Ils en ont rêvé, ils l’ont préparé, ils y sont. Ce mardi à Milan, l’Équipe de France n’a pas rendez-vous avec un simple 8ème de finale, mais avec son destin. Pour cette génération dorée, c’est l’heure de vérité : 60 minutes pour basculer dans la légende, renverser l’Allemagne et marquer l’histoire du hockey tricolore à tout jamais. Parce qu’il y a des matchs qui comptent, et puis il y a ceux qui définissent une existence.
Demain, sur la glace de Milan, l’Equipe de France de Hockey ne jouera pas simplement un « match de barrage » pour les quarts de finale des Jeux Olympiques. Elle ne jouera pas simplement contre l’Allemagne, notre puissant voisin. Non. Demain, les Bleus jouent pour quelque chose de bien plus grand qu’un score au tableau d’affichage. Ils jouent pour la postérité. Ils jouent le match de leur vie.
Avant le début de la compétition, ici à Milan, nous nous faisions le porte-parole de cette opération « Commando ». Le terme n’a jamais été aussi juste, aussi viscéral. Ce groupe s’est construit dans l’ombre, loin des projecteurs aveuglants, forgeant son armure dans l’adversité. Le staff travaille sur ce match depuis de très nombreux mois.
« C’est ce match qu’on attendait »
Il suffit de réécouter, relire les échos des zones mixtes ces derniers jours pour comprendre. Malgré la dureté des affrontements contre la Suisse, la Tchéquie ou encore le Canada, un fil rouge n’a jamais cessé de vibrer dans les discours. Yorick Treille l’avait annoncé bien avant que la flamme olympique ne s’allume, avec cette lucidité de celui qui connait le chemin : « On sait que notre tournoi se jouera sur un match couperet. C’est celui-là qu’on vise. » Cette phrase, répétée comme un mantra dans l’intimité du vestiaire, prend aujourd’hui tout son sens. Quand Alexandre Texier ou Pierre-Édouard Bellemare passaient devant les micros après les défaites en poule, on ne lisait pas de la résignation, mais une impatience féroce. Ils savaient que les matchs précédents n’étaient que des répétitions générales, des épreuves du feu pour durcir le cuir avant la véritable bataille. L’objectif de ces gars, depuis le premier jour du rassemblement, n’a jamais été de faire de la figuration face au Canada ou à la Suisse, mais de tout donner sur 60 minutes, ce mardi, face à l’Allemagne ou tout autre adversaire. Ils sont exactement là où ils voulaient être : au pied du mur, prêts à bondir.
Les derniers Samouraïs
Regardez-les bien demain. Pour certains, ce match est l’aboutissement d’une carrière entière de sacrifices. Pierre-Édouard Bellemare. Le Monument. L’âme ouvrière de cette équipe. Lui, l’exemple absolu de travail et d’humilité. Combien de bleus sur le corps ? Combien de voyages interminables pour venir aider la patrie ? Demain, il ne portera pas seulement le C sur son maillot, il portera les rêves de milliers de gamins. L’homme au 700+ matchs de NHL dont la qualité humaine est reconnue par tous. Il fallait entendre l’éloge de Jon Cooper après le match face au Canada.
Ensuite, Stéphane Da Costa. Le magicien. Celui dont le talent pur a souvent éclairé les soirs de brume. Il a attendu ce moment, cette scène olympique, pour rappeler au monde entier que la France possède des artistes. L’enfant turbulent du hockey qui ne suit pas le même parcours que les autres. Parfois incompris, un homme qui est une star dans sa ligue (la KHL). Un athlète qui déteste perdre comme rarement on a vu. Un homme d’une gentillesse incroyable.
Enfin, Yohann Auvitu. L’élégance et la résilience, fidèle au poste, prêt à lancer l’assaut une dernière fois. Il a parcouru toutes les grandes ligues NHL, KHL, Liiga, NLA. Un joueur au tempérament bien trempé qui n’aime pas perdre non plus. Ces Jeux Olympiques sont une belle récompense pour sa carrière et tout ce qu’il a donné au hockey français.
Au-delà de ces trois joueurs, ce match, c’est le match d’une carrière voire d’une vie pour Florian Chakiachvili, Anthony Rech, Jordann Perret et bien sur le plus enjailleur de tous : Sacha Treille. N’oublions pas non plus Nicolas Ritz, Flo Douay qui ont depuis de nombreuses années été en équipe de France. Pour eux, c’est la « Last Dance » dont on fait les documentaires. Ils savent que c’est la première et dernière fois qu’ils patineront ensemble sous les anneaux. Cette urgence-là est le carburant le plus puissant qui soit.
Depuis plus de dix ans que je suis cette équipe de France, je n’ai que rarement vu ce jeu développé lors de cette compétition. Beaucoup diront oui mais c’est faible… Peut-être que cela ne vaut pas toutes les nations qui sont ici à Milan… Mais il y a le cœur, l’envie et l’Histoire ! J’ai envie de pleurer en zone mixte avec vous, comme nous l’avons fait il y a quelques années dans une ville de l’est de la Slovaquie (ville dont on ne doit pas prononcer le nom).
David contre Goliath ? Non. Des loups contre une machine.
L’Allemagne est favorite, c’est une certitude pour les experts. La Mannschaft est une machine. Mais la France n’a pas besoin d’être la meilleure équipe du tournoi demain. Elle a juste besoin d’être la meilleure équipe pendant 60 minutes. Elle doit être ce caillou dans la chaussure, cette équipe insupportable qui refuse de plier.
La victoire est à portée de crosse. Parce qu’un groupe soudé par l’amitié et une mission commune peut renverser des montagnes. À vous, joueurs de l’Equipe de France. Demain, ne calculez pas. Brûlez la glace. Videz vos tripes. Jouez pour ceux qui n’ont pas pu venir, pour les blessés, pour les retraités qui vous regardent la boule au ventre.
Ce n’est pas un huitième de finale. C’est une porte vers l’Histoire. Obtenir son billet pour les quarts de finale aux Jeux Olympiques, c’est changer le regard d’un pays sur son hockey. C’est passer de l’ombre à la lumière crue de la légende. Messieurs, le script est écrit. L’encre est prête. La France du hockey retient son souffle. Le match de votre vie commence ce mardi à midi en la patinoire Santa Giulia de Milan.
Faites-nous pleurer de joie. Faites-nous hurler. Faites l’histoire.
Allez les Bleus.
