Après la défaite face à l’Italie, nos bleues doivent rebondir face au Japon pour continuer à espérer dans ce tournoi olympique. Une équipe nippone jamais simple à manœuvrer. Il faudra montrer autre chose qu’hier face aux transalpines.
Transfigurées, les Bleues tiennent tête au Japon dans un premier tiers volcanique
L’intensité est montée d’un cran, et les Bleues n’ont pas reculé. Dès les premières secondes, le ton de la rencontre est donné : le Japon, fidèle à sa réputation de « Solar Bears », impose un rythme effréné. Acculées dans leur zone, les Françaises ont dû s’en remettre à une Alice Philbert vigilante et à un brin de réussite. À la suite d’une erreur de relance, Mei Miura a bien cru ouvrir la marque face à une cage béante, mais le palet, poussé du patin, a fui la crosse de l’attaquante japonaise.
Le jeu est rude, à l’image du choc subi par Estelle Duvin, solidement bousculée contre la balustrade par Akane Shiga lors d’une rare incursion française. Si la cadre tricolore a mis du temps à s’en remettre, cet impact a semblé agir comme un électrochoc pour le clan français. Après sept minutes de siège (6 tirs à 1 pour le Japon), la France a enfin desserré l’étreinte.
C’est Manon Le Scodan qui a sonné la charge. Très en vue, l’attaquante a d’abord testé la mitaine de Masuhara (8e) avant de multiplier les inspirations géniales. Sur un « shift » de haute volée, elle a bien cru offrir l’ouverture du score, mais sa passe lumineuse dans l’enclave n’a pu être déviée. Dans la foulée, Emma Zilliox et Anaïs Peyne-Dingival, en vitesse, ont forcé la portière japonaise à s’employer.

France – Japon, 6 février 2026. Jeux Olympiques Milan-Cortina. Les bleues (ici Anais Peyne-Dingival et Clémence Boudin) sont offensives face au Japon. Crédit : Plan de Match / Abdelilah Chaoui.
Le dernier acte de ce tiers a vu les Bleues « mettre le feu » à la défense adverse. Sous l’impulsion d’une Clara Rozier impériale en zone neutre, les occasions se sont enchaînées. Julia Mesplèdes, par trois fois, puis Sehana Galbrun ont buté sur un mur (13e). Si le Japon a rappelé sa dangerosité en trouvant le poteau par Akane Shiga (14e) et en profitant d’une frayeur sur une relance de Philbert (16e), la France regagne les vestiaires avec la tête haute. Avec 8 tirs contre 12, les statistiques sont équilibrées, mais c’est surtout l’engagement et l’agressivité qui marquent une rupture nette avec la prestation de la veille. Désormais, l’enjeu est simple : transformer cette intensité retrouvée en avantage au tableau d’affichage.
Les Bleues plient mais ne rompent pas, tout reste à faire !
Dominées durant une grande partie du deuxième tiers, les Tricolores ont fait preuve d’un mental d’acier. Menées en fin de période, elles ont trouvé les ressources pour égaliser dans la foulée. Un score de parité (1-1) qui promet un dénouement électrique.
Le retour sur la glace a bien failli virer au cauchemar pour le clan français. Dès l’entame de la période médiane, une relance manquée de Gabrielle de Serres a offert une munition immédiate à Rui Ukita, lançant une vague d’assauts japonais. Pendant près de dix minutes, les Bleues ont fait le dos rond face à une équipe nippone patiente et redoutable d’efficacité dans la circulation du palet.
Si la France est restée dans le match, elle le doit en grande partie à sa gardienne. À la 24e minute, Alice Philbert a littéralement écœuré les attaquantes adverses, s’interposant coup sur coup devant Shiga, Ukita et Noro. Le sommet de son art est intervenu quelques instants plus tard : alors que le match s’emballait, Wajima s’est présentée seule en échappée. D’un arrêt réflexe de la jambière, Philbert a remporté son duel, donnant le tournis à l’offensive nippone. Malgré cette domination territoriale, les Françaises ont tenté de répondre par des contres rapides. Chloé Aurard et Marie-Pierre Pélissou ont tour à tour sollicité Masuhara, sans parvenir à briser le verrou.
Après une période « en demi-teinte » où elles ont surtout subi, les joueuses de Grégory Tarlé ont retrouvé de l’allant en fin de tiers. Sous l’impulsion de Jade Barbirati, dont le tir dangereux a été repoussé de la jambière, les Bleues ont enfin réussi à installer du trafic devant la cage adverse.
Mais c’est au moment où la France semblait reprendre des couleurs que le Japon a frappé. À la 38e minute, Akane Shiga a mené une entrée de zone tranchante avant de servir Rui Ukita. Depuis le haut du cercle gauche, cette dernière a nettoyé la lucarne d’Alice Philbert d’un tir chirurgical (0-1, 38’34).
