en décembre.
Jeudi 17 avril : Chine
À domicile, la Chine espère rééditer son exploit de 2023, mais reste fragile cette saison. Déceptions aux Jeux Asiatiques et au TQO, mais elle peut compter sur la gardienne Jiahui Zhan, exceptionnelle au dernier Mondial élite.
Samedi 19 avril : Autriche
Toujours aux portes de l’élite, l’Autriche vise enfin la montée. Emmenée par les stars Anna Meixner (Ottawa) et Theresa Schafzahl (Boston), elle dispose d’une attaque redoutable et d’une solide défense avec Annika Fazokas. Ce match pourrait être décisif. Avec cinq rencontres en six jours, les Bleues n’auront pas le droit à l’erreur dans un tournoi où les enjeux sont démultipliés. La route vers l’élite est tracée, encore faut-il la prendre.