On aurait pu croire les Bleues assommées par ce but tardif, mais leur réaction a été immédiate et exemplaire. Moins d’une minute plus tard, Anaïs Peyne-Dingival a lancé Manon Le Scodan dont le tir a provoqué un cafouillage devant le filet. À l’affût du rebond, la capitaine Lore Baudrit a propulsé le palet au fond. Malgré la mitaine désespérée de Masuhara, le disque avait bien franchi la ligne (1-1, 39’42). En égalisant seulement 68 secondes après avoir concédé l’ouverture du score, les Françaises ont envoyé un message fort : elles ne lâcheront rien. Avec ce score de 1-1 avant d’entamer l’ultime période, la France a prouvé qu’elle pouvait courber l’échine sans jamais rompre.

Egalisation de Lore Baudrit. France vs Japon, 6 février 2026. JO Milan-Cortina. Crédit : Plan de Match / Abdelilah Chaoui
Si proches de l’exploit, les Bleues cèdent en fin de match
Le troisième acte a débuté comme le précédent s’était terminé : sur un rythme effréné. Dès les premiers instants, Estelle Duvin a fait parler sa vitesse pour servir Clara Rozier dans l’enclave, dont la reprise à bout portant a été miraculeusement stoppée par la portière japonaise. À la 44e minute, le match aurait pu basculer lorsque Elina Zilliox a été envoyée en prison pour avoir fait trébucher. Mais contre toute attente, c’est la France qui s’est montrée la plus dangereuse en infériorité numérique : Chloé Aurard-Bushee, au prix d’une remontée de palet spectaculaire, a forcé Masuhara à un arrêt de grande classe. Solides, les Bleues ont « tué » la pénalité, portées par une Alice Philbert toujours impériale, notamment face aux assauts répétés d’Aoi Shiga (49e).
Dans une fin de match irrespirable où le palet voyageait d’un camp à l’autre à une vitesse folle, les gardiennes se sont livré un duel à distance époustouflant. Philbert a multiplié les arrêts pour maintenir l’espoir, mais le verrou français a fini par céder sur une action de pure technique japonaise. Sur un palet récupéré le long de la bande, Ito, servie par Miura, a trouvé la faille pour redonner l’avantage aux siennes (1-2, 56’30).

Alice Philbert qui ne peut rien faire sur le but d’Ito Makoto. France vs Japon. 6 février 2026. JO Milano-Cortina. Crédit : Plan de Match / Abdelilah Chaoui.
Dos au mur, le sélectionneur Grégory Tarlé a tenté le tout pour le tout en sortant sa gardienne pour créer le surnombre dès la 57e minute. Un pari risqué qui n’a malheureusement pas payé : le Japon a intercepté le disque et Suzuka Maeda a scellé le sort du match dans le filet désert (1-3, 57’50).
Fidèles à leur tempérament de guerrières, les Françaises n’ont pas abdiqué. Profitant d’une supériorité numérique en toute fin de rencontre, elles ont évolué à 6 contre 4. La délivrance est venue de la crosse de Gabrielle de Serres, d’un tir puissant du haut des cercles, à seulement onze secondes de la sirène finale (2-3, 59’48). Un but qui, hélas, est arrivé trop tard pour espérer une égalisation.
Le score final (2-3) laisse un goût amer tant les Bleues ont fait douter l’une des nations majeures du hockey mondial. Après la déception face à l’Italie, la France a retrouvé son identité : combative, solidaire et physiquement présente. Il faudra digérer cette frustration rapidement car le niveau montera encore d’un cran ce dimanche. Les Françaises affronteront la Suède pour un nouveau défi de taille, avec l’ambition de transformer enfin cette débauche d’énergie en points au classement.
Zone mixte :
Manon le Scodan (France – attaquante) :
On se sent bien, un peu dégoûté après ces deux premières games qui ont été vraiment difficiles. On s’attendait à autre chose, donc on se sent bien, mais un peu d’amertume après ces deux games. On connaissait leur style de jeu, on sait qu’elles sont rapides. Alors que l’Italie, on avait vu des matchs qu’elles ont fait, mais ce n’est pas contre nous, ce n’est pas contre notre système, donc c’est sûr que c’est plus difficile. Mais c’est sûr que de connaître le Japon, on les joue presque à chaque tournoi, donc c’est sûr que ça aide.
Personnellement, je la trouve vraiment petite (la glace). C’est vraiment dur de s’adapter. Moi qui joue sur une glace NCAA aux Etats-Unis, très grande, très lumineuse, tout ça. Là, c’est lumineux, mais la largeur et la longueur, ça joue beaucoup. Du coup, ça avantage certaines équipes. Moi, personnellement, je me trouve désavantagée par rapport à mon style de jeu, mais c’est pas grave, on joue avec.
Le but de Lore Baudrit, c’est le fait que j’étais en fin de shift, mes coéquipières ont changé et je ne me voyais pas mettre le palet au fond dans le sens qu’on venait de se prendre un but, donc il fallait rebondir tout de suite. Puis j’ai décidé de faire jouer mes mains, que je n’utilise pas très souvent. Par chance, c’est passé, puis Lore Baudrit, elle est arrivée juste derrière, elle l’a juste mise au fond, elle est rentrée dedans, elle a mis toute la hargne qu’il fallait, et c’est parfait.
Là, on va faire les procédures après match. Je crois qu’il y a des gens qui m’attendent, mais on va repenser à ça. Les coachs vont faire l’analyse, nous, on va repenser à notre match.
Demain, on a off. Je pense qu’on va monter un peu, toucher à la glace pour bouger les jambes. La Suède, gros, gros match. On va arriver prêtes, puis c’est pas fini, donc on y croit encore. Jusqu’au bout.
Grégory Tarlé (France – coach) :
Tout d’abord, la bonne prestation sur l’ensemble du match. Ça se joue à la fin, mais c’est souvent comme ça dans les matchs serrés. À chaque fois qu’on avait battu le Japon, ça a été de très peu. On était dans notre plan de match. Bien sûr qu’après la déception d’hier, c’était la réaction qu’on attendait. Je pense qu’elle a eu lieu de la part de l’équipe.
On s’est dit qu’on voulait avant tout montrer qui on était et jouer d’une meilleure façon. Je pense que l’agressivité qu’on a mis aujourd’hui, la manière dont on a récupéré les palets, c’est ça qui a fait douter le Japon. Même avec le fait que le Japon ait ouvert le score, on est revenu tout de suite. Les mots du coach, c’est de rester calme. On sait très bien que quand ça fait un ascenseur émotionnel comme ça, on peut sortir de notre plan. Rester calme, y aller ensemble. Je pense qu’on fait quand même un bon troisième tiers dans l’ensemble. Ça, c’est satisfaisant.
Ça aussi, ça a été important. Ça a montré qu’on aurait pu, au troisième tiers, nous aussi marquer. Ça s’est fait comme ça. À la fin, on pousse. Il y a ce but malheureux en cage vide. Après le 6 contre 4, on arrive à revenir, mais il ne reste que 11 secondes.
Les mots du coach, c’est de rester calme. On sait très bien que quand ça fait un ascenseur émotionnel comme ça, on peut sortir de notre plan. On a vu qu’on était agressifs sur toutes les zones de rebond à l’extérieur de la gardienne. Ça, c’était vraiment le point sur lequel on a insisté, et pouvoir après récupérer ses palais et les exploiter. Je pense qu’on a eu des bonnes phases aussi en zone off.
Le power play arrive un peu tard dans le match, mais c’est le jeu. On a vu une équipe de France plus patiente avec le palais qu’hier aussi, ce qui a permis des sorties de zones plus propres. C’était aussi l’objectif d’un point repéré sur le match d’hier. Quand on parlait des récupérations de palets hier soir, c’était ça. C’était mieux les exploiter. On a insisté sur deux mots aujourd’hui, c’est « structurée » et « patiente ». Ça veut tout dire.
Quand tu es 1-1 longtemps, tu espères gagner. Plus qu’hier, quand il y avait trois buts d’écart. Après, on a fait un match digne de l’équipe de France. C’est le haut niveau qui veut ça. Le Japon est une équipe qui est dans l’élite mondiale depuis de nombreuses années. Il y a l’expérience, certainement plus d’expérience que nous.
Néanmoins, je pense qu’on les a fait douter et on était dans notre match. Ça, c’est satisfaisant. Comment on prépare le prochain match ? Là, on va se reposer. On a enchaîné deux matchs avec très peu de récupération en changeant de patinoire. On avait le pire calendrier. C’est comme ça, on le savait. Là, on va se reposer et prendre le temps de décompresser pour se reconcentrer sur la Suède. Qui est peut-être la meilleure équipe de la poule.
Margot Huot-Marchand (attaquante – France) :
On a montré un meilleur visage qu’hier, du coup, on est un peu satisfaites de ce qu’on a montré, même si le résultat, ça fait bien chier. Je ne sais pas si je peux le dire. Tu peux le dire. Qu’est-ce qu’il a montré ce soir, cet après-midi ? Je pense de l’efficacité marquée sur nos opportunités. Après, on a été agressifs. Je pense qu’on a livré une grosse bataille tout le long, pendant 60 minutes, jusqu’à la fin. On a essayé de raccrocher au score. On veut prouver qu’on est capable de jouer 60 minutes. On voulait montrer un autre visage. On ne l’avait pas encore montré.
On n’avait pas joué libéré contre l’Italie. Et là, je trouve, peut-être parce qu’on les connaît aussi, le Japon, ça fait longtemps qu’on les joue maintenant. On n’a joué plus libéré, puis on a joué notre match. Jouer notre jeu, parce qu’en soi, c’est ça. Nous, on aime jouer avec le palet, on aime être patiente, il ne faut pas qu’on se stresse. Là, on a joué structurée, patiente, et ça n’a pas payé dans le résultat, mais on a montré un beau visage.
Lucie Quarto (arrière – France) :
Pas de quoi rougir, on s’est retrouvés, on a montré qui on était et puis c’était ce qu’on voulait faire hier et puis on l’a fait aujourd’hui. Bloc shoot, là pour protéger la gardienne, là pour protéger les coéquipières, on a été la l’une pour l’autre. Le Japon on connaît, on joue régulièrement contre elle. On est forcément plus à l’aise de jouer contre. Et puis oui, effectivement, je suis monté plus en attaque qu’hier.

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